‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 63 sur 182 · TOME PREMIER · texte numérisé non relu

TOME PREMIER

PARIS

BECHET AÎNÉ, LIBRAIRE, QUAI DES AmcUSTINS , N". S"]:

MOPiEAU, Imprimeur de S. A. R. MaBame, successeur de M. Valade, rue Coquillière ^ u'^. 27.

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nous la patrie tout entière ; ainsi que l'esprit constitutionnel et l'honneur guerrier, le goût des beaux-arts nous la représente et nous la fait adorer également sous des attributs non moins glorieux. L'harmonie qui devrait régner entre ces nobles facultés nationales a pu être souvent rompue par les malheurs et le besoin des grands changements ; mais on croit déjà pressentir le moment où la France, assurée de ses principales institutions, voudra commencer à en jouir en paix. La renaissance de l'esprit littéraire qui, dans tous les temps, a marqué un état de société fixe et complet, quel qu'il fût d'ailleurs, sera pour notre pays le signe du repos dans la liberté. Aspirons-donc à ces heureux loisirs d'une civilisation étendue et améliorée, mais qui veut être encore embellie par les beauxarts, amis de l'humanité. Nous le savons sans doute, la lyre des Muses a quelquefois aidé le despotisme à plonger les nations dans un sommeil corrupteur ; ce danger n'est point à craindre tant que subsisteront et notre légitime, gouvernement, et cette tribune éloquente, ces talents de conduite et ces vertus actives appelés de toutes parts pour diriger l'œuvre politique au grand jour de la publicité

Ce ne sont pas les encouragements du pouvoir qui manquent à la littérature et aux arts. Le plus puissant de tous, celui que ni les rois ni les grands ne peuvent leur donner, la faveur et l'affection populaires, ne leur est plus accordé aujourd'hui. Le talent du poète ou de l'artiste se trouverait mieux sans doute de toute autre injustice que d'une telle indifférence. Le délaissement auquel le condamneraient ses j>fotecteurs, ou même la persécution de l'envie lui seraient mille fois moins funestes que l'abandon de l'opinion publique.

Qu'arrive-t-il ? Voyez comme, de tous côtés, la littérature et les arts spéculent sur la vogue des partis, comme le caractère de l'homme de lettres se dénature et perd de sa dignité propre par je ne sais quel faux air du caractère politique, si différent de l'autre, pour ne pas dire si contraire. Nous avons eu, il est vrai, de ces moments terribles où les maux de la patrie ont dû nous enlever à toute

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autre pensée ; mais quand l'incendie est éteint, retournons chacun à notre demeure, et quand l'éditice se relève plus solide que jamais, songeons à reprendre chacun nos véritables occupations, sans renoncer à ce dévouement que les dangers publics retrouveront toujours; tâchons enfin de nous soustraire aux trop fréquentes distractions d'un zèle devenu inutile. Cultivons et encourageons, par nos eirorls, la poésie, l'éloquence et les arts ; à ce prix nous serons toujours, en temps de paix, assez bons citoyens.

Voilà les sentiments dont s'honorent les membres d'une société nouvelle dont les travaux, purement littéraires, vont être ofTerts au public. Ils ont voulu, en resserrant les liens d'émulation et d'estime qui doivent unir des gens de lettres et des artistes, appeler les regards de leurs concitoyens sur des travaux qu'ils chérissent. Ils ignorent quelle sera en France la destinée du génie des arts. Jeunes, la plupart, ils n'apportent point de prétentions insensées, mais ils n'ont encore désespéré ni de leur noble profession, ni de leurs eiTorts ; ils appellent au milieu d'eux les talents trop négligés de la génération nouvelle pour se soutenir et s'animer par de mutuels encouragements. Un amour sincère de ces études qui ont aussi mérité le nom de libérales, ne saurait être tout à fait infructueux : et d'abord la seule nouveauté d'une réunion d'hommes de lettres s'occupant de bonne foi de littérature, ne pourrait-elle pas aujourd'hui leur offrir une première garantie du succès ?

