CONSERVATEUR
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II'. LIVRAISON Tome I«.
' A PARIS
Chez A.îï.th«. BOUCHER , IMPRIMEUR-ÉDITEUR ,
ftP£ DES BOSS-EKFANTS, «"• 34-
Décembre 1S19
De rittiprimçde v'Jtinw. BOUCHER, Successeur d« L. G. Mich»)id, rue d» Bons EafÀD» , M» 34
Très bel exemplaire de cette Revue rarissime et la plus importante de la période du romantisme légitimiste. Elle a été fondée par MM. Abel et Victor Hugo avec la collaboration de plusieurs jeunes écrivains de l'époque, presque tous devenus célèbres. Le premier numéro parut en 1819 et le dernier en mars 1821. Ce recueil, précieux en ce qu'il contient les œuvres de jeunesse de Victor Hugo, alors âgé de dix-sept ans, et dont la plupart n'ont jamais été réimprimées, est indispensable à une collection romantique. On nen connaît qu'un très petit nombre d'exemplaires complets et les fragments en sont même très rares... Notre exemplaire... a appartenu à M. Paul Lacroix qui a placé en tête de chaque volume une note autographe donnant la liste des articles de chacun des frères Hugo et les noms de la plupart des auteurs qui ont signé leurs articles d'un pseudonyme ou de simples lettres initiales. Mais les indications données dans ces notes sont incomplètes ou inexactes; nous les rectifierons de notre mieux.
M. Emile Paul donne ensuite, pour les trois tomes, la liste complète des pièces en vers et en prose de Victor Hugo, et discute l'attribution de quelques-unes d'entre elles. Ce travail est, semble-t-il, définitif, et nous en adoptons toutes les conclusions.
Dans Victor Hugo raconté..., l'idée de la fondation du Conservateur littéraire est attribuée à Abel Hugo, l'aîné de Victor : ce devait être une sorte de supplément, de feuilleton, du Conservateur, journal politique dont Chateaubriand était le rédacteur en chef. Les frères Hugo furent encouragés par des notes élogieuses du Conservateur. Au tome IV, 75« livraison, M. Agier qui, le premier, avait présenté Victor Hugo à Chateaubriand,
qui m'a largement ouvert sa riche bibliothèque romantique, et m'a permis de profiter de sa compétence toute particulière sur cette période de notre littérature.
sous LA UIÎSTAURATION 91
consacre plusieurs pages au Conservateur littéraire. Après des doléances sur le mauvais esprit du temps, il avoue que l'on doit garder quelque espérance, « car de jeunes et belles âmes échappent à la contagion ».
Cette dernière réflexion, dit-il, nous est inspirée par la lecture des quatre premiers numéros d'un nouveau journal intitulé : le Conservateur littéraire, qui est rédigé par trois frères, MM. Hugo, dont l'aîné à peine a vingt et un ans, et dont le plus jeune n'en a que dix-sept. Celuici qu'on distingue par le nom de Victor, était déjà connu par une ode sur la Vendée, et par une satire sur le télégraphe. Dans le premier de ces ouvrages, qui en a suivi un autre si célèbre sur le même sujet, sa verve semble s'être animée à l'éloquente et poétique prose de M. de Chateaubriand; dans le second, elle se montre trempée à l'école du grand maître, de Boileau. Rien n'est plus ingénieux, plus spirituel, plus fréquent que les réflexions, les descriptions, les rapprochements, les traits, les détails que le télégraphe fournit à M. Victor Hugo. L'arme du ridicule, dans ses jeunes mains, est dégagée de fiel, et n'est forte que de vérité... C'est surtout vers la satire que son talent paraît se porter...
Agier analyse ensuite la pièce de vers insérée au n» 1 du Conservateur littéraire, VEnrôleur politique ; il en cite plusieurs passages, et il ajoute :
Il y a dans cette honorable entreprise quelque chose de plus intéressant; de plus touchant encore, c'est son motif, dont MM. Hugo, que nous n'avons point l'avantage de connaître (?), nous pardonneront de révéler ici le secret. L'éducation de ces intéressants jeunes gens a été dirigée par une mère distinguée, qui a pensé de bonne heure que de bons principes et des talents formaient la seule fortune qui pût être à l'abri des révolutions, la seule arme avec laquelle on pût, ne pas se défendre de l'envie, de la
calomnie, mais la braver. Maintenant, fils reconnaissants, ils essaient d'acquitter une dette aussi sacrée que douce. Ils doivent à leur mère une seconde vie : ils veulent soutenir, embellir la sienne ; et, pour y parvenir, ils unissent la fraternité du talent à la fraternité du sang. Heureux jeunes gens d'avoir une mère qui ait senti le prix de l'éducation 1 Heureuse mère de voir ainsi couronner ses soins 1 Outre l'utilité et la bonne rédaction du Conservateur liltéraîre, c'est donc la piété filiale et maternelle qui le recommande à tous les amis des lettres et du bien... (1).
C'est en ces termes un peu niais, il faut l'avouer, que M. Agier faisait de la réclame aux trois Hugo et à leur excellente mère, dans le Conservateur politique.
En avril 1820, ce dernier journal cessa de paraître ; mais le Conservateur littéraire voulut continuer à vivre ; et voici la Préface de son tome H (avril 1820):
Aujourd'hui des suffrages distingués nous mettent à même de poursuivre avec assurance une carrière que nous n'avions pas commencée sans nous défier beaucoup du public, et plus encore de nous-mêmes. Nous osions avouer notre attachement aux Bourbons : c'en était assez, nous le savions, pour nous attirer la réprobation de tout le parti révolutionnaire : nous osions proclamer notre amour pour les lettres : il ne nous est plus permis de dire maintenant combien nous avons craint que cette témérité, rare de nos jours, ne fût payée d'une indifférence générale. 11 n'en a pas été ainsi, et nous éprouvons le besoin de renouveler à ceux qui nous ont favorablement accueillis, une profession de foi, dont nous espérons qu'il serait impossible de trouver le dément idans tout ce que nous avons écrit jusqu'à ce jour.
Nous continuerons donc de servir autant qu'il sera en nous le trône et la littérature ; trop heureux si nous pou-