‹ La prépondérance juive (volume 2)Chapitre 19 sur 35 · I.a rii'poiulérance juive · texte numérisé non relu

I.a rii'poiulérance juive

rente. Les libéraux, hélas! n'entraient pas dans ces distinctions mystiques. Gerfberr, lui, ne les soupçonnait même pas, étianger qu'il était à la doctrine chrétienne. Une seule chose le préoccupait : faire participer ses coreligionnaires à la liberté d'acquérir champs et maisons que lui-même possédait, en vertu des lettres patentes de Louis XVI. La liberté était, à ses yeux, la belle et douce reine Esther ; nouveau Mardochée, il disait à ses rayons : Pas pour moi seul, mais pour tous nos frères !

Berr-Isaac-Berr, l'autre chef, était originaire de Nancy. Il débuta et se fit connaître en traduisant, de l'hébreu en français, les prières funèbres composées par le rabbin de Lorraine, son maître, sur la mort de Louis XV. Il conserva toujours de bons rapports avec la monarchie; sous la Restauration, il obtint de Louis XVIll et de Charles X unepension^ Berr-Isaac- Berr «était un esprit éminent, éclairé et religieux. Unissant l'austérité des mœurs, la sévérité des principes, la fermeté des convictions, à la bonté de cœur, à la douce religion, il vivait à la tête de sa nombreuse famille comme un rabbin, comme un patriarche ^. » Choisi par ses coreligionnaires de Lorraine pour aller plaider leur cause auprès de l'Assemblée nationale, il fut vraiment, avec Gerfberr, le pionnier de l'émancipation. Mgr delà Fare, évèque de Nancy et député do Lorraine, ayant rapporté

* Berr-Isaac-Berr est également connu sous le nom de Berr de Turique, à cause dune terre de ce nom qu'il habitait aux environs de Nancy. Une ordonnance royale sous la Restauration lui permit d'ajouter le nom de Turique au sien.

2 Carmoly, la Fraiice Israélite, p. 59.

à la tribune cette parole effrayée d'un de ses diocésains : « Oui, Monseigneur, si nous venions à vous perdre, nous verrions un juif devenir notre évéque, tant ils sont habiles à s'emparer de tout * ; » Berr-Isaac-Berr écrivit au noble prélat « que les enfants de Jacob, longtemps malheureux, ne visaient pas à sa crosse, mais seulement à un toit li])re, paisible et resjDecté, sur le sol de France ! »

Berr-Isaac-BeiT avait 46 ans, lorsqu'il se présenta pour la cause de ses frères, devant l'Assemblée nationale; Gerfberr en avait 63 ^.

Sous la direction de ces deux chefs, les juifs de Parisentreprirent donc le siège de l'Assemblée, pour l'obliger à capituler.

Ils eurent recours à tous les moyens qu'une pareille entreprise et le génie de la race Israélite pouvaient leur suggérer. Le mot « moyens » qui signifie : ce qui sert pour parvenir à une fin, perd trop facilement, auprès des chers hébreux, cette signitication dans une autre, qui lui appartient aussi et qui veut dire : richesses, facultés pécuniaires. Les moyens d'Israël, comme facultés pécuniaires, sont considérables, qui ne le sait ? et parce que

■1 Moniteur, 23 dé einbre 1789.

* Gerfberr est mort en 17'j3, à Tàife de 6i) ans. Ben-Isa.c-Berr mourut en 1828, à;,'é de 84 ans.

t80 MOYENS EMPLOYÉS POUR VAINCRE

l'or est pervertisseur, les autres moyens emplo3'és pour tléchirla Constituante ont perdu de leur équité dans leur alliance avec ce métal.

N'anticipons pas toutefois.

Le premier moyen fut la supplication. Ils supplièrent et même avec ce ton obséquieux et craintif propre à des êtres longtemps méprisés et malheureux. Dans la plupart de leurs requêtes adressées aux députés de l'Assemblée nationale, ces pauvres gens emploient avec empressement le langage de l'époque, ils appellent les députés : Nosseigneurs. (< Nosseigneurs, les espérances qu'on nous avait fait concevoir, et que vos décrets eux-mêmes nous avaient données, pourraient -elles aujourd'hui s'évanouir?... Nosseigneurs, nous nous confions à vous tous *. »

