Miller, loc. cit., IT, pl. 10, LI, p
mons Synay sont mentionnés, pour ainsi dire sans figuration. En 1217, enfin, on voit se produire le pèlerinage de Thietmar, dont l'Lter ad terram sanctam, seul de son espèce, en ce qui concerne le Sinai, pour tout le xir° siècle, est la première en date des innombrables relations que nous allons avoir à noter au cours du Moyen Age. Thietmar note avec soin, au Sinai, les légendes du couvent et de la montagne !.
Peu d'années après, en 1226, nous rencontrons le considérable Dictionnaire géographique de Yäkout el Hamawi ?, où les renseignements sont nombreux sur le Tiah bne Israel, la mer Rouge, Kolzoum},' Tour, Aila et les points intéressants de la côte occidentale que décrivent déjà Istachri, Moukaddasi et Edrisi ; dans la grande compilation de Yâäkout, on rencontre beaucoup d’éléments empruntés à ces prédécesseurs, et d’autres dont la source est perdue ; nous avons noté les uns-et les autres à leur place au cours des précédents chapitres. Rappelons la description du couvent de Sainte-Catherine que Yàäkout, le premier des auteurs arabes, donne de manière exacte et caractéristique *, et les curieuses tentatives d'étymologie de Sina qui passeront, de Yâàkout, chez les géographes des siècles suivants.
Du pape Grégoire IX (1227-1241) on possède une bulle, copiée au couvent par Porphyre Ouspensky et publiée par lui en 1856, puis à nouveau par J. B.Chabot ‘ en 1900, qui fournit une importante énumération des biens de Sainte-Catherine dans la péninsule et au dehors, et démontre par son existence qu’à cette époque, l'union des Sinaïtes avec l’église romaine était encore complète.
Shems ed-Dîn de Damas, dans l'ouvrage qu’a traduit Mehren en 1874 et qui se place dans la seconde moitié du xm° siècle ?,
1. Multiples éditions de l’Zter de Thietmar, dont il faut consulter le chap. xxu. Longue bibliogr. dans R. Rôbricht, Bibl. geogr. Palaestinae (1890), p. #7. Voir J. C. M. Laurent, Magistri Thielmari Peregrinatio, p. 46 suiv., ou bien Tobler, Thietmari iler in lerram sanctam. Trad. française de Saint- Aignan dans La Terre Sainte, VIII (1882), n° 194.
2. Yäkout el Hamawi, Mouschtarek etc., texte arabe publié par E. Wüstenfeld, 6 vol., 1866-1870. Des passages peu étendus, seuls, sont cités en traduction dans divers ouvrages. Voir, pour ce qui nous intéresse, I, 103, 422, 500, 503, 811, 912; II, 77, 356,675; II, 41, 220, 558, 834; IV, 153 suiv.
STbE EE GT
4. J. B. Chabot, À propos du couvent du mont Sinai, dans Rev. de lOrient Chrétien, V (1900), p. 492-498.
5. Shems ed-Din abou Abdallah Mohamed, Nokhbet ed-Dahr etc., traduction de A. F.Mchren, Manuel de la Cosmographie du Moyen Age, Copenhague, 1874. Voir pp. 17, 222-223, 292, 324.
reproduit des indications déjà rencontrées par nous, pour la plupart, sur les régions du nord de la mer Rouge et les districts de la péninsule.
A la fin du siècle reparaît la documentation occidentale, sous la forme de cartes dont la première est la célèbre carte d'Ebstori ! de 1284. Depuis le planisphère de Saint-Sever au xi° siècle, le progrès géographique n’est pas considérable, mais on voit au moins la grande Arabie, entre la mer Rouge et le golfe Persique, prendre grossièrement sa forme de quadrilatère. Cette grande Arabie renferme un mons Synai énorme, un madian, et tout un tableau des stations du voyage des Israelites, avec la forteresse de Cadesbarn? ; au centre des terres, la mention: fransit-filiorisrl. Moins désordonnées, avec un dessin également bon, sont les indications des diverses cartes de Marino Sanudo au début du xiv° siècle ; dans l'une d’elles ?, Mecha est au centre de l’Arabie quadrangulaire et S! Cafarina — première en date des mentions cartographiques du grand couvent — non loin du fond de la mer Rouge; dans une autre, dont le rédacteur a l'esprit plus confus *, on trouve Meccha placé semblablement, puis Ecclesia Sancte Margarite (sic) dans le Mons Synay, et plus au nord, Aqua Marat et Mons Seyr, auquel est accolée une table rectangulaire lex.
