Nordenskiüld, Periplus (1897), pl. XXXIX
5. Nordenskiôld, Periplus, pl. I, parmi de nombreux extraits des illustrations marginales des mss. de La Sfera, poème géographique de Leonardo Dati.
R. Waeizz. — La presqu'île du Sinai. 18
Revenons maintenant au début du xiv° siècle, pour passer en revue les pèlerins occidentaux qui profitent, sur la route du Sinai, de ce développement de la documentation géographique. Le premier, en 1324, est John de Maundeville !, qui au cours de ses longs vovages va d'Égypte à Sainte-Catherine du mont Sinaï. Il est le premier chez qui l'on constate cette hésitation, qui reparaîtra souvent, dans le choix à faire entre le G. Mousa et le G.. Katherîn pour la localisation de la montagne sacrée : Maundeville, dans l'incertitude, dit que «chacune des deux montagnes peut être appelée mont Sinai, et que toute la région environnante est le désert de Sin ». En 1330, on a levoyagede Henrill de Brunschwig en Palestine et au Sinai, où il reçoit des moines deux épines de la couronne d'épines et de l’huile du tombeau de Sainte-Catherine, qu'il donna plus tard au couvent de Walkenried ?. Au printemps de 1331 Antoine de Cremone va d'Égypte à Sainte-Catherine par Ain Mousa et la route ordinaire, décrit le couvent, la montagne, l'église du haut du G. Mousa, note la légende, bien connue par la suite, des moines expulsés du couvent par la vermine et miraculeusement réintégrés par la Vierge, et fait route de là vers Gaza et Jerusalem ?. Un voyage semblablement organisé, d'Égypte en Palestine ou de Palestine en Égypte par le Sinai, sera celui d'innombrables pèlerins et voyageurs de toute époque.
Vers le même temps, en 1328 et 1334, on rencontre plusieurs lettres du pape Jean XXII, par lesquelles le pontife d'Avignon notifie au roi de Chypre d'avoir à reconnaître aux-moines de Sainte-Catherine un droit anciennement concédé sur les douanes de Famagouste #, accorde aux pèlerins qui vont jusqu'à Sainte-
1. Longue bibliogr. dans Rôhricht, loc. eil., p. 79 suiv. ; v. la trad. allemande de Otto von Demeringen de Metz dans le Reyssbuch de Roth, p. #12, et un extrait élendu de sa relation, concernant Sainte-Catherine, dans Laborde, Comm. géogr., Appendice, p. 40.
2. Walkenrieder Urkundenbuch, p. 197-198, n° 92; Waschow, Otto von Tarent(Breslauer Inaug.-Diss.), 1874, p. 3-4.
3. Antonius de Cremona, ltinerarium ad Sepulchrum domini (1327, 1330), publ. par R. Rôhricht dans ZDPV, XIII (1890), p.153-174, d'après le ms. 220, f° 18-22, de la bibl. Bodléienne à Oxford ; v. p. 165-171 de Rôhricht.
raduection d'après le texte ainsi publié : Pülgerfahrt des Antonius von Cremona zum Grabe des Ilerrn (1327 und 1330), dans Das heilige Land, 1893, p. 99-115.
4. Lettre du 26 mai 1328 de Jean XXII à Hughes de Chypre; Arch. de
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Catherine une année d'indulgence!, et concède aux moines du Sinai le droit de sépulture dans l'église Saint-Simeon de Famagouste ?, En même temps que la confirmation de l’état d'union où sont encore, à cette époque, les Sinaïtes avec l’église occidentale, ces documents nous apportent la plus ancienne mention connue de leurs établissements dans l'île de Chypre.
En 1335 passe au Sinai le moine Augustin Jacques de Vérone, qu au contraire d'Antoine de Crémone fait route de Gaza, par Nakhl (Nocale), à Sainte-Catherine, et de là au Caire?. Il est suivi, en 1336, par Peter-Rudolf de Suchen (Ludolfus de Sudheim, reéteur de Suchen), dont l'itinéraire est celui d'Égypte- Sinai-Palestine, et qui donne une intéressante description de Sainte-Catherine, où il trouve 400 moines avec leur archevêquet. La même année 1336, Guillaume de Bouldeselle® va de la même manière au Sinai par l'Égypte ; il voit la montagne sacrée, sans hésitation, dans le G. Mousa. En 1346 a lieu le voyage de Rudolf de Frameynsberg, qui fait route de Gaza au
l'Orient Latin, I (1881), p. 274, d'après H. Suarez, Orbis Christianus, t. XXIJII (Bibl. Nat. lat. 8983).
