Id., n»7 (janvier 1829), p
sous LA RESTAURATION
la nature toute nue, que tous les esprits incultes et malhabiles ont pris le parti de se croire des génies ; quoi de plus naturel en effet que l'incorrection et l'ignorance ? Quant aux hommes d'art et d'étude, tous finissent, dans ce grand désordre, par ne plus savoir eux-mêmes ce qu'ils sont et ce qu'ils ont à faire... Le théâtre est donc dans un double état de décadence et de mendicité, si on peut parler de cette façon; quelques amis vigoureux ont cependant battu la caisse à tour de bras pour assembler le public sur la grande place et lui dire que le drame moderne avait trouvé son Cid et son Corneille dans Hernani et dans M. V. Hugo. Ce qu'il y a de vrai dans cette proclamation, un écrivain éclairé et consciencieux [Hémusatj s'est réservé le soin de l'apprendre aux lecteurs de la Revue française (1).
Voilà, en quelque sorte, le dernier bulletin de cette longue guerre entre la tragédie pseudo-classique et le drame romantique. Celui-ci était vainqueur en fait, et nul ne pouvait nier le discrédit où tombait presque subitement la tragédie au Théâtre Français. Non seulement, les innombrables ouvrages de ce genre joués entre 1800 et 1830, et dont plusieurs s'étaient maintenus au répertoire, disparurent «comme les nuages sous les flèches d'or d'Apollon » (2), mais la production nouvelle fut frappée de stérilité. « A partir de Junius Bru- /us(d'Andrieux,13 septembre 1830), onze années s'écouleront avant que, si l'on en excepte un CaïusGracchus de Théaulon et d'Artois, on représente à la Comédie Française une nouvelle tragédie sur un sujet emprunté à l'antiquité, le Gladiateur, de Soumet... (3)»