‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 177 sur 182 · Paris. Hachette · texte numérisé non relu

Paris. Hachette

dont la vie littéraire serait ainsi reconstituée depuis leurs débuts jusqu'à nos jours.

Mais qu'on nous permette d'insister une fois de plus, en terminant, sur les principes essentiels qui doivent guider, en ces recherches, un historien de la littérature. Le premier principe est celui-ci: abandonner résolument ce sophisme qui consiste à nous prendre nous-mêmes pour juges des jugements d'autrui, et à croire que nous sommes aujourd'hui en possession d'une sorte de vérité absolue sur les oeuvres et sur les hommes du passé. Nos jugements actuels sont aussi subjectifs que ceux des contemporains de l'auteur. Nous ne représentons, à notre tour, qu'un moment dans une série, laquelle se continuera après nous. Aussi devons-nous renoncer à chercher dans les témoignages antérieurs la justification de nos propres idées, ou les éléments d'une polémique puérile. Ces témoignages, prenons-les à leur date, évaluons-les à leur date. Habituons-nous à les enregistrer dans leur intégrité, quelque singuliers qu'ils puissent nous paraître, au lieu de n'en retenir que des formules détachées qui, précisément parce qu'elles nous agréent aujourd'hui, ont peut-être perdu leur vrai sens.

En second lieu, renonçons à nos préjugés sur la personnalité des critiques. L'article anonyme, ou signé d'un nom sans éclat, aune valeur documentaire. Inquiétonsnous plutôt des tendances politiques, sociales, littéraires, du journal où l'article a paru.

Enfin, dans la classification de ces témoignages, point de système ; mais seulement la recherche des moments successifs, et le tracé d'une sorte de courbe de l'opinion.

Dans ces conditions, il pourra se former, à côté de la critique subjective, — idéaliste, impressionniste ou morale, — une critique littéraire historique, objective et

scientifique.

15 août 1907.

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