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les pics jumeaux s'élèvent à 1.100 m. environ, sur le flanc ouest du O. Bateh amont, et le Ras Suwig, « tête du Suwig », dit aussi Gharabi, un nom très commun dans la région pour désigner une montagne, dont le massif de 1.200 m. d'altitude s’allonge entre le O. Sarbout et le col entre Suwig et Khamileh. Ces montagnes servent de repères, de très loin, au voyageur qui chemine le long du Debbet er Ramleh, et leurs sommets commandent la surface supérieure du plateau de Tih. Ces sommets sont formés de lambeaux du grand épanchement basaltique qui couvrait les grès supérieurs, à une cote voisine de 1.000 m., et si l’on se rappelle qu'en haut de la grande crête de Magharah, les lambeaux de basalte sont à 500 m., on constate que l'indication de dénivellation qui en résulte est-concordante avec celle fournie par les couches carbonifères. Cela ne prouve d’ailleurs qu’une chose, à savoir que l'épaisseur du grès crétacé inférieur est la même dans une localité et dans l’autre.
Une cheminée d'accès de l’épanchement basaltique se constate à la crête du col Suwig-Khamileh {cote 740), où elle forme un dyke de 15 m. d'épaisseur, tout à fait comparable au dyke contemporain que nous avons rencontré au sud-est du O. Geneh. D'autres couloirs de basalte relatifs au même épanchement existent encore au fond de la dépression de Ramleh, dans le O. Jarf, orientés parallèlement aux falaises !, et l’on n’a pas oublié le dyke massif qui forme la pointe du G. Gorab, à l'embouchure du O. Taiebah, en pleine région calcaire. Il est manifeste que le basalte a trouvé son chemin au dehors par des fissures réparties sur un très large espace, au cours des ruptures préparatoires qui précédèrent les déplacements verticaux.
Remarquons, maintenant, que ces déplacements laissèrent au même niveau géologique le Debbet er Ramleh et le plateau plus large sur lequel il s'ouvre au nord-ouest et dans lequel se creusent le O. Baba et le O. Hamr : même cote topographique moyenne, même nature de terrain et, à ce qu'il semble, pas de rejet vertical dans toute l'étendue de cette zone, où l’ablation a suivi une marche uniforme. Il est donc nécessaire que le grand horst s'arrête de ce côté, qu'il ait une pointe, que la faille qui le limite se replie vers le sud. Or, ce retour du bord du horst est cons-
{. Bauerman, loc, cil., p.31.
titué par deux failles superposées dont nous avons parlé déjà, celles du O. Lahyan et du O. Nasb, et dont la disposition d’ensemble est exprimée par notre coupe 0pq. Nous avons dit comment le schiste, descendu sous le grès au O. Lahyan, reparaît presqu'aussitôt dans le O. Suwig, grâce à la pente du thalweg, pour être englouti à nouveau au O. Nasb. L'amplitude du décrochement est d'environ 150 m. pour la faille de Nasb!, et de 150 à 200 pour celle du O. Lahyan; le total équivaut aux 350 ou 400 m. de la grande faille du Sarbout.
Le gradin intermédiaire, entre Nasb et Lahyan, est un plateau d'un kilomètre de largeur dont l’aire supérieure, plane, est formée de la croûte dure du calcaire carbonifère, épais ici de 3 à 5 m.et imprégné de minerais métalliques qui lui donnent une couleur gris foncé ; immédiatementau-dessous se trouve une couche d'hématite noire. Nous avons déjà décrit ces couches au paragraphe IT ci-avant ?, et rappelé que des échantillons avec fossiles de ce calcaire de Nash permirent de déterminer l’âge de ce niveau des couches sinaïtiques?. A la crête de l’escarpement de Nasb la dalle calcaire fait terrasse, découpée de manière intéressante au débouché des ravins latéraux. Sur l’autre flanc de la vallée, on constate l’affleurement du même calcaire, descendu de 150 m., après quoi il disparait sous la faible épaisseur conservée du grès supérieur du plateau Ramleh-Baba-Hamr, et ne se retrouve plus, en affleurements, que dans le O. Baba et dans la région disloquée de la lèvre occidentale de la faille du Sarbout ed Djemel.
Les failles parallèles de Lahyan et de Nasb se perdent, au sud, dans une montagne complètement inexplorée, et l’on ne sait comment achève de se dessiner, de ce côté, le contour du grand horst. Les failles jumelles se réduisent-elles peu à peu à zéro, vers le sud, ou viennent-elles couper obliquement la grande berge granitique du Tartir et de Mokatteb, aux environs du confluent Mokatteb-Sidreh? On ne peut faire à ce sujet que des hypothèses. La seule chose certaine est que la double faille
1. 600 pieds d'après Bauerman (loc. cit., p. 30), 400 d'après Hull (Loc. cit., p. #6) ; l'appréciation de Barron (loc. cif., p. #3), qui indique de 60 à 90 m., est beaucoup trop faible.