{. Lettre du 30 mai 1328 ; mêmes références.
2. Lettre du 13 décembre 1334; Arch. de l'Or. latin, 1 (1881), p. 280 d’après Suarez, loc. cit.
3. R. Rôhricht, Le pèlerinage du moine augustin Jacques de Vérone (1335), dans Rev. de l'Orient Latin, HF-(1895), pp. 155-162 (notice), 163- 302 (texte). La partie de la relation qui nous intéresse en forme le $ VII, p. 225-238 de Rôhricht.
4. Bibl. dans Rôhricht, loc. cil., p. 76 suiv. ; son voyage, plusieurs fois publié, se trouve notamment dans le Reyssbuch de Roth, p. 813 suiv. Plusieurs trad. allemandes antérieures, telles que : Von dem gelobten Land und Weg gehen Jherusalem, 1477. On se bornera à consulter Deycks, De itinere terræ sanclæ liber, dans Bibliothek des literarischen Vereins (Stuttgart), XXV (1851), ou plutôt G. A. Neumann, Ludolphus de Sudheim, De ltinere terre sancle, publication précédée d’une /ntroducltion critique, dans Arch. de l'Or. latin, I (4884), Doc., pp. 305-328 et 329-377 ; v., dans cette dernière publication, p. 345-348.
5. Hodeoporicon ad Terram Sanclam, dans Basnage, Canisii Thesaur. Monumentorum, IV, p. 331. Parmi d'autres, noter la vieille traduction française de Jehan Le Long d'Ypres, moine de Saint-Bertin de Saint-Omer: Cy commence un traictie de leslat de la Terre Saincte..., faite en 1360 et imprimée en 1519. Consulter l'édition de M. Grotefeld, Jtinerarius etc., dans Zeitschrift des historischen Vereins für Niedersachsen, année 1852 (Hanovre, 1855), p. 236 suiv., et cf. Grotefeld, Wilhelm von Boldensele, dans Zeitschrift d. deutschen Morgenl. Ges., XVI, p. 710 suiv.
6. Ilinerarium in Palæstinam, ad montem Sinai el in Aegyplum, dans Basnage, Canisii Thesaur., IV, p. 358-360 (Canisius, Antiquæ lectiones, VI, p- 323-337).
Sinai, et de là au Caire, comme Jacques de Vérone. Pour Frameynsberg, le Sinai est le G. Katherin ; il note la présence au couvent de 400 moines, au lieu des 400 de Suchen.
Point d’autres relations, ensuite, pendant une quarantaine d'années ; mais en 1360, on entend parler du Sinai par une lettre d'Innocent VI (d'Avignon), qui confirme aux moines leur règle et la possession de tous leurs biens !. Après quoi l'on arrive, en 1384, au voyage de Frescobaldi et de ses compatriotes de Florence. Lionardo di Nicolo Frescobaldi s’embarqua à Venise, cette année, avec Giorgio di Messer Gucci di Dino, Andrea di Messer Francesco Rinuccini, Antonio di Piagolo, Santi del Ricco, Bartolomeo de Castel Focognano et enfin Simone Sigoli, Vénitien. On a du voyage trois relations, celles de Frescobaldi, de Gucei et de Sigoli ?, qui n'ajoutent pas grand’chose aux données des relations antérieures. Frescobaldi, comme le plus grand nombre, met le Sinaï au G. Mousa, et indique le chiffre total de 200 moines, 150 au grand couvent, le reste disséminé dans les couvents secondaires des environs. En 1389 a lieu le voyage de Jean de Hese’, puis, à la fin de l’année 1392, celui de Thomas de Swynburne et Thomas Brygg, qui, accompagnés de plusieurs autres personnes, font la route connue d'Égypte au Sinai et du Sinai à Jerusalem par Gaza #. Trois ans après, en 1895, Simon de Sarebruche fat son voyage dans l’autre sens par Jerusalem, Gaza, Nakhl et Sainte-Catherine ?, itinéraire que nous retrouverons sous les pas
4. Lettre du 16 décembre 1360; Arch. de l'Or. Latin, I (1881), p. 283, d’après Suarez, Orbis Christianus (Bibl. Nat. lat. 8983),t. XXIII.
