‹ La première tentation de Saint AntoineChapitre 66 sur 81 · I.i; DIAI'.LK · texte numérisé non relu

I.i; DIAI'.LK

Los Faunos à large houche suivrnl le vieux Pan dos pasloiirs qui frappe dans ses mains, an ini- Ii(Mi de son Iroupoan. Ils ricanent. Ils sont velus. Leur t'ronl ^'si couvert do hontons roses, comme les tilleuls au prinlemj)s. Voilà l*riapo cl le «lieu Terminus et la déesse Kpona, et Aoca Jiiurentia cl Anna Peronna...

ANTOINE

Assez! assez! laisse-moi! Ma tèle s'égare dans le tourbillon de tous ces dieux (jui pa<<en( !

Vax voilà un (jui >urvoille les enlanls à la piM^menade, un autre qui donne la lièvre, un autre (|ui donne la pâleur, un autre (jui donno la peur, (loux-ci sont j^our former le iu-lus, pour le kHouiner, p<jur ICxtiaire, pour \eiller à la cuisine. p(.>ur faire crier les gonds de la porte, pour pousser le Ilot sur It^ I ivage.

2ÎÎ2

ANTOINE, lentement.

Oh! quelle quantité!

LE DIABLE

]N'est-ce pas?... Et lu ne vois pas tout! 11 y en a d'autres encore dont la poussière même ne se retrouve plus.

Mais ils réapparaîtront un jour, comme des morts qui ressuscitent, etriiomme impitoyable les jugera : les grands, les humbles, les farouches, les gais, ceux qui avaient des tètes d'animaux et ceux qui portaient des ailes. Ils se liendront tous devant lui, pâles et par longues files silencieuses comme une armée vaincue. Et alors le Xègre, en g^rinçant des dents, s'approchera de son idole, et, lui mettant le poing sous la mâchoire, lui crachera au visage. Le Grec, avec dédain, renversera, du bout de sa sandale, ses statues blanches, et l'habitant des pôles, aux yeux rougis par les neiges, verra se fondre sous le soleil ses vagues dieux faits de brouillard et de tristesse. On jettera dans le vent leurs bracelets, leurs couronnes, leurs urnes taries, leurs glaives émoussés ; on fera sonner sous le doigt le creux de leur poitrine, et les Olympes s'écrouleront au tonnerre des rires que la vengeance humaine poussera ! parce qu'ils n'ont rien donné, parce qu'ils étaient durs comme

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la |ii«Mi'o i\c l(Mirs toniplos ot plus shipidos que les bœufs de riiolocausle !

AMOINK

Vno Irislosse inliiiio me submerge !

Il pleure.

<.)b 1 combien de prières on loin- a laites! (Jne de sacrifices ont fume poui* eux '. Ils étaient forts cependant, et pas un seul doute ne levait la lèlc devant b?ub majesté.

Où ètes-vous mainlenanl, pauvres Ames tout îiltérées d'esj)oirs qui ne furent pas assouvis?

H éclate en sanglots.

Mais quels sons?... qui ilianle ainsi?

11 écoulp.

Cela pélille,bourdonne,^^a/ouille,ct avec quelque ( liose par-dessus... (|U(d([ue chose de Icnl (jui ^e iléroule et qui retombe 1

APOLLON, la chlarayde rejetée sur le bra» gauche, el jouant dune énorme cithare, retenue pas une courroie qui lui fiasse autour du cou.

Je chante sur la lyre... il tousse, hum! hum! je chante sur la lyre... hum! hum!... l'ordre de l'univers... euh! hum! liiini! heu! heu!

A la loi du rythme, la malière et les êtres...

Une corde se rompant Ini cingle la figuY-e. Il resserre une cheville qui se casse. Il touche à une Iroisième, il se trompe, va de Tune à Taulre: tout se brise, pète, s'embrouille.

LA MORT

Tu es resté nu si longtemps, tu as tellement marché clans toute la Grèce que tu n'en peux plus, que tu craches, que tu vas mourir. Tu étais, n'est-ce pas, le purificateur mélodieux qui chantait et qui fondait ? Il n'y a plus rien à chanter, rien à fonder. Les villes sont édifiées, les peuples sont vieux. La Pythie perdue ne se retrouve pas.

Les athlètes frottés d'huile, les éphèbes qui couraient sur le stade, les cochers qui criaient debout dans leurs chars d'ivoire, les philosophes qui cau^ saient sous les bois de lauriers-roses...

Elle le frappe.

... suis-les! va t'en donc, beau dieu du monde plastique qui ne devait pas finir!

Apollon passe sa cithare sur son dos et s'en va.

Bacchus arrive, traîné par des panthères. Il est coiffé de myrte et il se regarde en souriant dans un miroir en Cristal. Autour de lui, les Silènes en manteaux de laine rouge, les Satyres couverts de peaux de chèvreset les Ménades avec la né])ride sur l'épaule, chantent, boivent, dansent, souftlent dans des flûtes et jettent par terre des tambourins plats qui tournent en ronflant.

Los llncrhantt's rrhevelées, tenant tics nm.s<|ues noirF, bnlanccnl. au son dr Wi inusique. les grappes d«- raisin qui leur pendent sur le front, (it-vorciit les celliers de figues 8»^ches suspemlns i\ leur cou, CMtrp-cljorjuent leurs boucliers, se frappent avec des thyrses, (t lancent autour (l'cllcs des regards far(>u«'hes, sous leurs sourcils noirs veloutés coiiinie le dos des chenilles.

Les Satyres les serrent dans leurs bras et. versant de haut le vin des iirncu, ils barbouillent la ligure rifuse des Ménades enivit'es.

LF< UACCIIAMS KT Li:s l}Aa:iIAMi:>

Aballez les ('chalas ! louiez du talon le raisin dans los pressoirs î Dieu cliarmanl qui portes le liandrier d"or, bois à longs traits dans Ion ei'atère ■-ans fond I Kvolié! I5accliu< KvoIk» I

Tu as vaincu les Indes, la Tliraee i*l la Lydie. Le-- armdes s'enfuyaient (iiiaiid .Miiuallon luiieuse hurlait sur les montagnes. Les peuples irvcillés ^e pressaient autoui- de toi. Les yeux des Hac- (•liant(^s brillaient dans les feuillages.

Evolié ! Haecliu^, Lvobél

Vbvo des lliéàlrcs et du \in. b'-> dieux anli<|ues ^e sont bou(di(3 les oreilles au scandale nieiveilleux du ilitbyranibe tlésordonni' ! A toi le rylliuK» n(^uvoau et les formes incessantes!

Tu as le rire des vendangeui<. les loiitaines cachées, les festins aux: llambeaux (d le lenard (|ui »e glisse dans les vignes, pour cro juer les raisins veils.

Ta joie court de peuple en peuple ! Tu délivres l'esclave, tu es saint î tu es divin, évohé !

La Mort allonge son fouet; tout disparaît et

LES MUSES s'avancent, couvertes de manteaux noirs, la tête

basse.

Quelque chose qui n'est plus palpitait dans l'air sur les races juvéniles. Elles avaient la poitrine carrée et des langages, comme leurs vêtements, à grands plis droits, avec des franges d'or. Dans les leçons du philosophe, comme dans la pantomine des bateleurs et la constitution des républiques, dans les statues, dans les meubles, dans les harnachement et les coiffures, partout c'était un art sublime qui rehaussait la vie. Les métaphysiciens éduquaient les courtisanes. Des montagnes de marbre attendaient les sculpteurs.

ANTOINE, soupirant.

Ail! cela était beau! c'était beau! c'était beau! je le sais!

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