f'. Séché. Lamartine (1906), p
sous LA RESTAURATION
ensuite, pour le moment, il avait intérêt à ménager les derniers représentants de l'école classique : Je reçois quelquefois celle Muse française qui vous amuse Uni, écrivait-il de Mâcon, le 22 mars 1824, à M. Eugène de Genoude ; elle est en vévilé fort amusante. C^est le délire au lieu du génie. Mais je trouve qu'avec votre autorité en littérature, vous dites des niaiseries aussi. L'autorité est bonne en matière de foi ; mais en matière de goût, le goût est à lui-même son juge. Il faudrait donc parler comme parlaient nos bons pères, en Gaulois, penser et sentir comme pensaient et sentaient nos barbares aïeux, et chaque mot, chaque idée, chaque sentiment, apportés par le temps et les hommes nouveaux, auraient été autant de crimes contre l'autorité précédente, absurdité digne des doctrinaires de la poésie, qui siègent sur le canapé de la rue du Cherche-Midi. La sottise suffisante de leurs risibles adversaires va faire prévaloir quelques jours ce bizarre système ; mais amis et ennemis disparaîtront bientôt, et les deux absurdités rivales, en s'écroulant, feront place à la vérité en littérature : vérité dans les sentiments, force et sûreté dans l'expression (1).
Annales || de |! la littérature et des arts, H par MM. Qualremère de Quincy, Vanderhourg, Baoul-\\ Rochette, de Chézy, Ahel Rémusat, C.-L. Molle- \\ vaut, Charles Nodier, Ancelot, Amar, Destains |j et plusieurs autres hommes de lettres.
(Aux noms des rédacteurs précédents, s'ajoutent, au tome III (1821), ceux de: Victor Hugo, Malilourne, Ahel Hugo).
Paris, au bureau des Annales de la littérature et des arts, place des Petits-Pères, n° 9 ; et chez Nicolle, li" braire, rue de Seine, n° 12 MDCCCXX.
1. Corr. de Lamartine, t. II, p. 265. (L. Séchc. Lamarliae (190(i), P. 249.
(Du 1" octobre 1820 au 1«' avril 1829, 34 vol. 412 n°= in-8". Au n° 53, deviennent Annales de littérature, journal de la Société des Bonnes Lettres ; au n° 134, reprennent leur titre primitif) (1).
Comme tous les périodiques qui ont duré, — et en particulier comme le il/ercure du XlX^siècle, — \es Annales ne présentent pas, durant leurs neuf années, une entière unité. Mais elles n'en sont que plus instructives. Leur romantisme est celui de Charles Nodier, un peu ironique et difficile à définir, très ouvert, très curieux, autrement intelligent que celui du Conservateur et de la Muse française. Mais le classicisme aussi a chez elles leur représentant, dans la personne d'Edmond Géraud, qui est un sot.
Les auteurs favoris des Anna/es sont d'abord, semblet-il, Lamartine, M'"» Desbordes-Valmore, Victor Hugo, Chateaubriand, A. de Vigny, Guiraud, Soumet, bref tout le groupe aristocratique du romantisme ou du classicisme mitigé. C'est là qu'on peut trouver, comme à la Société des Bonnes Lettres, dont les Annales sont en quelque sorte le bulletin (2), des jugements littéraires conditionnés par les opinions politiques. S'agit-il du Sylla de Jouy, on écrira que ce succès ne prouve rien : il est dû aux efforts des libéraux (3) ; mais les Macchabées de Guiraud sont-ils applaudis à l'Odéon, on dira que ce succès, dû au triomphe des saintes doctrines, est du meilleur aloi(4).
Peu à peu cependant, Lamartine semble moins admirable aux rédacteurs des Annales. Les articles consa-