Ed, Rüppell, Reisen in Nubien etc., 1829, p
Si le granite, sur le versant oriental, persiste à plus grande distance du massif central que sur le versant occidental, cela résulte sans doute d'une circonstance générale de la disposition géologique des deux versants, On observe, en effet, que $i à l'ouest du golfe de Suez, du côté africain, la montagne est presqu'entièrement calcaire sur un soubassement grèseux découvert par endroits, à l’est du golfe d’Akaba, au contraire, la côte de la grande Arabie est une énorme falaise granitique dont le pointement sinaïtique semble seulement être un prolongement surélevé. Cela résulte des renseignements qu'on possède sur la géologie du O.Arabah dans les cartes de Lartet et de Hull !. Ces documents montrent que dans la région où se termine, au sud, la longue zone d’effondrement rectiligne constituée par le bassin du Jourdain et de la mer Morte, le O. Arabah et le golfe d’Akaba, cette zone très étroite n’est pas un effondrement de disposition symétrique et doit être plutôt considérée comme le siège d’un vaste décrochement, avec abaissement du terrain à l'ouest, comprenant une faille principale et des failles secondaires; la faille principale, presqu'en ligne droite depuis le fond du golfe jusqu’à proximité de la mer Morte, suit le pied du flanc est de la vallée ; quant aux failles secondaires, il faut distinguer celles de la lèvre surélevée (orientale), qui viennent s’amortir à la principale, très en biseau et la pointe du biseau au nord, — avec relèvement du terrain toujours à l’est, de telle manière que l'amplitude du décrochement principal va en augmentant par degrés du sud au nord, — et celles de la lèvre abaïssée, parallèles à la principale sur le flanc occidental de la vallée. Ces dernières failles secondaires s'observent bien dans le voisinage du fond du golfe ; il est intéressant de remarquer que les premières rencontrées agissent sur le terrain dans le même sens que la faille principale, continuant l'escalier géologique et donnant naissance à la plus septentrionale des langues granitiques signalées un peu plus haut; après quoi, plus à l’ouest, se manifestent dans les failles suivantes du réseau les rejets plusieurs fois changés de sens dus à la surrection des horsts entraînés parle massif méridional de la péninsule.
1. Lartet, Exploration géologique de la mer Morte, de la Palestine el de l’Idumée (1885), pl. I. Hull, loc. cit., p. 104-109, et fin du volume, carte géol. à grande échelle de la région du O. Arabah, et coupes géologiques 1,2, 3,4, 5. Cf. Güssfeld, dans Petermann's Mittheilungen, t. 25, p. 256, pour la description du mur granitique du G. Gharib.
Il résulte de cela que la région de la grande Arabie étant beaucoup plus élevée, géologiquement, que la région africaine à l’ouest de la mer Rouge, les phénomènes de surrection et d'effondrement ne peuvent avoir eu la simplicité que l’on suppose lorsqu'on parle d’un effondrement de la mer Rouge, du golfe de Suez et de l'isthme, surlequel se serait enbranché à angle aigu l'effondrement d'Akaba, de l'Arabah et de la ligne du Jourdain. Quoi de plus incompréhensible au point de vue mécanique, d’ailleurs, que cette notion de la bifurcation d’une zone d’effondrement ? En fait, il semble qu'on doive reconnaitre, entre l'Asie et l'Afrique, une grande ligne droite de rupture marquée par la mer Rouge, d’un bout à l’autre, jusqu'au bord méditerranéen de l'isthme de Suez, et abaissant le terrain, à l’ouest, d’une quantité difficile à évaluer mais certainement considérable, au moins dans la partie nord. [n’y avait pas d’ailleurs une faille unique, mais un faisceau de failles parallèles nombreuses, qui permirent à la bande centrale de la zone de descendre plus bas que la lèvre extrême de l’ouest, créant ainsi une zone d’effondrement proprement dite entre des berges discordantes. C’est immédiatement après, — peut-ètre simultanément, certainement point auparavant, — qu'intervint la seconde rupture, Akaba-Arabah-Jourdain ete., dont l’action n'intéresse que les régions à l’est de la première. Son mécanisme consiste essentiellement en un abaissement du terrain à l'ouest, c'est-à-dire dans l'angle aigu entre les deux lignes, abaissement très notable mais point suffisant pour rejoindre le niveau géologique de la rive africaine, de sorte que la région dans l'angle aigu devient un gradin intermédiaire entre la zone haute de l'Arabie et la zone basse de l'Afrique. Il est représenté, géographiquement, par le plateau calcaire qui descend en pente douce, au nord, jusqu'à la Méditerranée, et finit au sud à la brisure du G. Et Tih. Quant à la rupture Akaba- Arabah etc.,de même que celle deSuez-mer Rouge elle n’est point constituée par une faille unique, mais par un faisceau de failles dans la partie centrale duquel unezone d'’effondrement maximum prend naissance, Cela seul étant, on voit que le contour de la péninsule sinaïtique est fixé ; il intervint cependant, pour achever de déterminer son dessin géologique, un troisième phénomène sans nul doute contemporain de la rupture n° 2, à savoir la surrection à l'extrémité de l'angle aigu d'un pointement de niveau
géologique supérieur à celui même de la rive orientale de la mer Rouge !. C’est un flot bordé de tous côtés par des failles, peu élevé par rapport à la rive orientale du golfe d'Akabah, déjà plus haut par rapport au gradin intermédiaire du plateau de Th, très haut par rapport à la rive africaine. Finalement, on constate aux abords de la région sinaïtique l'existence de quatre secteurs à des altitudes géologiques différentes ; par ordre d’altitudes décroissantes, ce sont: