‹ La présidence des assemblées politiquesChapitre 27 sur 60 · LIVRE II. PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

LIVRE II. PREMIÈRE PARTIE

rarement usage, et les prérogatives de la Chambre sont en fait aussi complètes que si le souverain n'avait pas à intervenir dans la nomination du speaker. Les institutions parlementaires anglaises et l'organisation même du « speakership » des Communes présentent du reste un singulier mélange de vieilles coutumes et de règles modernes, de traditions et d'esprit pratique. C'est ce mélange qui fait précisément l'originalité du speakership de la Chambre des Communes.

Cette présidence ne date pas, en effet, d'un siècle ou d'un demi-siècle comme les présidences dos autres assemblées politiques européennes. Les règles de son organisation n'ont pas été formulées ou précisées dans un texte constitutionnel ou réslementaire moderne. Elle remonte au xiv" siècle et elle est constituée par la coutume et la tradition encore plus que par des règles écrites. Elle a su d'ailleurs conserver à travers les siècles, malgré les changements politiques et les vicissitudes de la liberté publique, son caractère originaire et traditionnel. Le speaker a été dès la première heure et il est aujourd'hui encore le représentant de l'assemblée entière vis-a-vis de tous les autres pouvoirs de l'Etat et en particulier de la Couronne. II est élevé au-dessus des partis pour pouvoir défendre avec plus d'autorité les droits et les prérogatives de la Chambre.

Ce caractère de magistrature impartiale que les traditions du parlement anglais ont donné de bonne heure au speakership de la Chambre des Communes était du reste conforme au tempérament national et parfaitement adapté à l'organisation même de l'assemblée. Les Anglais apportent, en effet, en toutes choses et en particulier dans la politique plus de sang-froid et de calme que les peuples de l'Europe continentale et surtout que les peuples du Midi. Ils ont du reste moins qu'eux le culte des idées générales et des conceptions théoriques ; ils tiennent moins au triomphe des doctrines qu'à la réalisation des réformes positives et à l'avènement de résul-

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tats pratiques, lin revanche, ils sont plus disposés que les peuples du continent à respecter la liberté et les droits de leurs concitoyens. (!es qualités et ces défauts ont rendu possible la présence en tous les temps, au fauteuil présidentiel de la Chambre des Communes, d'un président qui, la veille encore homme do parti, oublie le lendemain ses opinions et ses doctrines pour devenir l'arbitre du camp et le juge des débals, qui apporte dans les luttes parlementaires le sangfroid national poussé au suprême degré et qui possède assez le respect des droits de tous pour prendre la défense de la minorité même contre la majorité de l'assemblée. Cela va permettre en même temps à ce président, à qui son impartialité donne l'autorité, de diriger les travaux parlementaires avec une maîtrise et une célérité dont ils ont besoin pour aboutir. Quand le speaker affirme quehjue chose, il est cru sur parole ; quand il rappelle à l'ordre, tout le monde se tait et obéit. Le juge devient, quand il le faut, un maître et, sous son impulsion, d'autant plus efficace qu'elle est plus modérée, la machine parlementaire peut se mettre en mouvement et réaliser la besogne législative pour laquelle elle est faite.

Depuis quelque temps pourtant elle fonctionne avec moins de souplesse et des grincements se font entendre. Un esprit nouveau semble venir animer pour les transformer toutes les vieilles institutions anglaises. A la suite des réformes électorales et notamment de la réforme de 1881 qui a presque amené l'établissement du suffrage universel, les masses populaires sont arrivées à la vie politique et ont cherché à réaliser plus ou moins brusquement les réformes réclamées. Leurs impatiences ont provoqué au sein du Parlement des luttes dont la vivacité a été parfois extrême et qui ont faussé la plupart des rouages parlementaires. En même temps, une campagne d'obstruction menée par une minorité irlandaise acharnée est venue compromettre le fonctionnement même de la Chambre des Communes. En présence de ces facteurs

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