PREFACE
peuple juif, renfermé dans leur sein. Mais le jour où les eaux sont devenues basses, où les lois, les institutions, les mœurs, se sont affaiblies, le rocher a émergé, pour devenir une cime, un sommet, une prépondérance.
Un pareil état de choses s’explique difficilement si l’on ne prend la peine de remonter jusqu’à l’Empire, continuateur de la Révolution française. A l’Assemblée constituante, de 1789 à 1791, la prépondérance juive fut redevable de son origine; à Napoléon, de 1806 à 1815, elle est redevable de son organisation.
Ce vaste génie, aux intentions conservatrices et généreuses, a fait en grande partie fausse route dans ses mesures vis-à-vis du peuple juif. Il a voulu emporter d’assaut la fusion de ce peuple avec les autres peuples, et le résultat n’est pas un vrai succès. lia cru, par ses lois et ses institutions, fortifier la société et dissoudre les hébreux, et c’est le contraire qui devait se produire. Enfin, lorsque la lutte s’est engagée entre le puissant Empereur et les débris vivants du Sinaï, ce sont les débris qui ont résisté, et triomphé.
Ces diverses péripéties forment un épisode très peu connu de l’Empire, et du plus vif intérêt. Nous le racontons.
Puisse le lecteur, quel qu’il soit, nous rendre ce témoignage : que la vérité nous est chère, et, non moins, la
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charité ! Notre tâche est difficile. Mais en prenant la défense du peuple chrétien, et, à l’exemple de Dieu, le parti d’Isaac contre Ismaël, nous n’oublions pas les ménagements qui peuvent aider à la possibilité d’une réconciliation. Les deux peuples 11’appartiennent-ils pas ensemble au Christ de Dieu, l’un comme enfant, l’autre comme ancêtre ?... Napoléon faisait assurément une chose louable, lorsqu’il travaillait à un rapprochement : son tort fut de l’avoir tenté sans l’Église. C’était tenter l’impossible ! Seule, l’Église peut reprendre en sous-œuvre l’édifice de concorde, en réparer les brèches et le perfectionner. Quelle heureuse chose pour la société, lorsqu’on dira : Les israélites et les autres peuples sont frères, non sous des apparences civiles, mais pour de bon !
Fasse donc le ciel que cette étude historique, qui éclaire les situations en racontant loyalement le bien et le mal, diminue aussi la distance qui sépare !
Lyon, le 19 mars 1891.