LA QUESTION JUIVK INTRODUITE M
croix et la guillotine. — VII. Rubespierre appuie la réhabililotion pro|>OFée dei juifs et du bourreau. Les liittorient israélites, dam leurs récits de cette séance, ont tout omis la funèbre coïncidence. Motif probable de celte omission. L'As8eml)iée nationale rébabilile l'exécuteur des haute s-œu- Tfca, mais pas les juif»; l'examen de leur sort est ujouroe. Colère du juuroal 1* Courritr dt Parti.
Si le lecteur y a pris garde, les doux chapitres qui précèdent, combinés comme deux flambeaux, ont approché une lumière accusatrice de la Déclaration des droits de l'homme^ pour l'examiner à un point de vue qui jusqu'ici était resté dans l'ombre.
Au temps d'Isaïe, les gens de Séir venaient interroger le Voyant, le prophète, et lui disaient : « Vcilleur, qiC apercevez -vous dans la nuit des événements: veilleur, dites-nous ce (jue vous apercevez^ ? » Nous aussi, interrogeant, sans aucun parti pris, l'Esprit de justice et de vérité qui ne cesse de }>laner, même aux jours les plus sombres, sur la société qu'il préserve et dirige, nous lui avons demandé : Veilleur incorruptible, qu'apercevez-vous dans ce préambule de la Révolution que tant de gens ont pris pour une aurore et qui nous semble receler des ténèbres et des dangers ; veilleur, dites- nous ce que vous apercevez ? Et l'Esprit de justice et de vérité nous a fait cette réponse :
On aperçoit dans ce préambule : le Christ qui est éliminé de la Constitution française et les juifs qui y sont cantonnés comme dans une machine de guerre...
* La petit* tribu de Séir, située dam l'Idumée, était tcdu* iolarro^er 1« prophète Isaia sur les évéaenaentf . — IsaTi, cbap. xxl, 11, 12.
{)4 LA QUESTION J l' IVE INTRODUITE
Ces considérations générales étaient indispensables. Ne fallait-il pas dénoncer la couleur hébraïque qui 60 dissimule parmi les couleurs de caméléon dont jouit la Déclaration des droits de 1789?
Un état de choses où l'appauvrissement, la mise hors la loi, les continuelles alarmes vont passer du côté des chrétiens, ot. au contraire, ramoncollemont dos ricliesses. les faveurs du pouvoir, la sécurité, du côté des juifs, n'est plus un état normal. Il accuse non pas soulomont un déplacement d'influences, mais un renvorsement des anciennes données religieuses et sociales. Le Voyant, cité plus haut, a dit encore : Comme un liommc ijui a faim songe qnd manf/e pendant la nuit, mais, lorsqu^ilef^t éveillé, il se trouve vide; et comme celui qui a soif songe quil boit, et après que son sommeil est passé, il se lève encore fatigué et altéré^ et il est vide .' ainsi se trouvera toute la multitude de ces Nations *. .. Et, en effet, depuis qu'elles ont rejeté l'obéissance au Christ ]iour se régir d'après les droits de l'homme, les malheureuses Nations songent, chaque nuit, qu'elles mangent, et elles se réveillent afTamées ; qu'elles boivent, et elles se réveillent fatiguées et altérées ; le vide, un vide toujours plus effrayant, a répondu à leur Déclaration des droits I
11 n'y a que les enfants de Jacob qui ne se plaignent point, parce que l'abondance vient à euxl
Gela seul suffirait pour faire juger une œuvre qui a interverti l'ordre des choses, et livré les sources de la vie...
> IsAïi, xxjz, 8.
DKVANT I;ASSEMBLKE NATIONAI-E 05
De ces considérations générales, nous passons maintenant au détail des faits. Dans quelles circonstances la question juive a-t-elle été introduite devant l'Assemblée nationale? Quels en furent et les auxiliaires et les adversiaires ? Par quelles péripéties passa-t-e)le î A quels moyens les hébreux curent-ils recours pour la faire aboutir, et arracher à l'Assemblée le décret d'une émancipation complète? Tels sont les faits très peu connus, tronqués ou mutilés, que nous allons rétablir et mettre en parfaite évidence, les appuyant de documents inattaquables. C'est un morceau d'histoire palpitant.
L'initiative de Tcntente qui allait s'établir entre les juifsctlaRévolution, appartient au curé d'Emberménil; c'est lui qui les a unis. Lauréat, comme nous l'avons vu, au concours de Metz, il avait trouvé une veine dans la question des juifs. Flatté de lours éloges et de leurs marques de confiance, il voulut faire, de leur affranchissement, son affaire. Un peu avant l'ouverture des États généraux, il avait écrit, en ces termes, à l'un des plps influents d'entre eux, Isaïe Binfj/j de Metz:
Emberménil, Î3 fétri«r 1789.
« Litei-moi donc^ mon cher Bing^ à la veille des Etats généraux, ne devriet-vous pas vous concerter avec d'autres membres de votre nation, pour réclamer les droits et
pr. ' LA OUKSTION JUIVE INTRODUITE
{e$ avantaget des citoyens t plus que jamais, voici le momen(,.,
« Aimes toujours votre inviolable ami.
ORKOOIRE.
curé d'Emberménil *.
Son conseil fut suivi, et, au printemps do celte année 1789, six juifs s'acheminaient vers Paris.
Lr'sÉtatsgénérauxajantétéconvoquésparLouisXVI, de tons les points de la France, divisée en sénéchaussées et en baillinpres, étaient partis, pour la cn[iitale, et les députés nommés et les caliiers remis aux députés. Ces cahiers renfermaient les doléances et les \œ\\\ des populations ; le [lays s'y ex[»iimait librement sur les réformes qu'il croyait utiles Los juifs d'Alsace, de Lorraine et dos Trois -Evèchés, ne jouissant pas des droits de citoyens, n'avaiont i>u participer à ce grand mouvement de vio nationale. Néanmoins, au mois do mai 178Î), « dos Ifttros du garde dos sceaux, remises par les intendants, avaient autorisé les juifs à s'assembler par-devant leurs syndics, en la manière accoutumée, pour nommer cliacun deux députés dans leurs provinces respectives, et apportcn' les cahiors de leurs doléances, qui devaient être fondus en un seul lors de leur réunion dans la capitale, et remis ensuite au garde des sceaux, pour en référer au roi * ». Ce qui s'était fait, et les six juifs, en route vers la capitale, étaient ces députés "\
• Architet itraélites, année 1844, p. 416.
' Motion en faveur des juif», par Grégoire, p. 5.
' L«i député! d'Alsace «taieDt- D. Sintzheim etS. SeligmanWitterthain; lei deputét d« Lorraine: Mayer-Mari et Rerr-Iuac-Berr; les députéa de ld«U «t des Troii-Évécbés : Ooudchaux, Ua>>r Cahn «t Louia Wold
Les voici arrivés à Paris, puis à Versailles, où l'Assemblée siège. Ils ont trouvé un centre assez singulier : le logis du curé Grégoire, député de la Lorraine, qui est devenu leur homme. C'est à lui, du reste, que le garde des sceaux a renvoyé les cahiers des juifs, pour en faire usage à l'Assemblée nationale ^ Ensemble, protégés et protecteur suivent les séances qui se tiennent à Versailles. Les fils d'Israël, en gens intéressés et habiles, ne perdent pas de vue un seul des mouvements do l'Assemblée, et le naïf et libéral Grégoire, Hatté d'avoir l'Ancien Testament sous ses ailes, se donne des airs de Moïse cherchant un gué pour introduire ses clients dans la terre do la liberté !
Le premier essai ne fut pas heureux. Il fut tenté le lundi 3 août. L'Assemblée se trouvait dans un état do surexcitation facile à comprendre. On venait d'apprendre, par des lettres venues des provinces, que les propriétés étaient la proie du plus coupable brigandago, que les cliîitoaux étaient brûlés, los couvents détruits, et les fermes abandonné<'s au pillage. Dans la séance qui avait précédé (samedi T' août), on avait liévreusement commencé la discussi(»ii sur la Constitution, par cette question : Mettra- t-on ou ne mettra-t-on pas une Déclaration des droits de Phomme et du citoyen en tête de la Cows^iVit^j'on? Cinquante-six orateurs s'étaient fait inscrire. Enfin, dans la séance qui allait suivre (mardi 4 août), devait avoir lieu cette superbe explosion de dépouillement volontaire où clergé et noblesse rivaliseraient de désintéressement, pour aban-
' « M', le Garde des iceaux actuel m'a renvoyé lea pièces pour eu faire uiage à rAiiemblée nationale. » Motion, etc., p. D.
Ij» Pr*ron<1*r«nrf Jnirc, 7