Nous n'avons pas rencontré de documents qui établissent que ces supplications aient été bien persuasives. Sauf à la séance du 14 octobre 1789, où les représentants des communautés juives d'Alsace et de Lorraine furent introduits pour la première fois à la barre de l'Assemblée, et où Berr-Isaac-Berr prononça, les larmes aux yeux, des paroles vraiment attendrissantes et qui attendrirent (voir plus haut, pages 1 18-19), les suj^plications des juifs trouvèrent l'Assemblée raide, en garde l Ces dos courbés, ces visages pâles, ces voix gémissantes n'eurent pas le talent de beaucoup exciter sa compassion. Et cependant on était entré dans l'ère des idylles, des sentiments tendres et généreux ! Les juifs disaient : « Il

1 Nouvelle Adresse des Juifs à l'Assemblée nationale, 24 décembre 1789 (de l'imprimerie de Frauit, quai des Augustins).

faut que le chêne le 'plus dur, qu'un triple airain environne le cœur^ y> de cette Assemblée!

Et les députés de l'Assemblée pensaient entre eux : « Ce bloc enfariné ne nous dit rien qui vaille ^! »

Il y a, néanmoins, une exception à signaler. Ger tains présidents se montrèrent extrêmement attendris, trop peut-être ! En ce temps de la Constituante, le fauteuil de la présidence voyait se renouveler ses élus tous les mois. Or, quand le fauteuil est occupé par un ami d'Israël, les supplications recommencent plus pressantes, et une tentative est permise. Nous nous abstiendrons de citer des noms; il n'y a pas d'inconvénient, cependant, à nommer l'abbé Grégoire. Il lui arrive de tenir le fauteuil en janvier 1791, et sur-le-champ la question juive fait irruption ; mais il s'attire cette verte leçon du duc de Broglie : « C'est avec surprise que j'entends renouveler à cette tribune une proposition relative à un objet que vous avez. Messieurs, ûsagement ajourné depuis plusieurs mois. Je ne "suis pas moins étonné qu'un membre du comité ecclésiastique se soit permis d'intervertir Vordre du jour indiqué, pour faire une proposition aussi dangereuse en elle-même que déplacée dans la circonstance ^... » Bref, un vrai charme venu d'Israël plana parfois au-dessus de la présidence. De quoi était composé ce charme? Serait habile chimiste celui qui le dirait ! Tous les gens lettrés avaient lu Rousseau, et, vraisemblablement, à la présidence de l'Assemblée, cette réflexion du philosophe

* Horace.

2 La. Fontaine.

* Séance du 18 janvier 1791 (Moniteur du 20 janvier 1791).

rs2 MOYENS EMPLOYÉS POUR YAINCR

de Genève ne devait pas être inconnue : « Je me faisais un siècle cVor à ma fantaisie, et, remplissant ces beaux jours de toutes les scènes de ma vie qui m'avaient laissé de doux souvenirs, et de toutes celles que mon cœur désirait encore, je m'attendrissais jusqu'aux larmes sur les vrais plaisirs de l'humanité. » Hypocrite Rousseau ! naïfs présidents ! Le siècle d'or que vous rêvez avec tant de philosophie sentimentale pour vous-mêmes et pour l'humanité n'est plus loin : le peuple juif, émancipé par vous, se chargera de le réaliser, mais à sa façon, et à son profit.

Aussi, avec la supplication sur les lèvres, le second moyen auquel les juifs curent recours pour intéresser à leur cause, fut l'or dans leurs mains.

On ne fera jamais croire à personne que l'or, qui a été, en tout temps, la grande puissance de ce peuple depuis sa dispersion, ne lui ait pas servi en cette circonstance, et que la bourse, qui lui avait fourni tant de fois les moyens de dénouer les difficultés les plus délicates, ait élé, cette fois, dédaignée par lui, tant sa cause lui auiait semblé idéale, et tant ses vues auraient été désintéressées! C'est, cependant, l'étrange assertion que soutient l'historien Graetz. « Les enn ^mis des juifs, dit-il, avaient répandu le bruit qu'un juif très riche (Gerfberr) avait

distribué des sommes d'argent très considérables pour gagner des avocats. C'était une affreuse calomnie. Peut-on suborner ainsi une ville de sept cent mille habitants ^ ? » Assertion par trop innocente, et justification par trop partiale ! Non, sans doute, on ne suborne pas une ville de sept cent mille habitants ; mais dans une ville de sept cent mille habitants, on peut suborner tel ou tel habitant, tel ou tel avocat, tel ou tel député. C'est ce que nos bons hébreux n'eurent garde de dédaigner. Nous le croyons très fermement, sans faire tort le moins du monde à leurs qualités. Oui, c'est notre sentiment, ils durent dépenser et distribuer beaucoup d'or. Le duc de Broglie, du reste, le déclara en plein Parlement. « Parmi eux, dit-il dans la séance du 18 janvier 1791, il y en a un surtout qui a acquis une fortune immense aux dépens de l'Etat, et qui répand dans la ville de Paris des sommes considérables pour gagner des défenseurs à sa cause^. » 11 désignait Gerfberr. Accuser Gerfberr d'avoir fait sa fortune aux dépens de l'Etat, alors que Louis XVI lui -même avait reconnu, dans des lettres patentes magnifiques, les grands services que Gerfberr avait rendus à l'Etat, était une accusation injuste, peu digne du noble duc. Mais que le duc de Broglie ait fait erreur en affirmant « que Gerfberr répandait dans toute la ville de Paris des sommes d'argent pour gagner des défenseurs à sa cause», non, assurément!

Les mains qui tendaient l'or ne sont pas dignes d'éloge ; celles qui l'ont accepté le son^ encore moins.

' Graetz, Histoire des juifs, t. XI, p. 211. 2 Moniteur, du 20 janvier 1791,

Que les juifs aient eu recours à un semblable moyen de persuasion, il fallait s'y attendre. Mais que, d'autre part, on ait favorisé leur émancipation en se laissant gagner à leur cause par de l'argent, cela était un signe caractéristique de l'orgueilleuse et, en même temps, peu fière époque inaugurée avec la Révolution. Le grave Malesherbes, présidant la section du Conseil d'État chargée par Louis XVI d'examiner la cause des juifs, n'eût jamais permis au veau d'or de projeter son ombre dans la salle du Conseil. On n'ose en dire autant de certains membres, même de certains présidents de l'Assemblée constituante. La société, hélas ! commençait à présenter cet aspect vénal qui lui venait fatalement des doctrines matérialistes et des mœurs voltairiennes, et qui, dans la suite, l'assimilera complètement aux juifs. Qui se ressemble s'assemble ! Voilà pourquoi les portes de la société n'étaient plus solides devant les juifs. Elles n'étaient plus ces lourdes portes du moyen âge toutes verrouillées d'honneur. La clef d'or y jouait déjà avec aisance. (( 0 ville vénale ! » s'était écrié un étranger à l'aspect de l'ancienne Rome dégénérée; « il ne te manque qu'un acheteur ! » Avec leur finesse de pénétration, les juifs avaient pressenti que la société était devenue vénale, et eux-mêmes se présentaient comme acheteurs !

En employant les supplications et For, les juifs assiégeaient la société par des moyens en quelque sorte fami-

liers et qui leur appartenaient. Mais voici que, d'ellemême, la société leur offre imprudemment le moyen d'entrer, sans coup férir, dans son sein : ce moyen, c'est la Déclaration des droits de l'homme !

Beaucoup do Français légers et irréligieux — d'au tant plus légers qu'ils sont devenus irréligieux — n'ont jamais pris garde à la brèche formidable que la Déclaration des droits de l'homme venait pratiquer dans la société chrétienne. Qu'ils veuillent bien s'en rendre compte une bonne fois, en lisant ce qui suit :

Du moment qu'à la base de la société, les législateurs de 89 retiraient V Evangile de Jésus-Christ pour lui substituer le Contrat social de Rousseau, et du moment que, pour être citoyen d'une nation telle que la France, il suffisait à l'avenir d'être homme, sans plus se préoccuper du titre de chrétien, il s'ensuivait : que les juifs avaient le droit de se présenter, pour devenir citoyens; car eux aussi étaient hommes ! Ils le comprirent bien vite et, bien vite aussi, se présentèrent. Le lecteur nous saura certainement gré de lui mettre sous les yeux deux tableaux saisissants, empruntés à l'historien qui a retrouvé la couleur locale de la Révolution ; nous y ajouterons une couleur juive:

« Un ferment nouveau est entré dans la masse ignorante et grossière, et les idées nouvelles font leur effet. Il y a longtemps qu'elles ont fil (ré insensiblement de couche en couche, et qu'après avoir gagné l'aristocratie, toute la partie lettrée du tiers état, les gens de loi, les écoles, toute la jeunesse, elles se sont insinuées, goutte à goutte et par mille fissures, dans la classe qui vit du travail de ses bras. Les grands seigneurs, à lew

