‹ La Presqu'île du SinaiChapitre 6 sur 151 · V. la phot. de Petrie, Researches,9, p. 14 (O0. Oushèêt · texte numérisé non relu

V. la phot. de Petrie, Researches,9, p. 14 (O0. Oushèêt

LA

le voisinage des calcaires blancs et gris. A la zone des grès, dans laquelle nous entrons ici, sont consacrés les tracés topographiques et géologiques de notre carte 2 au 1/300.000. Au point oùnous rencontrons le grès, son apparition est produite à la fois par les deux phénomènes dont l’action a été exposée en général au précédent paragraphe : ablation des couches supérieures, gagnant progressivement dans la direction du nord-ouest !, et faille, avec abaissement à l'ouest, dépendant du système de l’effondrement du golfe de Suez. Voyons de près ‘ici comment les choses se passent. ;

Le O. Hamr longe la base méridionale d’une imposante montagne, le Sarbout ed Djemel, qui élève à 660 m. d'altitude une longue crête calcaire. Cette hauteur est née de la formation, probablement contemporaine des ruptures, d'un plissement anticlinal avec horizontales orientales orientées nord-sud et dont le flanc occidental, conservé, constitue la masse de la montagne, tandis que sur le sommet de la calotte les assises supérieures désorganisées ontété enlevées par dénudation et qu'il s’est formé là une dépression où circulent leO. Hamr et plusieurs de ses branches secondaires. La coupe mn, prise est-ouest par le sommet de la montagne, montre cette situation ; sur le flanc oriental du Sarbout, en descendant, on rencontre successivement les calcaires et les différents étages de grès secondaire et primaire, et tout au fond, formant le sommet des assises conservées du dôme, un affleurement de schiste. Au delà, sur la redescente orientale de l’anticlinal, le terrain se relève et les grès réapparaissent dans le même ordre. Puis on rencontre la grande faille déjà signalée par Bauerman ?. Orientée N.-N.-0., elle a sachute à l’ouest, et la lèvre supérieure, relevée de plus de 200 m., montre rétablie l’horizontalité des assises : la région occiden-

4. Nous avons expliqué le rapport qu'il y a entre ce phénomène de dénudation, d'autant plus avancé qu'on s'approche davantage des sommets granitiques du Sinaï méridional, et l’inclinaison générale imposée à toutes les couches par la surrection de ce pointement. On voit en particulier que dans le O. Hamr, le plongement vers le nord-ouest est d'angle supérieur à la pente de la vallée, puisque c’est en descendant qu'on voit le grès disparaître sous les calcaires.

2, H. Bauerman, Note on a Geological Reconnaissance made in Arabia Petræa in the Spring of 1868, dans Quart. Journal of the Geolog. Soc. of London, XXV (1869), p. 17-38 (v. p. 25).

tale abaissée, seule, porte les traces de la compression horizontale qui accompagna la rupture.

Cette faille, d’après Bauermann, fait partie d'un système parallèle de fractures nombreuses ; c’est en effet probable, bien que le relevé de détail de ce système soit encore à faire. Elle se prolonge, dit-il, au nord et au sud sur une distance considérable. En fait, du côté du nord, elle semble se perdre dans la masse du G. Woutah et peut fort bien, d'après sa direction, suivre de près jusqu'à: une grande distance la crête de la falaise de Tih ; mais on n'en sait rien positivement. Dans la direction du sud, la faille n'a jamais non plus été suivie, mas il y à des chances sérieuses pour qu'elle se raccorde avec la grande faille qui limite, au nord-est, le district de Magharah et dont la lèvre surélevée constitue le bord occidental du grand horst du versant ; nous la décrirons plus loin en détail.

A hauteur du Sarbout et Djemel, la lèvre orientale de la faille est d'aspect topographique et géologique très simple. Les ramifications hautes du O. Hamr ont vite fait de s'élever jusqu'au niveau d’un plateau qui ondule à 525 ou 550 m. d'altitudeet dont le sol est formé d’un grès dur et jaunâtre déja rencontré dans la dépression du O. Hamr, à l'ouest de la faille, où l’on constate qu'il forme le terme supérieur de la série des grès. Comme cette série se rencontrera pareille dans toute l'étendue de la zone grèseuse, il ne sera pas inutile de la décrire dès à présent et de résumer la question longtemps controversée de l'âge des dépôts.

La masse grèseuse comprend deux étages d'aspect différent. L'étage inférieur, d'une puissance moyenne de 200 mètres, est constitué par un grès tabulaire rouge foncé, assez tendre, de toucherun peu savonneux, facilement délité par les agents atmosphériques, auquel on a donné les noms de grès sinaïtique et grès du désert. Ceux de l'étage supérieur, de formation tabulaire et de puissance à peu près égale, sont plus compacts et plus durs, moins délités et d'une teinte plus claire, souvent jaunâtre, parfois décolorée Jusqu'au gris terne : ils sont identiques au grès de Nubie de l’autre côté de la mer Rouge. En ce qui concerne l’âge de ces couches, 1l est certain, pour les raisons qu'on va voir, que le grès rouge inférieur est antérieur au carbonifère ; ilest probable-

ment à attribuer au dévonien, tandis que le grès jaunâtre supé-

rieur, plus récent que le carbonifère, appartient aux étages du crétacé inférieur.

