IV BIBLIOGRAPHIE
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LA
Avant d'aborder la matière que nous nous proposons d'étudier, il faut préciser le cadre dans lequel nous nous renfermerons. La presse peut être l’objet d'études multiples. On peut en effet envisager son côté historique, économique, politique, on peut l’étudier au point de vue littéraire ou se borner à une étude purement juridique des différentes lois sur la presse. Pour notre part nous examinerons uniquement la presseen Bulgarie au point de vue politique; ce serait donc l’étude de la presse en tant que liberté de droit public que nous nous proposons de faire. Plusieurs raisons nous obligent d'étudier le côté politique de la presse par préférence à toute autre. D'abord il ne serait pas de notre compétence d’entreprendre une étude littéraire ou purement historique. À ce point de vue, des études très intéressantes ont été faites par M. I. Ivanoff dans son ouvrage: La presse périodique bulgare depuis sa naissance jusqu'à présent (1891), et aussi par M.S. Bobicheff,
Revue de la presse périodique bulgare (1844-1894) dans le recueil publié à l'occasion du cinquantième anniversaire de la presse. D'autre part l'étude économique de la presse bulgare iout en étant très intéressante à faire est loin de présenter le même intérêt que l’étude politique. Aucune autre matière n’a été l’objet d’une si féconde législation. En un espace de trente ans, seize lois sur la presse se sont succédé l’une à l’autre.C'’est dire jusqu’à quel point la presse a dû subir les vicissitudes de la vie politique très mouvementée par elle-même. Nous serons donc obligé de relater les circonstances politiques qui ont précédé chaque loi, afin qu’on puisse se faire une idée plus complète sur la vraie portée de chacune.
En effet souvent la conduite du législateur ne peut être expliquée que par les circonstances.
Rarement une matière a été l’objet de discussions si passionnées dans la Chambre. Les lois sur la presse ont toujours provoqué de longs débats. Et pourtant sur cette question qui a si vivement passionné les politiciens on a peine à constater l’existence d’une littérature. À part quelques articles et dissertations parues dans des journaux et revues juridiques il n’existe aucun ouvrage important, traitant le côté politique. Nous sommes loin de croire qu'avec cet ouvrage nous allons combler une lacune dans la littérature politique bulgare. Nous espérons seulement qu’en traitant ce sujet, l'attention des
esprits critiques sera attirée à lui pour qu’il soit l’ob-
jet d’études bien plus érudites, desorte qu’une manière de voir sur la liberté de la presse juste et conforme aux principes de la Constitution soit dégagée pour servir de base à une loi exemplaire sur cette matière.
Dans une première partie de cet ouvrage nous étudierons l’histoire de la liberté de la presse, en examinant successivement les différentes lois qui se sont succédé, ainsi que les circonstances politiques qui les ont déterminées. Après quoi dans une seconde partie nous ferons l’étude critique du régime actuel de la presse.
Cependant avant il nous semble utile et intéressant de donner quelques renseignements sur la naïissance et le développement de la presse bulgare et aussi une idée sur son organisation économique actuelle. Par ces notions quoique sommaires notre étude sera plus complète et donnera une idée de la presse à ceux qui ne sont pas au courant des détails de la vie bulgare.
Le fondateur de la presse périodique bulgare est Constantin Fotinoff qui le premier édita en 1844 un journal littéraire. C'était une entreprise hardie et pleine dedifficultés. Deux imprimeries possédant des caractères de l’alphabet slave existaient en tout dans l'Empire Ottoman, l’une à Constantinople l’autre à Smyrne. À une époque où le nombre des gens riches et lettrés était fort restreint, où les communications étaient défectueuses, entreprendre la publication d’un
journal bulgare en vue de réaliser des bénéfices ne
pouvait être qu’une folie. Cependant Fotinoff veut être utile à ses frères bulgares, il ne s'arrête pas devant les risques d’une telle entreprise du moment qu’il s’agit de réveiller le sentiment d’instruction et d'éducation chez un peuple oppressé. Son journal fut mensuel et parut durant deux années à Smyrne. Liouboslovié tel était le titre du journal, fut imprimé en caractères slaves, certains numéros étaient même illustrés. Mais le bon patriote n’a pu vaincre les difficultés pécuniaires. Quoique soutenu par certains riches bulgares de Constantinople, il a dû renoncer à sa noble entreprise.
