LKS HESITATIONS DE L'ASSEMBLEE
vende à un prix modéré. Il m'est fort indifférent que ce champ qui produit ma nourriture appartienne à saint Benoit, à saint Bernard, à saint Bruno, ou à quelque descendant du patriarche Jacob ; ce qui ne doit être indifférent à personne, c'est que tous les champs soient cultivés et bien cultivés *. » Il est aisé de reconnaître, dans ce langage, l'inspiration du directeur général des fourrages. Mais il se trompait, le mémoire se trompait, comme se ti'ompaiont également tous les libéraux de la Constituante, quand les uns et lis autres se persuadaient qu'il était absolument indifférent qu'une gerbe de blé fût cultivée et recueillie par un catholique, un luthérien ou un juif, pourvu qu'elle fût pleine et bien pressée. De l'esprit dépend la matière. Toute créature est, de soi, indifférente ; mais l'idée qui y est infusée la rend source de vie ou volcan de mort. Une gerbe de blé présentée en don à un besogneux par le prieur d'un monastère ou par le vénérable d'une loge maçonnique indique deux buts opposés. De même, recueillie d'un champ juif ou luthérien, sur lequel nulle bénédiction n'a passé, ou d'un champ chrétien qui a été béni, elle ne sera pas indiffé-
* Rapport lu à l'Assemblée de la Société dtt Ami» dt la Comtilution, le 27 février 1790, sur la question de l'élut rivil des juifsd'AUace, p. 20. — Elirait du pxocés-verbal de ce'te séance :
« La société, ayant entendu la lecture du rapport, a arrêté de l'adopter en entier, et de l'adresser en son nom à la Société dei Araia d« la ConstttutioD à Paris, comme l'expression de tes sei\liment« et da son opinion sur celte matière, en la priant de le mettre foua les jreui de l'Assemblée nationale. *
Signé : Barbibr dk Tinan, prétident,
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