18j moyens EMPLOYES POUR VAINCRE

toiletle, ont raillé le christianisme et affirmé les d?-oiis de l'homme devant lem^s valets, leurs 'perruquiers, leurs fournisseu7's et toute leur antichambre. Les gens de lettres, les avocats, les procureurs, ont répété, d'un ton plus âpre, les mêmes diatribes et les mêmes théories aux cafés, aux restaurants, dans les promenades et dans tous les lieux publics. On a parlé devant les gens du peuple comme s'ils n'étaient point là et, de toute cette éloquence déversée sans précaution, il a jailli des éclaboussures jusque dans le cerveau de l'artisan, du cabaretier, du commissionnaire, de la revendeuse*... » Nous ajoutons : et du juif. En effet, les juifs, eux aussi, en vendant leurs fripes et en faisant leurs échanges, ont retenu et rapporté dans les ruelles de leurs quartiers à part ce qu'ils ont entendu dire des droits de l'homme. Est-il, alors, étonnant qu'ils redressent leur front humilié, puisqu'aux jeux de la nouvelle législation, la tache du déicide ne compte plus, et qu'ils disent : Nous aussi, nous sommes des hommes, et comme hommes, nous demandons à partager les droits de tous! Avaient -ils tort? Qu'on réponde. Du moment que les représentants d'une nation chrétienne abandonnaient les sommets créés par le chri:>tianisaie pour descendre et se placer sur le terrain de la pure humanité, pourquoi, sur ce terrain, les juifs ne se seraient-ils pas empressés d'accourir, en relevant la tète ? Ils ont accouru. Dans ce danger de leur apparition, qui sont les coupables?

Autre tableau de l'époque :

1 Taine, la Révolution, t. I, p. 84 -5.

On connaît la fameuse fête de la Fédération, célébrée le 14 juillet 1790, et qui fut, en quelque sorte, l'idylle du Contrat social. Au Champ de Mars, théâtre de la fête, et où se pressaient plus de trois cent mille patriotes, au moment où le canon annonça le serment de fidélité, tous les bras se levèrent, toutes les voix crièrent : Je le jure. Avant et après le serment, ce fut comme un délire dont voici quelques détails qui formenttableau. « A Paris, écrit un témoin oculaire, j'ai vu des chevaliers de Saint -Louis et des aumôniers danser dans la rue avec les individus de leur département. Au Champ de Mars, le jour de la fédération, malgré la pluie qui tombe à flots, les premiers arrivés commencent à danser ; ceux qui suivent se joignent à eux et forment une ronde qui embrasse bientôt une partie du Champ de Mars. . . Trois cent mille spectateurs battaient la mesure avec les mains. — Les jours suivants, au Champ de Mars et dans les rues, on danse encore, on boit, on chante ; il y a bal et rafraîchissement à la halle au blé, bal sur l'emplacement de la Bastille. — A Tours, où cinquante -deux détachements des provinces voisines se sont assemblés, vers quatre heures du soir, par un élan irrésistible de gaieté folle, les officiers, bas-officiers et soldats, pèle-môle, se mettent à courir dans les rues, formant des danses, criant : Vive le roi ! Vive la nation ! jetant leurs chapeaux en l'air, et forçant à danser toutes les personnes qu'ils rencontrent sur leur chemin. Un chanoine de la cathédrale, qui passait tranquillement, est affublé d'un bonnet de grenadier, en traîné dans la ronde ; après lui, deux religieux ; on les embrasse beaucoup, puis on les laisse aller... Par-

tout la scène finit par un bal. C'est la finale universelle ^ ... ))

Eh bien, maintenant, que le lecteur se représente des juifs apparaissant dans l'ombre, autour de ces danses. Quoiqu'encore timides et crasseux, ils sont tentés de s'y mêler. Gomment cette tentation ne leur serait- elle pas venue ? Des danses, des rondes en l'honneur des droits de l'homme et de la fraternité universelle, mais c'est la danse des ressuscites \ Le moyen âge a eu sa danse des morts ; ici, c'est la danse des vivants et des ressuscites. Ils pouvaient donc hardiment se présenter et dire : Nous aussi, nous sommes des hommes, agrandissons la ronde ! . . .

Philosophes du Contrat social, députés de la Constituante de 1789, c'est donc vous qui, avec votre Déclaration des Droits de Vhomme, avez pratiqué la brèche qui va donner passage aux juifs. Et vous vous étonnez que les juifs se pressent à vos séances pour être reconnus comme des hommes et acceptés comme citoyens ! Allons donc ! ils eussent été bien simples de s'abstenir, et de ne pas insister. Vous avez ouvert, abattu la porte, et ils veulent entrer ! Vous avez renversé les murailles de la société chrétienne, et eux, de leur pied alerte, sont déjà dans vos rangs !

