LES HÉSITATIONS DE L'ASSEMBLÉE
en troupes le long des eaux, font des digues et se construisont des habitations : eux aussi, ont rêvé une digue qui leur permette de s'introduire, des ruelles du moyen ùge, dans l'intérieur de la sociélé moderne, et d'y avoir des habitations nouvelles et plus amples; mais rAssemblcc nationale ne semble nullement disposée à les encourager et à les accueillir; indubtrieux rongeurs, comment vont-ils s'y prendre pour arriver à leurs fins, et posséder, un jour, de somptueuses demeures ?
A l'époque où ces choses se préparaient, c'est-àdire vers la fin du siècle dernier, il n'y avait guèro plus de 500 juifs à Paris. Aujourd'hui, ils font foule dans la capitale.
Ces 500 juifs habitaient de préférence le district des Carmélites. Ils avaient une petite synagogue située dans l'étroite rue Briscmiche K En contact immédiat et journalier avec les fauteurs des idées modernes, cette colonie juive parisienne était plus avancée et se montrait plus décidée que le reste des Israélites de Franco. La preuve on est qu'elle n'hésitait pas, pour acquérir les droits civils, à jeter à la mer — il est plus juste de dire à la Seine — ses syndics particuliers, ses rabbins *.
C'est cette petite troupe, intéressante et fertile en expédients, qui, comme les castors avec leurs dents taillées en scies, leur queue aplatie et leurs doigts agiles, se chargera de ronger les obstacles et de construire la digue sur laquelle toutes les tribus d'Israël, un jour, passeront.
* Archive! Israélite», année 1841, p. 504.
* Requête des juifs de Paris à l'Assemblée natioDale, cité* par Grégoire du os sa Motion, p. S-9.
i:« MOYKNS EMPLOYES l'Ol'U VAINCRK
Ses chefs, toutefois, n'étaient point de Paris. Ils lui étaient venus de l'Alsace et de la Lorraine. Les deux principaux s'appelaient: Gorf-Berr, ctBerr-Isaac-Berr.
Le nom de Bcr (qui, on allemand, signifie ours), est célèbre, dans les chroniques dos Israélites de France, à l'égal de celui d'O'Gonncll dans les montagnes de rirlande. Gerf-B^n- aida à rémanci[)ation de ses coreligionnaires, plus particulièrement par ses richesses ; J5c7'r-Isaac-J5err, plus particulièrement par ses discours : tous deux, par leurs infatigables démarches.
Gerfberr est ce riche israélite de l'Alsace dont nous avons, maintes fois, entretenu le lecteur. Ancion directeur général des fourrages dans le Xoi'd de la France, il avait rendu de signalés services à Louis XVI qui, en retour, lui avait accordé les droits d'un sujet royal, et donné la permission de posséder terres et maisons dans toute l'étendue du royaume. Strasbourg, avons -nous vu, avait protesté contre cette munificence, et bravement mis à la porte le juif, protégé du roi. A cet endroit de notre récit, Gerfberr, qui s'est transporté à Paris, est devenu l'âme d'une entente qui s'est établie entre la Société des Amis de la Constitution i\ Strasbourg, et ]di Société des Atnis de la Constitution à Paris. Un rapport ou mémoire des Amis alsaciens en faveur des juifs parvient aux Amis de la capitale; il y est dit, entre autres arguments : « J'achète du grain au marché ; je no m'embarrasse pas de savoir si le champ qui l'a produit a été labouré par un anabaptiste, un catholique ou un luthérien : il me serait fort égal qu'il eût été labouré par un juif; mais ce qui ne me l'est pas, c'est qu'il y ait au marché beaucoup de grain, et qu'il s'y