L’honneur de la fondation du premier journal politique et d’information dans la forme d’une gazette, revient à J. Bogoroff, docteur en médecine de l’université de Paris. C’était un homme très actifet intelligent, la littérature bulgare lui doit beaucoup de choses. C’est lui qui a édité le premier dictionnaire franco-bulgare. 2
En 1846, à Lipiska, le 20 avril,sous sa rédaction a paru la première gazette bulgare, sous le titre L’Aigle bulgare. De ce journal ont paru seulement trois numéros à des intervalles espacés.Le dernier en effet a été édité le 1* janvier 1847. Le D° Bogoroff va à Constantinople et là il fonde un journal qui a eu une existence très longue, quoique ayant changé de propriétaire. Ce fut le Journal de Constantinople édité pendant treize années à partir de janvier 1848. Ainsi l'exemple fut donné et jusqu’en 1860 plusieurs
journaux ont été édités à Constantinople. Leur nom-
bre allait en augmentant avec la lutte que le peuple bulgare a entreprise contre le patriarche grec, lutte qui se couronna de succès en 1870 quand par un firman du 98 février l’Église nationale fut reconnue. Constantinople à cette époque fut le centre intellectuel des Bulgares, c’est là qu'a pris naissance et s’est développée notre littérature contemporaine grâce à l’ardeur des jeunes publicistes aidés généreusement par les riches Bulgares.
Mais la libération spirituelle ne suffisait pas aux Bulgares. Le mouvement révolutionnaire pour l’indépendance politique commençait à s’accentuer très nettement à partir de 1870. C’est à Boukareste où s'étaient réfugiés les émigrés que fut le centre révolutionnaire bulgare. Et jusqu’en 1877 nous assistons au développement d’une presse révolutionnaire dont les grands patriotes Karaveloff, Rakovski et Boteff furent des dignes représentants.
La guerre russo-turque (1877-1878) fit arrêter ce mouvement littéraire. Presque tous les journaux ont cessé de paraître. Mais une fois la guerre finie, la Bulgarie libérée, les journalistes bulgares recommencèrent leur œuvre.
A Philippopolis parut sous la rédaction de M.Ch. Danoff le journal Maritza dès le mois de juillet 1878. Son existence prit fin avec la Roumélie Orientale en 1885. Le même sort fut réservé à La Voix du Peuple fondé par M. D. Mantchoff en juin 1879.
Pendant la même époque ce qui caractérisait les journaux de la Bulgarie du Nord c’était leur carac-
tère purement politique et leur existence très éphémère. C’étaient les organes de deux partis politiques qui sortirent de l’Assemblée Constituante. Leurs organisations intérieures fut très simple. Le propriétaire du journal c’était en général son rédacteur principal et son éditeur. L'existence du journal tenait le plus souvent à la personne de son fondateur et ses moyens financiers. Ces journaux étaient en général bi-hebdomadaires et paraissaient en petit format de 4 à & pages. Plus de 40 journaux de ce genre ont vu le jour jusqu’au 6 septembre 1885.
À partir de ce jour la Bulgarie va traverser une crise dont elle ne sortira réellement que bien après 189%. À peine la paix fut-elle rétablie à la suite de la révolution en Roumélie Orientale et la guerre serbo-bulgare, que le Coup d’État du 9 août 1886 est venu empirer la situation. Sous le gouvernement de Stambouloff la censure fut pratiquée. Il n’y avait que les journaux du gouvernement qui paraissaient librement. Cette circonstance provoqua le développement de la presse littéraire et aussi l’apparition de la presse socialiste.
A cette époque on peut constater un journal édité en grand format, ayant l’aspect d’une feuille européenne. Ce fut Svoboda (La Liberté), organe du gouvernement édité sous la rédaction de Dimitre Petkoff, lequel journal devint quotidien.