Le dessin géographiqne s’altère et retombe immédiatement, comme on voit par les cartes de Ranulf Higden, où l'Arabie reprend sa forme pointue des documents de la première époque: Il existe un grand nombre d'exemplaires de la carte de Higden #, où les seules mentions intéressantes pour nous sont celles de ms syna et d'un fransnt hebrei en pont sur le fond de la mer Rouge comme dans les cartes de Henri de Mayence et du ms. de Saint-Gall au début du xn° siècle. A la même époque, certaine-
1. Miller, loc. cit., V (1896), Die Ebstorfhkarte, avec une grande planche.
2. Planisphère circulaire de Marino Sanudo, dans Nordenskiôld, Facsimile Atlas (4889), p. 51, d'après Bongars, Gesta Dei per Francos.
3. Carte d'Asie Mineure,de Syrie et d'Egypte dans le ms.du Br. Mus. n° 27.376 ; publiée par R. Rôhricht dans ZDPV, XXI (1898), pl. 3.
k#. Petite mappemonde dans le ms. Br. Mus. 14. C. IX, Miller, loc. eit., II pl. 14; grande mappemonde dans ms. Br. Mus.1#. C. IX, Miller, loc. cit., II, pl. 15; carte de Paris (Bibl. nat.), Miller, Loc. cit., III, p. 96 ; scarte d'Oxford, Miller, loc. cit.. III, p. 98 ; etc. — Bibliographie, description et texte critique dans Miller, loc. eit., HT, pp. 94 suiv., 102,
ul
ment, appartient la carte de Richard Haldingham à Hereford ! (vers 1330 ?), où l'Arabie est toujours pointue entre les deux branches du grand Océan ?; toujours le même passage tracé au fond de la mer Rouge conduit à mons sinai où l'on voit moyses en prière, et en avançant vers le sud, madia, tabule testament. mons cassius et tout à l'extrémité Arabica deserta.
. Le moment est proche, cependant, où la cartographie prendra en Europe un essor remarquable, en même temps que des voyages en Orient se produiront en grand nombre, Auparavant, nous voyons encore paraître, du côté arabe, ja géographie d'Aboulfeda (vers 1320), où l'on trouve des détails connus sur Aïla (eomme dans Istachri), Kolzoum, le Tiah bne Israel, le Tour Sina (d'après Yâkout) et le port de Tôr, dont l'importance est accusée de la manière la plus intéressante. On remarque également la netteté, surprenante lorsqu'on songe à la grossièreté des cartes, avec laquelle sont décrits les deux golfes terminaux de la mer Rouge, Aïla et Kolzoum à leurs extrémités et la presqu'ile de Tôr dans l'intervalle 5. Beaucoup plus banales sont les notes d'TIbn Khaldoun dans la même région, où l’on trouve cependant des observations intéressantes sur l’isthme et son canal antique, ainsi que sur Aïla et la grande côte par où y accède la route d'Égypte ‘.
Ibn Khaldoun, qui vécut de 1332 à 1406, est cité ici par anticipation sur l’ordre chronologique, et pour en finir avec ce qui concerne la littérature arabe au xiv° siècle. De la même manière, et avant d'arriver aux relations occidentales de cette époque, passons en revue les documents cartographiques par où le xiv° siècle
1. Carte peinte sur un retable de la cathédrale d'Hereford.Reproduite par Miller, loc. cit., IV (1896), Die Herefordkarte (une grande planche), et, d’après Jomard, par Nordenskiëld, Periplus (1897), p. 15. Reproduction fragmentaire, en outre, pour la partie qui nous intéresse, dans Laborde, Commentaire géographique ete. (1840).
2. Dans la lecture de cette carte, ainsi que pour un certain nombre de celles dont il est parlé précédemment, il faut se garder de l'erreur où entraine, à première vue, la forme pointue de la grande Arabie, où l'on est tenté de reconnaître la péninsule sinaïtique.
3. M. Reinaud et St. Guyard, Géographie d’'Aboulféda, traduite de l’'Arabe en Français etc., Il, 1 (1848), 11 (1883). Voir IT, 1, pp. 28-30, 90-91, 116, 161, ar, pp. 1, 147.
4. De Slane, Prolégomènes historiques d’Ibn Khaldoun, dans Notices et extraits des mss.etc., XIX, 1" partie, 1862; traduction d’après le texte arabe publié par Quatremère dans Notices et extraits, XVI, XVII et XVII.
de CHAPITRE VI
se manifeste comme une période si remarquable de l'histoire de la science géographique.
Il s'agit des célèbres cartes catalanes dont on possède une importante série et dont le dessin intelhgent et précis, en ce qui concerne les côtes de l'Europe et tout le bassin de la Méditerranée, semble positivement sortir du néant. Dans le domaine qui nous intéresse, les formes de la grande Arabie sont un peu vagues, mais elle est placée correctement entre la mer Rouge et le golfe Persique, et voici enfin, progrès immense, que la mer Rouge à son extrémité nord se divise en ses deux golfes. La péninsule ainsi esquissée est encore de formes indécises, le plus souvent arrondies, mais l'intention du cartographe est des plus nettes, et le passage des Israelites est maintenant tracé à fravers le bras occidental, du rivage égyptien à celui de la péninsule nouvellement exprimée, Il conduit à un mont Sinai énorme, dessiné avec force détails et placé non dans la péninsule même, où la place manquerait, mais immédiatement au nord; deux grandes églises y sont représentées, une au cœur de la montagne, l’autre au sommet, et nous représentent le souvenir que les voyageurs emportaient de la montagne sacrée, avec Sainte-Catherine dans les gorges et les autres sanctuaires sur la plate-forme du G. Mousa. De copieuses légendes apprennent au lecteur les noms du Sinai, du grand couvent, lui expliquent où la Loi fut donnée à Moïse, où les fils d'Israel traversèrent la mer, et pourquoi cette mer est appelée mer Rouge; sur ses bords, Ælim tient à peu près la place d’Aila, Tôr n'est pas noté, non plus que le point d'atterrissage du fond du golfe de Suez. Tels sont les caractères communs aux divers documents dont suit la liste, avec détail des légendes qui nous intéressent dans la région sinaïtique :
Carte de Dulcert ! (1339) :
transit” filior-Israellem mont-sinay
deserlum sinay
sla katalina
Mappemonde des frères Pizigani * (1367):
transitus filior- Irsli
4. Gabriel Marcel, Choix de cartes el de mappemondes des XIVe et XVe siècles (0, Paris, 1896); Nordenskiëld, Periplus (1897), pl. IX:
2. Jomard, Les Monuments de la géographie, pl. dernière ; très analogue à la précédente.
mons sinay q dat... moyse mstrü….(difficile à lire) desertum sinay sta calarina Carte de Mecia de Viladestes ! :
paquest loch passaren lo fil.'.disrael con.".gere de gibte p ma de moyse.".profeta de deu agest mont esapelat sinay en lo dit mont dona nostra seuror de la lex santa al poble disrael p ma de moy." .e (sie) profeta. sla catrina Carte dite de Charles V, à Paris (1375) ?:
per aguest freu pasaren los fills disrael con ixiren de gipte mont de sinay en lo qual deu dona la ley a moysses Hic est corpus catarina virginis Carte de Soleri : :
mont de sinay enloquale.".lo chos de medona sta chaterina desert de madona sta chaterina Carte du musée Borgia ‘ :
trnsit filiora israel mos Sinay 1 q° data ë lex moyei Illustration marginale dans un ms. de La sfera de Leonardo Dati (1400) ? : analogies particulières avec la carte du musée Borgia, mais point de légendes, que sinay au nord de la mer Rouge ; celle-ci est bien bifurquée à l'extrémité, mais sans l'indication du passage des Hébreux : omission qui s’observe également dans la carte du musée Borgia et dans celle de Mecia de Viladestes.