‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 78 sur 182 · Cf. en particulier Globe du 8 juillet · texte numérisé non relu

Cf. en particulier Globe du 8 juillet

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les questions importantes, quoique passagères, qui naissent dd cours des événements ou du progrès naturel des idées; populariser en un mot les travaux et les découvertes de la science, en ramenant en même temps à une discussion scientifique les phases successives de l'opinion, tel est le but que se proposent les auteurs de la Revue française. L'utilité ne saurait en être contestée, l'on peut dire même la nouveauté, s'ils réussissent à exécuter leur entreprise avec le degré de soin et d'intelligence qu'elle exige. Ils auraient en elîet alors enrichi la France du seul genre de littérature qu'elle ait encore à envier à l'Angleterre, dont les recueils à longs intervalles de publication, analogues à celui dont il s'agit ici, ont si puissamment secondé le développement moral et politique...

Rémusata écrit pour la Revue française une remarquable Introduction (1). Jamais critique littéraire, homme politique du lendemain, n'a plus étroitement uni les lettres et la liberté. Quelques-uns avaient pu craindre, dit-il en substance, que la liberté fût défavorable aux sciences et aux arts ? L'expérience venge la liberté de soupçons calomnieux. On doit reconnaître que partout on s'efforce de rajeunir les formes du beau, comme de retrouver les sources du vrai. « Soyons reconnaissants, nous ne serons que justes. Il y a deux choses dont on ne peut dire trop de bien, c'est la paix et la liberté. » Les lettres elles-mêmes ont besoin de la liberté. Sous le despotisme, les grands sujets sont défendus... Pas d'opinion, pas de public. « La littérature est dédiée à la cour, au grand monde, aux beaux esprits ; rarement nationale, jamais populaire, elle ressemble au gouvernement. » Voilà ce que Taine devait redire.

Ainsi dans les écrits du xvïf siècle, Rémusat recon-

1. N" 1 (janvier 1828, p. 1 à 21.) (Reproduite dans Critiques et Études. 2e cdition II, 1.)

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naît partout ce que le grand Arnauld appelle le cjénie du temps, et qui était de ne point savoir résister. . . « Les facultés sont immenses, et l'œuvre est petite. » Le xviii» siècle devient plus hardi, mais il reste trop frivole, et il lui manqua de pouvoir faire l'expérience politique. Voici la Révolution ; mais les lettres ne sauraient renaître tout de suite. « Tant que les révolutions durent, la passion absorbe ; et lorsqu'elles fînisseot, la lassitude est si grande que les hommes n'aspirent plus qu'au repos. C'est la génération suivante qui recueillera le fruit de leurs efforts, et continuera leur ouvrage. » « Le moment est venu. Il a manqué aux vingt premières années delà révolution, d'abord la paix, et presque toujours la liberté. Nous avons la paix, et la liberté commence... » Rémusat prédit l'avenir prochain d'une philosDphie nouvelle. Il compare le rôle et le génie de l'Allemagne et de l'Angleterre au génie et au rôle de la France ; et celle-ci lui paraît destinée à exercer la plus grande influence philosophique, politique et scientifique. Pour les lettres et les arts, l'esprit français, qui est devenu la raison même, les renouvellera d'abord par la critique ; et cette critique peut, dans une certaine mesure, tenir lieu de l'inspiration.

vdomme elle n'exclut rien, comme elle aperçoit tout, elle peut conduire au beau par l'examen, et ramener par la réflexion à l'originalité. Aussi bien, dans un siècle raisonneur tel que le nôtre ; lorsque tout est divulgué et que les mystères ont fait place aux questions, cette innocence naïve du génie qui s'ignore lui-même, qui crée par instinct, est, j'en ai peur, une chimère qu'il faut renvoyer à l'âge d'or de la littérature : et peut-être la raison, à qui rien n'est interdit, reste-t-elle en droit de révéler au génie ses propres secrets, de remplir l'œuvre de la nature, de out refaire enfin, même la poésie.

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