Avec la chute de Stambouloff les journaux politiques abondent. Et jusqu’en 1900 la presse en Bulga-
rie ne se présentera que sous cet aspect. Les journaux
INTRODUCTION il
sont les organes des différents partis politiques. Le nombre de leurs lecteurs étant forcément restreint, ils ne peuvent pas compter sur Le produit de l’abonnement ou de la vente pour assurer leur existence. Ce sont les fonds du parti qui font face aux frais de l’édition. Le journal s’imprime dans sa propre imprimerie en un format plutôt réduit. Le tirage ne dépassera pas 3.000 à 4.000 exemplaires. Cependant quand le parti est au pouvoir il peut aller au double de ce chiffre. En même temps le produit des annonces qui en temps d'opposition est insignifiant, va prendre quelque importance. En général ces journaux paraissent trois fois par semaine. Ce caractère la presse politique le conserve encore aujourd’hui avec cette différence que la plupart des journaux sont devenus quotidiens.
C’est en 1900 seulement que la presse d'information a paru en Bulgarie avec le journal Pochta (Le courrier) de M. Changoff.
Il a fait en Bulgarie la même chose qu'Emile de Girardin en France avec La Presse. Son journal ne fut l’organe d’aucun parti, le prix du numéro ne fut que de O0 fr. 10 au lieu de 0 fr. 15 des autres journaux. Son succès fui grand. Plus tard son journal fut appelé Vetcherna Pochta (le Courrier du soir) et sous ce nom il continue de paraître actuellement. L’exemple fut suivi et bientôt parut le journal à un sou, ce fut Dneonik. À l'heure actuelle ces deux journaux s’impriment à six pages et se vendent 0 fr. 05 Leur
tirage est environ de 20.000 exemplaires. A Sofia
paraissent en outre plusieurs journaux quotidiens de moindre importance se prétendant indépendants; ils sont pourtant des organes de partis politiques. |
Signalons aussi l’existence de quelques journaux de province, présentant un intérêt purement local.
Tous ces journaux d’information sont la propriété des sociétés en nom collectif ou par commandite.Les propriétaires le plus souvent sont en même temps les principaux collaborateurs.
En outre de la presse politique et d’information il faut dire quelques mots de la presse littéraire et scientifique. Ce sont généralement des journaux mensuels édités par des sociétés d’études et souvent subventionnés par le ministère de l’Instruction publique. Le plus ancien journal de ce genre c’est le Journal Périodique de la Société littéraire. Avant la guerre russo-turque le siège de cette société était à Braïla (Roumanie).C'est là qu’en 1870 fut édité pour la première fois son journal.Arrèêtée par la guerre l’édition fut recommencée en 1882 à Sofia.
La presse en Bulgarie est encore en voie de développement. Jusqu'à présent on peut dire que les conditions pour ce développement surtout de la presse périodique n’existaient pas. En effet il ne suffit pas seulement que les journaux fassent des efforts pour se répandre dans le public. Le journal à un sou et à six pages nous l’avons déjà. Cependant il n’est lu que dans les villes, très peu de journaux paraissent à la campagne ; cela tient à plusieurs raisons. D'abord à la défectuosité de la poste rurale, en effet il y a
des villages trés importants qui sont desservis seulement deux ou trois fois dans la semaine. Ce n’est ‘ pas de nature à faciliter la pénétration du journal dans la population rurale.
Quand les communications seront améliorées, quand le réseau des chemins de fer sera achevé pour que le journal puisse arriver dans les vingt-quatre heures dans les pays reculés, la clientèle des journaux augmentera sensiblement, d'autant plus que le nombre des gens lettrés et pouvant se payer le luxe d’un journal va de plus en plus en augmentant. D'autre part un nouveau débouché s’ouvre aux journaux bulgares avec le régime constitutionnel en Turquie. Les journaux bulgares en effet y circulent librement depuis 1908, et ils trouveront de nombreux lecteurs parmi le million et demi de Bulgares qui habitent la Turquie d'Europe.
Le jour n’est pas éloigné où nous aurons des grandes feuilles du matin (1) ayant un tirage de 60.000 à 80.000 exemplaires et répandu dans les endroits les plus reculés où l’on parle le bulgare.
1. Aujourd’hui tous les journaux paraissent le soir. Un seul essai a
été fait par Le journal Vetcherna Pochtla mais il n’a pas réussi.
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