2. Toutes trois recueillies dans les publications de l’Academie della Crusca, où l'on cherchera, notamment, Viaggio al Monte Sinai di Simone Sigoli, Florence, 1829. Voir, par ailleurs, Frescobaldi, Viaggio in Egitto e in Terra Santa, ed. Manzi, Rome, 1818 ; Gucci, Viaggio al Luoghi Santi dans Gargiolli, Viaggi in Terra Santa, Florence, 1862, p. 271-438. Pour bibl. plus complète, v. Rühricht, loc. cit., p. 91 suiv.
3. Les premières éditions, s. d., sont suivies de : {{inerarius Ioannis de Hese presbileri a Hierusalem ete., Anvers, 1499, 1504, 1505, ete. ; Peregrinatio Ioannis Hesei ab urbe Hierusalem ete., Anvers, 1565. Cf. Oppert, Der Priester lohannes, Berlin, 1864.
4. C'est Thomas Brygg, écuyer ou chapelain de Thomas de Swynburne, qui rédigea l’I{inerarium in terram sanclam Domini Thomæ de Swynburne, caslellani Ghisnensis el poslea Burdigalensis majoris, qu'on trouve aux deux derniers feuillets du ms. n° 449 de Cambridge ; publié, avec une note introductive, par Riant, Voyage en Terre Sainte d’un maire de Bordeaux au XIV® siècle, dans Arch, de l’Or. Latin, I (1884), Doc., p. 378-388.
5. F. Bonnardot et Aug. Longnon, Le saint voyage de Jherusalem du
de Tucher, puis de Breydenbach et de ses compagnons. Le seigneur d’Anglure croisa peut-être, sur sa route, le notaire italien Nicolas de Martoni, qui la même année fit le voyage! par le chemin ordinaire de Suez à Sainte-Catherine, avec retour par Gaza, Jerusalem, Jaffa et Beyrouth. Martoni a trouvé 240 moines au couvent ; sa description de Sainte-Catherine, avec ses murs et sa porte fortifiée, ses jardins et la montagne qui domine, est exceptionnellement vivante. Johannes Schiltberger, qui voyage vers la même époque, paraît n'être pas allé au Sinai, mais il est curieusement renseigné sur les particularités de la montagne environnante et certaines légendes singulières du couvent de Sainte-Catherine ?,
Les relations de voyage deviennent ensuite très rares, et le restent jusque passé le milieu du xv° siècle, mais on retrouve, à ce moment, plusieurs ouvrages importants de géographie arabe, dont le premier, rédigé vers 1400, est le traité de la géographie et du gouvernement de l'Égypte de Kalkaschandi*, où la mer Rouge et ses ports sont décrits, avec les localités de Kolzoum, Aüïla (d'après la tradition d’Istachri), Et Tour (détails historiques sur le port de la péninsule sinaïtique) et Faran (toujours au sens vague du terme ; le Faran de l'oasis intérieure ne paraîtra qu’avec Macrizi). Yâkout, chemin faisant, est abondamment cité. Vient ensuite, vers 1420, l'ouvrage d'Tbn el Ouardi', qui d'une manière générale et particulièrement dans la région qui nous
seigneur d'Anglure, 1878. Vieilles publications telles que : Noel Moreau, Journal contenant levoyage fait en Hierusalem el autres lieux de devotion… en 1395 etc., in-12, 1621.
