M. de GuizarJ
sous LA RESTAURATION
de renouveler la poésie, et sur les dangers de l'imitation (moyen âge ou xvi« siècle), — après avoir dit très justement, mais en style quelque peu prud'hommesque : « Distinguons les règles qu'il faut respecter et les conventions qu'on peut braver », — en arrive aux Orientales :
Les Orientales ont peu réussi. Le monde intellectuel, le monde des idées existe à peine pour [l'auteur]. Ce sont des impressions fugitives et toutes sensuelles. 11 court à perdre haleine sur la surface des objets, recueille rapidement leurs plus grossières apparences, s'en empare, et en grossit son trésor poétique ; mais rarement il interroge leur nature intime, plus rarement encore il fait intervenir l'homme moral. (Exemple de développement de ce genre dans Le feu du ciel)... Sa poésie est un feu roulant de formes, de dimensions, de couleurs, d'enluminures purement pittoresques... Les couleurs surtout, source d'oppositions constantes... (Exemples de noms de couleurs monosyllabiques jetés à la fin du vers).
Sa conclusion est remarquable : il ne trouve dans les Orientales que du matérialisme poétique, et dit que le poète s'est engagé dans une fausse route.
Ce n'est pas au sein d'une civilisation raffinée, d'une société surabondante d'idées et d'impressions morales, que la poésie fleurira sous la forme qu'elle revêt volontiers chez certains peuples primitifs, dont le langage est emprunté presque tout entier à la nature extérieure. En se développant, la nature morale crée un autre monde d'expressions et d'images dont le poète doit faire aussi son profit. Toute tentative de réforme poétique sera vaine ou même funeste, si elle est indépendante de la pensée qui doit renouveler la poésie française en l'identifiant plus étroitement avec nos mœurs et nos idées (1).