Aussi, il est curieux de remarquer comment, dans les requêtes qu'ils adressent à l'Assemblée nationale, à côté des supplications, il y n. aussi, les hardiesses que leur suggère le droit nouveau. « Nosseigneurs, nous

1 Récits des témoias oculaires, cités par Taine (la Révolution. >. 289-90).

nous confions à vous tous ; et votre respect connu pour les droits de l'homme, V impossibilité où vous êtes aujourd'hui de vous mettre en conti^adiction avec tous ces actes de sagesse et de justice qui sont émanés de vous, la douleur que vous auriez de déshonorer, par une injustice éclatante, une constitution qui doit faire le bonheur de la France et l'objet de l'admiration des étrangers : tout nous garantit que notre cause, qui a trouvé hier tant d'adversaires parmi vous, trouvera en vous tous, aujourd'iiui, autant de soutiens et de défenseurs *. » Que pouvait -on répondre à la logique de ces observations ? Rien.

Les intéressés disent encore aux législateurs : « Si vous nous refusez, votre refus semblera une approbation solennelle des haines populaires contre les juifs. Carie peuple comparant IsiDéchu^ation des droits de r homme, si souvent lue et relue par lui, avec la malheureuse destinée des juifs, en conclura quils ne sont pas des hommes... Vous repousseriez dans le fond des coeurs le préjugé qui est prêt à s'en échapper... Et la fureur du peuple qui a si souvent éclaté contre les juifs, serait plus facile encore à s'enflammer ^. »

L'histoire n'a enregistré aucune réponse à ces arguments. L'embarras de l'Assemblée était manifeste.

i Nouvelle Adresse dus juifs à C Assemblé : n itionale, du 24 décembre 1789, p. 3.

2 Pétition des Juifs à V Assemblée nttionale du 28 janvier 1790, p. 78-9, p. 94. — Cette pétition s'ouvre par cette arrogante déclaration :

« Ils demandent à être citoyens. Le droit qu'ils ont à être déclarés tels, Tavantage qui en résultera pour la France, les inconvénients qui résulteraient d'un décret opposé à leurs vœux, tout cela est exposé dans cet écrit avec l'énergie qui convient à des hommes qui réclament non une grâce, mais un acte de justice» (p. 7-8).

Les législateurs de 89 ayant renversé inconsidérément tout Tancien ordre de choses au nom des droits de rhomme, voici qu'une invasion inattendue, non de barbares, comme au iv" siècle, mais de maudits, une race méprisée de tous, se présente à l'improviste, pour bénéficier immédiatement de la législation nouvelle. Il faut avouer que cette apparition inattendue était bien faite pour abasourdir l'Assemblée. Elle aurait voulu ne pas encore étendre, à ces étrangers, la reconnaissance de l'homme et ses droits ; mais les juifs lui criaient : « Go serait vous mettre en contradiction avec la Constitution... ce serait vous déshonorer vous-mêmes!... Ce serait nous exposer à une persécution plus épouvantable que toutes les précédentes. . . Nous sommes des hommes ! . . . » Et les législateurs étaient muets d'em barras et de crainte.

Longtemps, la société avait repoussé le Juif-Errant de son sein, lui disant : Marche, marche l Mais la société ayant cessé d'être chrétienne, et les nouveaux législateurs hésitant à reconnaître, à propos des juifs, les conséquences des droits de l'homme, ceux-ci retournaient contre l'Assemblée le mot célèbre et fatal et, à leur tour, lui criaient : Marche, marche !

Ils employèrent enfin un dernier moyen, celui-là occulte et détourné, répréhensible en tous points: le recours aux fuubourgs cl à la Commune. « Les rej^ré-

sentants des juifs perdaient patience », dit un de leurs historiens*. La souffrance de l'attente n'excuse pas l'emploi des voies obliques. Leur pétition (du 28 janvier 1790) à l'Assemblée nationale renfermait cet audacieux programme : (( Tout ce qu'on n'aurait pas osé, ou tout ce qu'on n'aurait osé qu'avec des précautions infinies, aune époque plus reculée, on peut et on doit l'oser dans ce moment de régénération universelle, où toutes les idées et tous les sentiments prennent une nouvelle direction ; et il faut se hâter de V 0867"^. » Eux-mêmes ne mirent que trop bien en pratique ce conseil de direction.