Nous voudrions, par exemple, mettre fin à un abus assez remarquable chez une nation si féconde en ouvrages périodiques : c'est que, quand une production littéraire de quelque importance vient à paraître, l'auteur ne trouve entre lui et le public que des feuilles d'annonces, ou seulement quelques articles d'une critique bien superficielle, accordée en manière d'acquit à ses longs travaux, et confinés tristement dans l'étroit espace qui échappe soit au budget, soit aux discussions politiques. Heureux encore quand sa prose ou ses vers, et par occasion sa

personne même, n'ont pas à gémir du crime de ses opinions ! Au contraire nous promettons aux écrivains et aux artistes un examen attentif de leurs travaux; l'esprit, le talent et le goût nous trouveront toujours de leur parti; nous n'en connaîtrons point d'autre, et noire Lycée paisible, ouvert à tout le monde, assez éloigné de la place publique pour n'en point ressentir les murmures, sera peut-être en France le seul asile où les Muses sauront se faire respecter de la tyrannie des factions.

II est deux sortes de critique : l'une, à laide d'idées plus communément admises, s'applique à déterminer son jugement sur tel ou tel ouvrage en particulier, sans remonter à la discussion des principes généraux ; l'autre cherche à établir des notions plus fixes et plus élevées sur les lois de l'art, les caractères des différents genres, ou bien elle étend ses vues aux divers génies des siècles et des peuples. La censure particulière s'exerce avec d'autant plus d'avantage, qu'elle est plus solidement appuyée sur la science et les études générales. Les besoins d'une nation éclairée, nous le savons, veulent qu'on l'entretienne également et de ses travaux actuels, et de ceux des autres nations, et de ce qu'ont fait les anciens âges, et de ce qu'on peut faire à l'avenir. Aussi prendrons-nous successivement pour matière de nos considérations la littérature et les beaux-arts de la France, de l'étranger et de l'antiquité, sans oublier les principales théories auxquelles on a songé à les soumettre.

Le principal rédacteur, Ch. Loyson, a été tout récemment l'objet d'une excellente étude de M. Léon Séché, dans les Annales romantiques (1). Pour faire connaître

1. Annales romantiques, tome II, 1905, fasc. I. {Un précurseur de l'École romantique : Charles Loyson, 1791-1820, d'après des documents inédits, par Léon Séché.) — Ch. Loyson, né à Château- Gontier, 1791, mort Paris à 1820, élève de l'École Normale Supérieure 1803, y rentre, en 1815, comme maître de conférences de philosophie. Fonde le Lycée français en 1819, donne des articles de critique et des poésies non seulement dans ce recueil, mais aux

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et apprécier le jeune crilique, mort si prémaluréraent, M. Séché a cité ses articles sur A. Chénier (1) et sur Lamartine (2), extraits du Lycée français, et il les compare à ceux du jeune V. Hugo, sur les mêmes sujets, dans la Muse française. Il aurait pu citer encore un bon article sur la Jeanne d^Arc de Davrigny (3).

Le prospectus a fait connaître suffisamment la doctrine de Gh. Loyson ; cette doctrine, d'ailleurs, il faut l'avouer, manque de principes et de force. Elle est fondée sur une parfaite équité ; mais, par cela même, elle doit être sans influence sérieuse. On est assez surpris de constater que les articles du Lycée ne sont ni classiques, ni romantiques ; ou plutôt, laissons parler Sainte- Beuve :« Les opinions exprimées dans ce recueil, dit-il, étaient en général classiques, mais modérées, ouvertes, conciliantes ; elles avaient une couleur de centre droit littéraire. M. de Rémusat y forme une sorte de côté gauche (4). » Sainte-Beuve a vu très juste. Les articles de Rémusat sont de beaucoup les plus vigoureux et les plus suggestifs. On peut relire, dans ses Critiques et Etudes, deux des princ ipaux : Jacopo Ortis (5) et Révolution du théâtre (6); en note à ce dernier, Rémusat écrit:

Archives, aux Débats, au Spectateur. A public lui-même : Le Bonheur de VÉtnde, 1817 ; Épitres et Élégies, 1817 ; en prose : Tableau de la Constitution anglaise, traduit de Custance (1817). Un volume d'OEuvres choisies a été donné par M. Ém/Grimard, Paris, 1868, avec une lettre préface du P. Hyacinthe Loyson, son neveu. A l'article de M. Léon Séché, on peut ajouter : Notice, écrite par Patin, au tome V du Lycée français, et Sainte-Beuve. Portraits contemporains, III, 276.

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