Hatin. Bibliogr., p
sous LA KKSTAUnATION 79
« — Beaucoup de politique? — Pas un mol. — ... Voire carrière me semble bien bornée ? — N'avons-nous pas la philosophie, les mœurs, la litlcrature anglaise, allemande, espagnole, italienne, très féconde ? Nous nous sommes attachés d'excellents traducteurs. — Serez-vous classiques? — C'est notre projet: ne doit on pas toujours en revenir aux modèles ?... »
Nous n'avons pas à retracer ici l'existence assez romanesque de M™« Dufrenoy. Née en 1765, elle s'était formé le goût poétique dans la société de la fin du xvni« siècle ; ses vers, parfois gracieux et mélancoliques, sont d'une élégante banalité: elle fut lauréate de l'Académie française en 1815. Très répandue dans le monde des gens de lettres, patronnée par Arnault et par M. de Ségur, elle fondacette Minerve littéraire en 1820, par besoin de popularité et d'argent. Quand elle mourut, le 7 mars 1825, les journaux furent remplis de notices nécrologiques, toutes des plus flatteuses, et dont on peut voir les principales réunies dans le Mercure du XIX^ siècle du. 19 mars 1825. Une édition posthume de ses œuvres, en 1826, contient une notice de son gendre,
Jay(l).
Autour d'elle. M"»* Dufrenoy groupe des collaborateurs qui passaient alors pour très distingués. L'un de ceux qui signe le plus grand nombre de morceaux en prose et en vers, est Viennet, dont le nom représente aujourd'hui la médiocrité pseudo-classique dans sa perfection. Mais on oublie trop que si Viennet faisait des tragédies déplorables et ne comprenait rien au romantisme, il était homme d'esprit ; sa Philippide contient des traits piquants, et ses articles i\ la Minerve littéraire
1. Notice sur M"^' Dufrenoy, Biographie Michaud. Cette notice a pour auteur Parisot.
80 LA PRESSE UTTÉRAIHE
sont parfois amusants ou instructifs. Je signalerai tout particulièrement ceux qu'il consacre à M.-J. et André Ghénier (l),aux Poésies de Byron,W.Scott et Moore(-2), aux Lettres inédites de Voltaire (3).
Sénancour, l'auteur d'ObermannJorI Tpeu romantique dans sa critique, donne des comptes rendus d'ouvrages de tous genres, en un style terne et lourd. 11 s'occupe d'histoire, de géographie, de morale... Je ne trouve à relever, comme articles quelque peu originaux, qu'un essai intitulé Du génie (4), et deux études sur J.-J. Rousseau (5).
Em.Dupaly consacre à Bouilly,des pages enthousiastes (0), et à propos de VAlmanach des Muses, il juge quelques-uns des poètes contemporains (7). Je cite plus loin ce qu'il dit de Lamartine (8).
Ajoutons que, fidèle à son prospectus, la Minerve littéraire publie quelques traductions alors tout à fait nouvelles: plusieurs odes de Klopstock, par G. Jordan (9); la Cloche, de Schiller, par H. de Latouche (10) ; Les Déesses, de Engel, par Michel Berr (1 1) ; L'Idéal, de Schiller, par G. Turles (12) ; une scène de Guillaume Tell, de Schiller, par H. de Latouche (13), etc.