Nous sommes, ici, en possession du dernier secret de la manière dont s'est faite l'émancipation juive. Maies herbes et Louis XVI, voilà les débuts ; les faubourgs et la Commune, voilà le dénoucinent. Aussi, étant donnée cette vérité historique : que c'est, bel et bien, à la Commune que les juifs ont demandé la suprême impulsion, le catégorique secours qui a fait aboutir leur émancipation, il importe, avant de raconter les événements, d'ajouter un trait au tableau que nous avons tracé de l'Assemblée constituante, lorsque nous avons décrit, au commencement du IV ''chapitre, sa couleur locale.

Nous l'avons dépeinte ainsi : Assemblée enthousiaste et généreuse, mais idéologue, théâtrale, pleine de présomption et de suffisance. Nous tenions en réserve, pour le rapporter à cette place, ce dernier trait : Assemblée entièrement soumise à l'action des faubourgs et de la Commune de Paris.

i Graetz, t. XL

2 Pétition des juifs adressée à V A^senih'ée nationale le 2i Jan vier 1790, p. 96.

i92 MOYENS EMPLOYES POUR VAINCRE

Ce fait historique est aujourd'hui trop connu pour qu'il soit besoin d'apporter grand nombre de citations. Une seule suffira : « En dehors de l'Assemblée nationale, il y a de véritables pouvoirs : l'Hôtel de Ville, les districts et les clubs. Là se préparent les agitations de la rue, les menaces, les complots... Les clubs avaient un moyen d'action qui s'appelait le sabbat; c'était une association de dix hommes dévoués, prenant l'ordre de tous les jours, que chacun d'eux donnait ensuite à dix hommes appartenant aux divers bataillons de la garde nationale do Paris ; tous les bataillons et toutes les sections recevaient à la fois la même proposition d'émeute, la même démonstration contre les autorités constituées ^ »

L'oppression de l'Assemblée nationale par la Commune et les districts, tel fut donc le caractère distinctif de la Révolution. En rupture avec son souverain, cette Assemblée présomptueuse était obligée d'accorder en bas ce qu'elle refusait en haut : l'obéissance. On décrétait les lois dans l'Assemblée, mais on les recevait, pré parées, de l'Hôtel de Ville et des clubs.

Eh bien, les Israélites étaient, évidemment, trop perspicaces et trop retors pour ne pas mettre à profit cette confusion des pouvoirs. Toujours ajournés et déboutés par l'Assemblée, ils se retournèrent vers l'Hôtel de Ville, vers la Commune, et se concertèrent avec la force occulte pour obliger la force légale et législative à s'occuper d'eux et à leur être favorable.

' Mémoires de la Fayette, t. II. — Histoire de la Révolution, par Poujoulat, i>. 157-9.

Un de leurs historiens les plus complets n'a pas cru devoir cacher cette manœuvre. « Fatigués, dit-il, par les mille et inutiles efforts qu'ils avaient tentés pour obtenir les droits civils, Us imaginèrent un dernier moyen. Voyant qu'il était impossible d'obtenir, par la raison et le bon sens, ce qu'ils appelaient leurs droits, ils résolurent de forcer V Assemblée nationale à ap ■ prouver leur émancipation... Ils ne savaient que trop que le pouvoir n'était plus entre les mains de l'Assemblée, mais dans celles des divers partis de la capital % qui, dans leur zèle révolutionnaire, dominaient tout, le roi, l'Assemblée, le pays entier ! C'est donc à eux que s'adressèrent les juifs de Paris, de l'Alsace et de la Lorraine*. »

L'aveu peut- il être plus formel ?

Mais, pour une page aussi grave que celle que nous écrivons, la Providence a eu soin de nous fournir des renseignements et des témoignages irréfragables.

Il y a un homme qui est resté à peu près inconnu devant l'histoire, et qui, cependant, alors que la cause de l'émancipation semblait enrayée pour un temps indéfini, a tout brusqué, tout décidé, tout emporté : c'est l'avocat Godard. On le désignait à Paris, en 1791, sous cette dénomination : le jeune avocat des juifs.

Or, la Providence a permis que son portefeuille concernant les juifs, ses papiers d'avocat dévoué à leur cause, soient tombés entre nos mains. C'est à Marseille que nous avons fait, il y a vingt- cinq ans, cette décou verte; elle est vraiment précieuse, puisqu'elle nous per-

1 Graetz, t. XI, p. 2H.

l.a rrépondéiance juive. lo

Page 1