Rec. d'arch. orientale, VI (1905), p
intelligente description des établissements de la montagne, La première relation de voyage dans laquelle on le voit apparaître est celle d’Antonin Martyr !, qui vers l'an 600 se rendit de Palestine, par les routes du O. Arabah, au Sinai voisin du couvent nouvellement bâti dans le district du sud, qu'il décrit de manière détaillée. Il s'en retourna vers l'Occident par la grande route ordinaire, le long de laquelle 1l note le lieu de la bataille des Amalécites, avec, dans le voisinage, une église, une ville ceinte de murs et habitée par une population parlant la langue d'Égypte : cest indubitablement Pharan, dont Antonin passe le nom sous silence. Au delà de cette localité, qu'il admet, comme on voit, être Raphidim, bien qu'il ne le dise pas davantage, Antonin parvient, sur la route de Kolzoum, au lieu des 70 palmiers et des 12 sources, qu'il décrit de la sorte mais dont il s’abstient, comme pour Raphidim, de prononcer le nom biblique ; il trouva là, évidemment à Gharandel, une petite forteresse qui protégeait une église et une auberge: Surandala ?; on se rappelle que la pseudo-Silvie avait entendu le même nom Arandara, et le moine Anastase, un peu plus tard (début du vn° siecle, v. paragraphe V ci-après) écrira Arandoulan.
La construction de Sainte-Catherine marque un terme important du mouvement de concentration de la population monacale qui ne devait être achevé, dans la péninsule, qu'au début des temps modernes, mais avait commencé par la transformation en régime conventuel, dans chaque localité, du régime érémitique de la première époque. On éprouva le besoin, à un moment donné, de rassembler un plus grand nombre de religieux, en un même point, à l’abri de murailles plus fortes, et l’on créa pour cela, au centre du groupement du G. Mousa, le grand couvent forteresse qui devait prospérer sous le nom de Sainte-Catherine, D'après les relations concordantes de Procope *, contemporain
1. I. Gildemeister, Antonini Placentini Itinerarium in unenstellten Text etc., Berlin, 4899; Ponialowsky, Antonini Placentini Itinerarium saeculo seæto etc., Pétersbourg, 1895 ; P. Geyer, Antonini Placentini Ilinerarium et Recensio altera, dans Corpus script. ecclesiasticorum de Vienne, vol. XXX VIT, pp- 157-191 et 193-218.
2. Ant, Plac. Itin., paragr. XLI ; P. Geyer, loc. cit., p. 187. — Gurandala dans Petrie, Researches (1906), p. 13, est sans doute une erreur pour Surandala d'Antonin.
3. Procop. de Aedific., V, 8; éd. Dindorf, 1838, vol. II, p. 327.
de Justinien, et d'Eutychius, patriarche d'Alexandrie au 1x° siècle !, il fut bâti par les ordres de Justinien ?, pour donner un abri aux moines insuffisamment gardés contre les attaques des tribus environnantes. Une église et une forteresse au pied de la montagne de Moïse, dit Procope; un couvent fortifié, précise Eutychius, montrant que les deux édifices que semble distinguer Procope ne font qu'un. Eutychius raconte qu'à l'emplacement du couvent se trouvait, auparavant, une tour fortifiée servant de protection à une chapelle de Sainte-Marie (l'église voisine dont les ruines sont connues dans El Melga ?), qu'avait fondée jadis l'impératrice Hélène, et dans le voisinage de laquelle étaient le Buisson ardent et de nombreuses fontaines ; la construction de Justinien engloba le tout, et l’ancienne tour existait encore au temps d'Eutychius 3.
C’est sans doute à l’époque de la première occupation du couvent que la légende de sainte Catherine, martyrisée à Alexandrie en 307, reçut sa forme définitive, comprenant le transport miraculeux des restes de la sainte sur la plus haute cime de la montagne. Les moines accaparèrent pour leur sol, avec tous les autres souvenirs religieux du territoire environnant, celui de la chapelle élevée jadis par Hélène en l'honneur de la martyre, et le couvent finit par être appelé du nom de sainte Catherine. Comme l'observe ingénieusement Laborde 4, le souvenir de
1. Pococke, Eutychit Annales, 1658, t. II, p. 160 suiv.; cf. Robinson, Biblical Researches etc., I, p. 597, et n. XX.
2. La question de la date de la construction est étudiée par H. Grégoire, Sur la date du monastère du Sinaï, dans Bull. de Corr. hellénique, 1907, p. 327-334. Se basant sur le texte rétabli des inscriptions d'architectes qu'on lit sur trois poutres de la toiture de l’église, et sur la mention dans ces textes du nom d’une certaine Nonna dont il semble qu’on possède, par ailleurs, l’épitaphe datée, Grégoire croit pouvoir indiquer, pour l'achèvement de l'église, une date comprise entre 548 et 562, Cela expliquerait que Procope, écrivant vers 562, parle de l'édifice comme d’une chose existante, tandis que Cosmas, un peu avant #50, ignore encore complètement le grand couvent et ses traditions.
3. D’après Eutychius (loc. cit., p. 163), l'envoyé de Justinien avait fondé en outre, au cours de son voyage, une église de Saint-Athanase à Kolzoum, et un monastère en un lieu nommé Rayeh; cf. à ce sujet Abou Sâlih, Histoire des églises el monastères d'Égypte, dans la trad. de B. T. A. Evetts, The Churches and Monasteries ete. (Oxford, 1895), p. 171, et voir, sur la localité de Rayeh, connue des géographes arabes, ce qui est dit plus haut, chap. 111, paragr. I.