1. Leon Legrand, Relation de Pelerinage à Jerusalem de Nicolas de Martoni, notaire italien, texte latin et commentaire, dans Rev. de l'Orient Latin, II (1895), p. 566-699. V. particulièrement $ IT, Sinai Desertus, p. 605-
2. C.F. Neumann, Reisen des Johannes Schilthberger aus München in Europa, Asien und Afrika von 1394-1427. Münich, 1859. V, particulièrement p. 112 suiv.
3. F. Wüstenfeld, Calcaschandis Geographie und Verwallung von Aegypten, dans Abh. d. Kôn. Ges. d. Wiss. zu Gôttingen, XXV (1879), p. 3-225 ; v. pp. 37, 100, 169-170.
4, Ibn el Ouardi n'a donné lieu encore à aucune tentative de traduction générale. Pour la région de la mer Rouge on possède, cependant, les vieilles notices de de Guignes, Perle des Merveilles etc., dans Notices et Extraits, IL (1789), p. 19-59. (v. pp. 31, 32, 39, 42, 59), et d’Andreas Hylander, Operis Cosmographici Ibn el Vardi Caput primum de regionibus et oris, Leyde, 1823 (v. p. 77-79).
intéresse, se manifeste comme emprunté à Edrisi, et aussi à Istachriet aux autresécrivains du x° siècle ; ilne nous apporte rien de nouveau. Notons enfin, un peu plus tard, l'État de l'empire des Mamlouks de Khalil Dhaheri, où se rencontrent des indications utiles, mais déjà bien connues, sur la mer Rouge f.
Du côté des Occidentaux on possède, à la date de 1403, le traité de paix cité plus haut (chap. v, paragraphe V) qui intervint entre l'ordre de Saint-Jean de Jerusalem et le souverain de l'Égypte ?, On a, ensuite, la relation française d’un voyageur inconnu qui, entre 1419 et 1425, va de Gaza au Sinai par Nakhl (montaigne de Nequel) et le nagb Er Rakineh (montaigne de Reaquene), décrit de manière très intéressante les préparatifs du voyage, le grand couvent, l’église qu'il appelle Sainte-Marie de Rubo *, El Arbain, et, faisant route vers le Caire, note les eaux du O. Nasb, « fontaine de Vaspa, hors du chemin entour une grosse mille », et la fontaine de Gorondol sur la route d’Ain Mousa et de Souieys. Voici reparaître, du côté des Occidentaux, le nom de Gharandel bien connu de la géographie arabe, Arandara de la pseudo-Silvie, Surandala d'Antonin, Arandoulan du moine Anastase, que Breydenbach écrira Orondem, puis Shaw et Pococke Corondel, et Niebuhr Girondel.
Plus tard, c'est une question de savoir si Bertrandon de la Broquière, en 1432-1433, a été lui-même au Sinai, ou s'il a seulement recueilli sur le pays des renseignements *. On est
4. Khalil Dhaheri, publié intégralement par Ravaisse en 1894, est seulement traduit par fragments. Richard Hartmann, Die geographischen Nachrichten über Palästlina und Syrien in Halil az-Zaähiris zubdat Kasf al-ma-
malik, introduction et traduction (/naug.-diss., Tübingen, 1907), ne s'étend pas jusqu'à la mer Rouge, et les seuls renseignements qui nous intéressent dans l'ouvrage se trouv ent dans une note de Venture publiée par Volney, Voyage en Sur te eten Egypte, 1, p. 247-287 (éd. de 1796 ; v. p. 250-251).
2. Texte dans S. Paoli, Codice diplomatico del sacro militare Ordine Gerosolimilano ete., Lucques, 1737, t. II, p. 108, n° LXXXVI.
3. H. Moranvillé, Un pèlerinage en terre sainte et au Sinaï au X V* siècle, dans Bibl. de l'École des Chartes, LXVI 1 (1905), pp. 70-76 (notice), 76-106 (texte); v. p. 84-96. Publication faite d'après un ms. FE la Bibl. Nat., Voyaiges de Jherusalem et de Sainte Katherine, dont une annotation a trompé les précédents auteurs de notices en leur donnant à croire que l’auteur de la relation était Claude de Mirabel; en réalité, Claude de Mirabel dit simplement s'être servi du livre pour faire le voyage de Jerusalem en 1552.