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Tandis que les Orientales excitaient à la fois l'enthousiasme des jeunes romantiques et les défiances de l'école doctrinaire, au sein même du Cénacle naissait un nouveau poète, dont l'œuvre en contradiction absolue de fond et de forme avec les Orientales, ramenait la poésie à l'expression des sentiments individuels. Je veux parler du premier recueil de Sainte-Beuve : Vie, Poésies et Pensées de Joseph Delorme.
L'ouvrage ne paraîten librairie que le 4 avril 1829 (1); dès le 26 mars, le Globe cite plusieurs pièces qui doivent entrer dans le volume : Causerie au bal, La Veillée (àV. Hugo), Le creux dans la Vallée. Ces citations sont précédées d'un court article. Le rédacteur (?) loue la vérité de cette poésie; rien, dit-il, déplus intime, de plus individuel; l'auteur est de la famille de René, de Werther, d'Obermann; on trouve chez lui des cris d'effroi, de l'ironie, la volupté du désespoir. 11 le compare aux poètes anglais contemporains. Le style lui paraît neuf et original : « Jamais, ce nous semble, nous n'avions vu se montrer dans des vers tant de mots bas ou tombés en roture, redevenus poétiques et nobles, comme on dit, par la seule magie du rythme (2). »
A cette note très favorable, devait succéder, le 1 1 avril suivant, un important article de Ch. Magnin. Celui-ci ne manque pas de comparer Sainte-Beuve aux lakistes anglais. Mais les restrictions, et même les reproches, suivent les éloges. Magnin juge la poésie de Sainte- Beuve « parfois bizarre, délirante et précieuse » (ici, il cite les Rayons jaunes); ilsigiale des « crudités de langage », un « amour futile pour la difficulté vaincue ». Et sur ce point, il insiste un peu lourdement à sa manière, mais non sans justesse :
1. Cf. Michaut, Sainte-Beuve avant les Lundis, p. 170, p. 606.