Pages 2112 et suiv. du manuscrit de 18»M
Tous, peut-être, n'étaient pas nés pour portei sur le front des pyramides humaines et pour avoir] à leur chevet, sans cesse, des griffes furieuses qui] grattent la cloison !
Comme on fait d'un vaisseau, dans lequel o] chasse des pointes à coups de maillet, dont oi flambe les bois, que Ton resserre avec des vis, nous nous sommes enfoncé dans l'âme un tas de choses dures et nous l'avons cerclée avec du| fer, pour qu'elle file droite dans ses voyages, qu( ses mâts élastiques aient une volée plus haute, et] que, fièrement, au soleil, elle sépare bien les flots,] de sa carène vernie. Oh! nous avons souffert dans] notre jeunesse, et nous nous regardions dans des] miroirs, pour étudier les grimaces qui font pleurerj les multitudes.
Tout en buvant de l'eau, nous ajustons des! rimes sur le vin et les festins, et nous n'avons pas! d'amour, nous qui faisons pleurer d'amour. Lej soldat rubicond braille nos hyperboles, en mar-j chant à la charge. Les libertins naïfs envient notre gaîté, et les femmes abusées, sanglotant sur noi poitrines, nous demandent comment nous fîmes pour exprimer si bien ces tendresses qui les ravagent et que nous semblons même ne pas comprendre !
Ohé! ohé!
Nous avons des couronnes de papier peint, des sabres de bois, du clinquant sur nos habits... Les faux diamants brillent mieux que les vrais; les maillots roses valent les cuisses blanches; les per-
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l'Uiiucs sniil ans->i loii^uo (|U(' les clu'vclurcs, aussi odoranlc's (jiiaïul ou les f^raissc, aussi gonlilles quand ou les frise, aussi cliàtoyautesd»» reflets uiélalli(|UOS, (piaiid l«' soleil passe à liavns. L<' fan! rehausse la joue d'ai'deui's insolentes, les appos de coton excitent à l'adultère, d !•' ^alou d'or dt» nos ^•uenille>>, qui claijin^ au vrul (juand nous dansons dans les carrefours, lait faire des réflexions philosophiques sur la fragilité des choses humaines.
Nous chantons, nous cricjus, nous plruions, nous hondissons sur la corde, avec de ^^rands halanciers. L'orchestre bruit, la baraque en tremble, des miasmes passent, des couleurs tournent, l'idée se bombe, la foule se presse, et, palpitants, l'œil au but, absorbés dans notre ouvra^^e, nous accom- [)lissons la singulière fantaisie, (jui fera rire de pitié ou crier de terreur.
Assourdis de notre vacarme, assombris par nos joies, ennuyés par nos tristesses... nous en avons des convulsions, des rhumatismes et des cancers!... Y a-t-il assez louiilemps que, nous traînant par le monde, nous exhibons éternellement la même facétie! Ce sont toujours des singes, des perroquets, des adjectifs et des rubans, des femmes colosses et des pensées sublimes! Que de fois nous avons regardé les étoiles, en répUant le mi>me refrain! et secoué la rosée d'avril et gazouillé les romances de la fauvette!^ Avons-nous assez comparé les feuilles aux illusions, les hommes h des grains de sable, les jeunes tilles à des roses!
Gomme nous avons abusé de la lunel du soleil! de la mer! Si bien que la lune en est pâlie, que le soleil en est moins chaud et que, même, TOcéan en semble plus petit!
Nous avons^ quitté nos familles. Le pays est oublié, et nous portons nos dieux dans nos charrettes de voyage. Quand nous passons par les pays, on se met aux fenêtres, on laisse les charrues, et les mères, par la main, retiennent leurs enfants, de peur que nous les emportions avec nous.
On a craché sur nos guitares, on a couvert de boue les arab*esques de diamants qui se chamarraient sur nos poitrines. La pluie des gouttières a coulé le long de nos dos, tout le désespoir de la vie a ruisselé par notre âme, et nous avons été dans la campagne pour y pleurer tout seuls...
Ohé! ohé!...
Essuyons sur Therbe la poussière qui salit nos brodequins d'or, relevons la tête, soyons beaux, soyons fiers! Tournons, tournons sur nos chevaux de manège qui galopent sans trêve et ruent du sable à la face du peuple applaudissant. L'Idée, comme eux, avec des pompons roses à la crinière, nous porte sur sa croupe oi^i nous restons debout. Humons la fumée de ses naseaux, et claquons des doigts et frappons du talon, pour qu'elle coure plus vite encore...
Ohé! ohé!...
LES PYGMÉES, qui chantent devant saint Antoine.
IN.'tits Ijonshomnios, nous grouillons sur la terre omme la vermine sur le dos d'un gueux. On a b<niu nous écraser, nous brûler, nous noyer, nous ihallre : nous reparaissons conlinuellenient, toujours plus vivaces et plus nombreux, terribles par la quantité.
.Notre Empire est superbe. Avec bonne chance, on y l'ait fortune. Avec un caractère, on s'y trouve heureux. Nous avons des penseurs, des vidangeurs, des courtisanes, des naturalistes et des chapeliers. On sort et l'on rentre. On s'attable et ion ril. On se couche, on se chamaille, et Ton s'aime. On a des idées, on raisonne, on s'exallc Los coquilles de noix traversent le ruisseau. Les matelots sont pAles, car \'d tempête est alTreuse. Les chasseurs, dans