P. La PROTiDBNCE, jotimo/ deg peur
pies. Gérant : Bancias. — Journal modéré et de
couleur douteuse, mais anti-socialiste. — Il a
vécu jusqu'au 22 juin.— Voici un enlre*filet du
numéro 5 sur Tévénement du 15 mai :
c Maintenant que la cause de Tordre a trionn
phé, que la loi du vote universel et du bien
public a fait justice d'un odieux complot; maintenant que tous lesesprits éprouvent cette douce
satisfiaction et cet heureux orgueil qui naissent
d'une lutte courageuse et d'une noble victoire,
on ne peut, sans en frémir encore, reporter ses
regards sur une des phases de la journée d'hier;
mesurer la profondeur de Tabimeaubord duquel
nous avons été un instant entraînés. Si les
membres de FAssemblée nationale n'étaient pas
restés, comme de vieux Romains, assis avec une
mâle dignité sur leurs chaises curules, si la population de Paris ne s'était pas levée avec un si
admirable élan pour repousser le péril qui menaçait la capitale, et, dans la capitale, la France
entière; si, enfin, l'msurrection avait pu rester
maîtresse de la Chambre et maîtresse de l'Hôtel-
de-Ville, à quels désordres effroyables , à quels
bouleversements serions-nous à présent livrés?
C'était un gouvernement de factieux usurpant
par la force brutale le pouvoir légal reconnu par
Jes suffrages de la nation; c'était le communisme décrétant, dans sa fervente ardeur par nu arrêt de nivellement, d'abord le roilhard d'impôts, proclamé par M. Barbes, puis les inquisitions domiciliaires et la loi des suspects. C'était un fléau mille fois plus terrible encore : la division delà France, la révolte des provinces, la guerre civile. Car, il faut dire à ces hommes qui prétendent aimer la patrie, et qui, sous ce grand mot de patriotisme, ne cachent qu'une passion insensée pour leurs utopies et pour leurs intérêts, il faut leur dire que si aux attentats qu'ils ont commis hier contre la nation , ils avaient joint celui de pousserjusqu'à la dernière extrémité les masses qu'ils commandaient, que s'ils avaientosé enlever les députés à leurs sièges, ces députés n'auraient point renoncé au mandat qui leur est confié; non, ils se reconstituaient immédiatement sur un point ou sur un autre. Ils appelaient à eux les électeurs qui leur avaient délégué leurs pouvoirs législatifs, et les départements se levaient en masse pour les soutenir. La France entière marchait contre les insurrections de Paris, et Paris était abandonné à toutes les horreurs de
l'anarchie. Grâce au ciel, cette efiroyable tastrophe est maintenant loin de nous. Un instant, un seul instant, le drame terrible dont nous suivions avec un cœur palpitant toutes les péripéties, nous est apparu comme la foudre suspendue sur notre tête. Puis la tempête a passé ! et le ciel s'est rasséréni. « Soldats, disait Nelson la veille d'une bataille, la Grande-Bretagne attend de vous que chacun fasse son devoir en citoyen.» «Citoyens de Paris, nous dira la France, chacun de vous a fedt son devoir; représentants du peuple , gardes nationaux, vous avez donné à l'Europe qui vous observe, un sublime exemple de courage, de dignité. Vous avez majestueusement rempli votre devoir, et tout acte de devoir a, comme tout ce qui émane de Dieu, une vertu fécondante. 11 élève l'esprit, exalte le courage, et conduit par une yoie sublime ceux qui l'ont accompli à une autre généreuse impulsion , à mi autre dévouement. » . d6 Mai, i74. — P. L'unité nationale. — Gérant :
J.-E. Bérard. Voici mi extrait du 2^ numéro :
« Depuis le 24 février, il y a eu deux souverainetés à Paris, qui se présentaient à la fois au pays, sous le nom de République une et indivisible. L'une voulait le communisme et 93; l'autre Vordre et la liberté; laquelle devait l'emporter ? C'était aux élections à en décider.
<c L'assemblée nationale fut l'expression du vœu unanime de la France, et le drapeau rouge fut vaincu.
« Mais les deux souverainetés et les deux principes demeurèrent encore à la tête du gouvernement , et Paris pressentait de nouvelles catastrophes. L'Assemblée nationale, en ses premières séances, avait tâtonné et faibli ; une crise était inévitable. Elle eut heu avec le tumulte et les saturnales qui devaient nécessairement l'accompagner.
a Honneur ! honneur à tout jamais à l'admirable garde nationale de Paris ! Cette fois, elle a sauvé la France; cette fois, elle a repoussé les violences de l'anarchie avec l'élan du patriotisme, elle a été digne de la première capitale du monde.
« Mais que dire du pouvoir exécutif?... Que dire de ses adhérents ?.... L'opinion publique le regarde, et de vagues inquiétudes l'agitent. /«, avant l'attaque des patriolesy l'on était à la fois de l'ancien gouvernement que l'on voulait jeter bas et du nouveau gouvernement qu'on allait proclamer. On avait un pied au palais de ia
REVUE DES JOURNAUX
chambre, et un autre à rHôtel-de-Ville. Là, après la défaite des factieux^ on embouchait le clairon de la victoire, mais on avait des paroles de tendresse pour les âmes égarées qui ne savaient pas bien ce qu'elles faisaient. On se préparait ainsi une pierre d'attente pour le cas oh les vaincus de la journée pourraient redevenir les triomphateurs du lendemain. On s'appuyait sur le présent; mais on se précautionnait pour Tavenir.
« La République est un noble et admirable principe ; mais faudra-t-il donc, grâce aux insensés qui la dirigent, que tous les huit jours la garde nationale soit tenue de descendre armée dans la rue pour la défendre et la sauver ! La République ne deviendrait -elle donc qu'un champ continuellement ouvert fiux passions pour se battre et s'entre-déchirer ! Non, il n'en sera point ainsi. Depuis trop longtemps le peuple a été à la merci des ambitieux qui exploitaient sa candide énergie. 11 comprendra qu'il est temps d'en finir avec ces hommes qui crient à tous les pouvoirs : «t Je suis le peuple^ Vami du peuple^ et dont la pensée secrète n'est et ne sera jamais autre que celle-ci : « Ole-loi de là que je m'y mette In
Ce journal a trop peu vécu pour que nous puissions dire s'il était franchement républicain. Peut-être l'a-t-il été de bonne foi, comme tout le monde, un jour, une heure, un moment.
175. — La tribune nationale, Courrier du matin, ne donnant que des nouvelles.
Le 7 mai, ce journal s'appelait :
La tribune du peuple. Le 21 mai suivant il devint :
La tribune, journal de Vordre et de la liberté; enfin, le 23 mai, il subit une dernière transformation et s'appelle :
La tribune de 1848.
Nous oublions encore de mentionner :
La tribune populaire, titre qui avait déjà été pris par un autre, et qu'il fut obhgé d'abandonner. — Bureau : rue de Seine, 16. Rédacteur en chef : Benjamain Laroche. Tué par son inconstance et sa nullité.
17 Mai.