Ce qui permet de placer l'époque earbonifère entre les deux grès, c'est l’intercalation entre eux d'une mince pellicule, d'une sorte de feuille rocheuse de nature différente et dont un petit nombre de fossiles, en certains endroits, ont permis par chance de rendre l'attribution au carbonifère certaine. La description de ce dépôt intermédiaire, en tous les points où il affleure à la surface du sol de la péninsule, est loin d’être faite complètement, mais nous en savons assez par les observations de détail pour nous rendre compte que sur le plan de joint des deux grès voisinent, là où la série est complète, une couche mince (3 à 5 m.) d’un calcaire compact, grisätre, très dur, et des couches minces de grès de même nature que ceux de l'étage supérieur et présentant cette particularité qu'ils sont imprégnés, à dose variable, de minerais de fer, de cuivre et de manganèse, et renferment des turquoises en dépôts de joint lamellaires ou en nodules. Ces diverses couches, d’ailleurs, ne se rencontrent pas toujours toutes ensemble. A Magharah, comme on verra au paragraphe suivant, le calcaire manque et la couche simple ne comprend que des grès jaunâtres à turquoises, légèrement imprégnés de minerais ferreux. Sur le plateau du Sarbout el Khadim où la couche mince, très dure, a longtemps résisté à la dénudation après ablation du grès supérieur et servi de chape protectrice aux grès rouges inférieurs qui forment le corps du plateau , cette sorte de croûte, aujourd'hui déchirée et dont subsistent seulement des lambeaux sur les points les plusélevés, est formée de calcaire grisätre et aecompagnée, sur le même horizon, d'une couche noire d'hématite réduite, elle aussi, à quelques témoins isolés ; au-dessous, on rencontre des lits à minerai de cuivre, et à quelques mètres plus bas que le calcaire une autre couche de grès à minerai de fer renfermant des turquoises ‘. Le même effet d’enchapement protecteur s’est produit, un peu à l’ouest du Sarbout, sur le petit plateau limité par les O. Nasb et Lahyan, où la croûte, bien conservée, est constituée par 3 à 5 m. de calcaire dur grisâtre, imprégné de minerais de fer et de manganèse et recouvrant une

1. Coupes opgq et zu; cf. Bauerman, loc. cil., p. 31 et Petrie, Researc hes, p. 35-36.

couche d’hématite noire !. Un peu plus à l'ouest, ce calcaire affleure sur les flancs concordants du O. Baba, sur une quinzaine de kilomètres à son extrémité amont, et dans le O. Khalig ?. A l'ouest de la faille du Sarbout ed Djemel, sur le flanc oriental de la montagne, onretrouve l’affleurement du même lit calcaire de faible épaisseur à son rang stratigraphique*. Un peu à l’ouest de Maghara, dans le voisinage du col entre ouadys Bouderah et Shellal (cote 385 m.), on remarque sur le versant de Bouderah de petits plateaux dont le sol est formé par les assises grèseuses imprégnées de minerais de fer et de manganèse #, et sur le versant opposé, dans les ramifications supérieures du O. Shellal, on a signalé l’affleurement de l’assise calcaire insérée dans les grès et qui renferme, en cet endroit, de nombreux fossiles. Notons enfin que du côté oriental de la péninsule, au même rang stratigréseuses, l’assise calcaire a été observée dans le O. El Hessi, sur le flanc oriental de la grande vallée d'Arabah {lèvre surélevée de la grande ligne d’effondre-

graphique dans les couches

ment Syrie-mer Rouge), de même que dans l’autre O. Arabah du désert africain à l’ouest du golfe de Suez, où elle forme des couches de grande puissance 5.

Ce furent des échantillons du calcaire du O. Nasb qui permirent à Tate, grâce à la présence de quelques fossiles suffisamment nets, de ue en 1871 la constatation décisive de l’âge de ce HIDE

1. Coupe opq: Ur loc. cit., p. 27-28; F. W. Holland, dans Account of the Survey (1869), p. 221; Hull, Memoir on the Geology and Geography of Arabia Petræa, etc. A p. 45-47; J. Walther, Ueber Ergebnisse, etc., dans Verh. d. Ges. für Erdkunde zu Berlin, 1888, n° 6, p. 10 du tirage; Die Korallenriffe der Sinaïhatlbinsel, dans Abh. d. Kon. Sachs. Ges. d. Wiss., XXIV (1888), p. 10 du tirage, et Die Denudalion in der Wüste, dans lesdites Abh., XXVII (1891), p. 54 du tirage.

2. T. Barron, The lopography and geology of the Peninsula of Sinaï (W. portion), 1907, p. 165-169.

Page 1