‹ La prépondérance juive, d'après des documents nouveauxChapitre 23 sur 71 · PP LA OUESTION JUIVE INTRODUITE · texte numérisé non relu

PP LA OUESTION JUIVE INTRODUITE

donner leurs privilèges. L'iicurc était donc à la surexcitation. C'est cependant cette heure que choisit notre Grégoire. Entre la séance qui inaugure la grande discussion des droits de Thonimc, et celle qui verra l'enthousiaste entrain de la noblesse et du clergé dans le dépouillement volontaire, il vient poser : les juifs 1 11 apparaît à la tribune, des lettres anonymes à la main. Il veut les lire. Un non général retentit dans la salle. Mais Grégoire est opiniâtre ; ce n'est pas pour rien qu'il s'est frotté aux gens de l'Ancien Testament; il insiste. L'Assemblée, tout entière, jugeant, sans doute, indiscrète et déplacée, la communication dont il l'assiège, crie avec force : Au feu, au feu, les lettres anonymes! Si bien accueilli dans la matinée, Grégoire reparaissait le soir même à la tribune, et, à propos du pillage des couvents, des châteaux et des fermes, il intercalait le pillage des juifs en Alsace. Il s'écrie : « Ministre d'une religion qui regarde tous les hommes comme frères, je n^clame en cette circonstance l'intervention du pouvoir de V Assemblée en faveur de ce peuple proscrit et mallieurcux. ^ » Il aurait voulu enlever un vote favorable, et, puisqu'on commençait la discussion des droits de rhoramc, en faire diriger la première application sur ses protégés.

L'Assemblée resta froide.

Quelques heures après, avons -nous dit, se tenait la séance légendaire de la nuit du 4 août. Quel sujet de réflexions que celui de ces deux séances consécutives :

* Moniteur, 1789, n'33. — Hittoirt j»arZ«m#nfoir# de la Réeolution, t. II, p. S09, 212.

DEVANT L'ASSEMDLÉE NATIONALE 99

les juifs se présentant pour tâcher d'entrer en possession des droits de l'homme, et la noblesse française, avec le clergé, se dépossédant, trop vite peut-être, de leurs droits féodaux et antiques privilèges. M. Thiers a dépeint ainsi ce transport :

« La royauté avait fait le sacrifice empressé de toutes ses prérogatives ; mais on était devant la masse des privilégiés, et tout le monde alors avait ses privilèges : la noblesse, le clergé, le tiers état, les provinces, les villes ; et, en face d'une pareille masse d'adversaires, on éprouvait cette espoco d'anxiété que ressent une armée lorsque va retentir le premier coup de canon d'une grande bataille.

(( Tout à coup la noblesse française, héroïque dans cette occasion comme elle l'était à Fontenoy, lorsqu'elle s'élançait au galop sur les lignes anglaises, pour ne pas laisser à l'infanterie l'honneur de braver seule ces lignes redoutables, la noblesse française s'élance à la tribune, et vient la première sacririer ses privilèges : tous ses membres accourent sans exception. Le clergé, saisi du même enthousiasme, imite son exemple, et il vient immoler ses privilèges, la diine, les bénéfices. Le tiers état suit à son tour avec le même enthousiasme ; et, lorsqu'on a tout sacrifié, on cherche encore dans sa mémoire s'il n'y aurait pas quelque privilège oublié que l'on puisse déposer sur cet autel qui, ce jour-là, était bien l'autel de la patrie *. »

£t ainsi) des Français et des juifs, les uns se dépouil-

i Diicoars lur Ui libertés politiqu«i, prononcé pur M. Tbitrt au Corpa législatif, dana la aéaDca du 28 mara 1865.

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