‹ La presse de 1848Chapitre 41 sur 118 · Ll JOUINAL DU DIABLE, |MiraitMllll · texte numérisé non relu

Ll JOUINAL DU DIABLE, |MiraitMllll

deux fine par semaine. — Celui-ci est un assez bon diable, modéré et quelquefois spirituel.

Nous y retrouvons un article qui a déjà paru dans FÂvani-Gardê et que nous avons reproduit. Voici sa profession de foi :

» Êtes-vous démocraies ou aristocrates? Expliquez-vous. Nous sommes démocrates, si Ton entend, par ce mot, famour de Thumaniié, Tintérêt porté aux souffrances et à Texploitation des masses. Nous sommes aristocrates, si Ton appelle aristocratie Famour de la supériorité intellectuelle, le respect de Fidéal, la vénération pour tout ce qui représente la dignité et l'élévation de rhomme. Il y a d'ailleurs plusieurs aristocraties qu'on est bien forcé d'admettre : l'aristocratie de f intelligence d'abord, devant larquelle nous sommes tous prêts à nous incliner quand elle se relèvera ; l'aristocratie de la beauté, devant laquelle tout s'incline, et l'aristocratie de la force, qui sera toujours le plus concluant des syllogismes. C'est par un peu plus ou un peu moins d'intelligence que tous les bommes se ressemblent, au pouvoir surtout. Dans une révolution, ce ne sont pas seulement les hommes, ce sont les choses qu'il faut changer. Voulezvous un gouvernement fort et respecté de tous? ôtez-lui les moyens de corrompre, de se faire des créatures par la distribution des grâces et des faveurs!... »

L'oreille du socialisme perce quelquefois légèrement ; exemple :

« Où diable ces gens-là ont-ils vu l'égalité?

m Pour la fraternité, c'est différent, et je me fais une véritable fête de donner Taccolade fraternelle aux citoyens Lamartine, Ledru-Rollin, Marrast et consorts. Seulement, je leur dirai : F.^ères, vous habitez de somptueux hôtels, des valais dorés, et vos frères perchent dans de sales taudis! Frères vous avez de beaux habits et de uelies écharpes à graines d'épinards, et vos frères ont de malheureuses souqueuilies puant la

misère et trouées comme de la dentelle! Vow avez de beaux carrosses, frères, et vos fr^ères n'ont pas de souliers! Frères, vous ripaillez du matin au soir, et vos frères se couchent à jeun, sans savoir s'ils dîneront le lendemain! Vous palpez chaque jour environ 100 francs pour vos appointements, chers frère^ c'est de quoi nourrir environ cent de vos frères qui crèvent de faim et me tirent par la queue à me démembrer.

« Par les cornes de Satan mon maître, vous avez là, messeigneurs, une singulière manière d'entendre la fi:atemité ! Vous aimez la République, mes très-chers frères, et vous la rendez, par votre incapacité, impuissante et ridicule ! Vous aimez la République, et vous la livrez en pâture aux dynastiques! Allons donc, monarques, vous voulez rire ! Aussi ce peuple est bête. Û n'avait donc pas assez d'un roi pour le gruger, puisqu'il en a foit la monnaie ! Cinq pour un ! c'est cinq fois trop... Seulement, on changera plus souvent, ce sera toujours autant de gagné.

« Palsembleu ! ces drôles sont amusants !

« Et le diable, foisant tournoya son binocle dans ses doigts crochus, partit d'un éclat de rire qui ne s'arrêtera que dimanche prochain. »

301. — Le diable rose. — Au diable tous ces diables ! Mais avant de chasser celui-ci, demandons lui donc :

« D. Qu'est-ce que la République?

« R, LaRépublique !... c'est jusqu'à présent la substitution de l'incapacité orgueilleuse à la vanité incapable; c'est le remplacement de ceux qui avaient rempli leurs poches aux dépens du trésor public par des gens dont les poches sont vides et qui tiennent à les remplir de la même manière.

fiD. Est-ce tout?

« R. Non. Sous un autre point de vue, la République est une fille que la France a enfmtée avant terme ; voilà pourquoi la santé de cette pauvre enfant est chancelante.

a D* Elle ne vivra donc pas ?

« H. Eh ! eh ! c'est selon. Il faudra d'abord changer sa nourrice, dont le lait lui convient si peu, que bientôt il lui sera mortel ; puis, si elle peut se fortifier et arriver à l'âge de dentition, oh ! alors, ce sera de bon augure.

« D, Ainsi, pour que sa santé soit assui^....

« jR. Il faut qu'elle puisse montrer les dents. »

Rédacteur en chef : E. Lobédolhère; gérant:

Fellens, rue Coquillière, 2â.

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