‹ La présidence des assemblées politiquesChapitre 37 sur 60 · LE SPKAKER CHEF DES COMITES · texte numérisé non relu

LE SPKAKER CHEF DES COMITES

« Cosprôoccupalions, dit M. lîryce (1), entourent l'exercice de son pouvoir de trouble et d'anxiétés. La réparlilion par ses soins des mcnd)res de la (ihainhrc dans les commissions est un point crilicpic dans l'hisloire d'un (longrès, un de ces l'ails qui passionnent les esprits au plus haut degré. Le speaker consacre à ce travail les (juinze jours (pii suivent son élection ; il y donne une attention comparable à celle d'un premier ministre d'Europe à l'occasion de la composition de son cabinet. Le parallèle peut être poussé plus loin et, de même que les présidents des principales commissions peuvent être assimilés aux ministres d'Europe, de même le speaker est de son côté un grand chef de parti en même temps que le président d'une assemblée délibérante. » C'est une sorte de premier ministre qui est chargé de constituer le Cabinet aux destinées duquel il va présider.

La ressemblance ne doit pas toutefois être exagérée. Le gouvernement par les comités du Congrès présente des caractères qui empêchent de l'assimiler au gouvernement de Cabinet. 11 est secret, car les comités ne siègent jamais en séance publique et tout se passe dans le mystère des commissions. Il est irresponsable, car les présidents des comités, une fois nommés, ne dépendent ni du speaker, ni de la Chambre. 11 est enfin, si l'on peut ainsi parler, dispersé et désagrégé, car il n'y a pas d'entente entre les comités dont les présidents représentent des puissances concurrentes et quelquefois rivales (2 . Une seule pensée peut introduire quekjue unité dans le système, c'est celle du speaker qui nomme les comités. Le speaker doit donc s'efforcer de composer ces comités d'après ses vues personnelles, sous sa responsabilité morale, à ses risques et périls. Les Américains aiment les gens audacieux et un Congrès sera reconnaissant

(1) Bbyce, op. cit., I, p. 207.

(2) V. sur tous ces points, Wilson, op. cit , passim. Bryce, op. cit., I, p. 209.

à son speaker d'avoir pensé et agi pour lui qui ne peut le faire, démembre qu'il est, en quelque sorte, en (50 commissions. C'est dans cet esprit que les derniers speakers et notamment Carlislc et Reed ont composé leurs comités et leur succès a tenu en partie à la direction énergique qu'ils leur ont imprimée (1).

Ainsi, par une réaction nécessaire contre l'incohérence du système et aussi sous l'action de speakers résolus, l'unité s'est introduite dans les comités. Ce gouvernement occulte a désormais un chef qui l'organise et le dirige en faisant pénétrer partout une même pensée. Mais le speaker retire de cette direction un immense pouvoir politique. 11 peut, grâce à elle, guider le Congrès dans son travail législatif et seconder ou contrecarrer l'action du président de la République. Un président ne peut faire quelque chose qu'avec le concours du speaker de la Chambre, et, s'il n'appartient pas au même parti que lui, son gouvernement est impuissant et son action stérile. En vérité, en matière de politique intérieure tout au moins, le speaker est plus influent que le président (2).

Il semble pourtant manquer (juehfue chose encore à cet immense pouvoir, c'est la possibilité pour le speaker de faire sentir son action constante et journalière sur le travail du Congrès pour introduire dans ce travail l'ordre et la cohésion. Sans doute, le speaker possède à la Chambre le droit de reconnaissance ; sans doute, ses rapports avec les comités ne cessent pas avec leur nomination et une entente très efficace s'établit entre lui et les chairmen des comités pour favoriser les mesures que l'on désire voir aboutir et diriger les discussions suivant les arrangements pris sur la parole par les rapporteurs des comités (3). Mais les comités sont nombreux

(1) V. FoLLETT, op. cit., p. 115 et s.

(2) V. Bhadi'ord, « Congress and the Cabinet » AnnaU of the american acadeniy of political and social science, nov. 1893, p. 74.

(3) V. FoLi.ETT, op. cit , p. 245.

Liî sim:aki:ii c.iikf i>i:s comitks 'XV\

et les l)ills (|ui leur soiil renvoyés innonil)ral)Ies. I^^ntre les l)i!!s tloiit les comilés ont préparé les ra|)poi-ls. (pii fei-a un choix "^ l^jilre les coniilés eux-mêmes, qui déterminera la prorité et l'ordre dans lequel ils pourront être entendus à la Chandjre ^( (lela paraît pourtant d'autant plus nécessaire (|ue la tendance du Conii;rès est d'augmenter sans cesse le nombre des comités (1; et iré[)arpiller ainsi ses attributions entre une multitude de commissions dont chacune est naturellement tentée de considérer les aiïaires rentrant dans sa compétence comme les plus dignes de retenir l'attention du Congrès.

11 était donc indispensable (ju'une autorité, au Congrès, vînt coordonner l'action des dill*érents comités de façon à redonner le mouvement et la vie à un Congrès désarticulé par la dispersion de sespouvoirs entre une soixantaine de comités. Cette autorité a été ici encore le speaker, agissant d'abord seul et parles moyens imparfaits qu'il avait à sa disposition, ensuite par l'intermédiaire d'un comité dont il est le président et en réalité le seul membre important, le comité des règlements. Mais par là, le speaker agit non plus seulement comme président, non plus même comme homme politique influent, mais comme leader législatif, comme « premier » (2). Il est le moteur de la machine parlementaire dont il surveille constamment le mouvement ; il représente et incarne en quelque sorte chaque Congrès et devient responsable de son succès ou de son échec. C'est dans cette dernière fonction, dont l'organe, le comité des règlements, couronne l'édifice parlementaire, qu'il nous faut maintenant voir à l'œuvre le speaker.

(U Au 5l8 Congrès, en 18S9, le nombre des comités était de 52. Il est aujourd'hui de 60.

(2) V. BusHSELL IIart, « The speaker as premier »,dans son ouvrage, Praetical Essays on american govermnent, New- York, 1893,

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