2, CE.Bauerman, loc. cil., p. 27-28; Holland dans Account, p.22! ; Hull, loc. eil., p. 45-47.
3. Tate, On the Age of the Nubian sandstone, dans Quart. Journ. of the Geol, Soc., XXVIT (1871), p. 404-406.
Nasb- Lies et la grande faille du Tartir, en relation directe ou indirecte, font partie du système du bord sud-ouest du grand horst, bord constitué par la lèvre supérieure d'une seule faille ou par un système de failles étagées dont les supérieures seraient encore en partie inconnues. [Il ne reste plus maintenant, pour compléter le {tableau des phénomènes morphogéniques accomplis dans la région, qu'à expliquer celui qui a produit le creusement du grand ee de Ramleh, entre sa berge sud-ouest qui est un escarpement géologique et sa berge nord-est où s’exercent seulement des actions de dénudation.
Immédiätement après la surrection du grand horst, son bord nord-est, à hauteur du Sarbout el Khadim, dressait à 1.400 m. d'altitude la crête d'une falaise composée de 200 m. de calcaires sur 200 m: de grès, au pied de laquelle s’étendait, à l'altitude de 1.000 m., l'aire calcaire de la lèvre non déplacée. La dénudation !, s'attaquant à l'arête vive de la lèvre haute, eut relativement tôt fait d'enlever les couches calcaires et d'échancrer profondément les assises grèseuses supérieures. Pendant ce temps, le long du plan de rupture, un sillon se formait qui devait devenir le O. Suwig, et une fois cette ligne de creusement arrêtée, les forces de démolition s’appliquaient également aux matériaux de sa rive nord-est, taillée exclusivement, à l’origine, dans les couches calcaires. Dans ce terrain relativement tendre, le O. Suwig s’approfondit vite, découvrant davantage au fur et à mesure les grès, puis les schistes de sa rive méridionale, cependant que les calcaires du flanc opposé, enlevés jusqu’à la base, laissaient à nu leur infracture grèseuse et reculaient à distance. Entre le O. Suwig et l'escarpement calcaire s’élargissait ainsi une zone basse, relativement plane à cause de la dureté plus grande du grès, et la falaise calcaire en recul à l'arrière-plan était maintenue à pente très forte par le mécanisme même de cette régression par ablation; la zone basse devint le Debbet er Ramleh, et la falaise calcaire est celle de Tih, dont la régression continue sous nos yeux et qui a reculé, suivant les endroits, de 8 à 10
. C'est à dessein que nous évitons de spécifier, pour le moment, la part & Fovient, dans ce travail de démolition, à l'érosion proprement dite d'une part, et d'autre part à l’ablation sèche que prépare la désagrégation superficielle et qu’accomplit la déflation. Ces phénomènes seront décrits en général et étudiés dans le cas particulier du Sarbout el Khadim, au cours du chap. suivant.
kilom. depuis le commencement du phénomène. Comme, d'autre part, l’ablation s'exerce également, quoiqu'avec plus de lenteur, sur les grès du fond du Debbet, la cote moyenne de cette zone s'abaisse, — ses matériaux les plus lourds emportés, vers le nord-ouest, par le O. Jarf, le O. Merag, le O. Suwig, — et l'on s'explique qu'il y ait près d'une centaine de mètres de grès à la base de l’escarpement de Tih, dont la hauteur s'accroît! en même temps que son éloignement de la falaise du Sarbout.
Dans la région de la lèvre surélevée, où en est actuellement arrivée la dénudation ? Le grès crétacé ne subsiste qu’à l'arrièreplan, sous forme de vastes témoins dressés sur un plateau que la croûte calcaire carbonifère protégea longtemps, mais dont d'innombrables ravins éventrent aujourd'hui la masse. Les flancs abrupts de ces gorges témoignent d’un état d'avancement du travail relativement peu considérable ; le plateau de grès dévonien subsiste par surfaces capricieusement découpées entre les ravins, couronnées aux points culminants par les lambeaux de la chape calcaire. Les vallons les plus importants découvrent à la base de leurs flancs, jusqu'à grande distance en amont, l'infrastructure schisteuse, dont la dureté plus grande a donné lieu dans chaque ravin, plus ou moins loin de l'embouchure mais toujours à la même cote, à la formation d’un escarpement vertical d'une trentaine de mètres de hauteur qui barre entièrement la vallée entre des murailles verticales. Ces précipices ferment, sur le versant nord, toutes les portes que semble ouvrir la « forteresse », et ne peuvent être tournés qu'en deux ou trois endroits et au prix de difficultés sérieuses; nous décrirons, au chapitre 1v ci-après, ces dangereux sentiers, seuls pratiqués jusqu'en 1904 par tous ceux de nos prédécesseurs qui eurent à gagner le sommet de la montagne.