‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 79 sur 182 · Î80 LA PRESSE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

Î80 LA PRESSE LITTÉRAIRE

11 suffirait de parcourir les tables des seize livraisons de la Revue française, pour voir comment ce programme fut rempli.

Rémusat donne au m III : La philosophie française au XIX^ siècle; au n» IV: De l'état du théâtre; au n» VI : Delà philosophie écossaise ; au n* VII : De la politique de la France ; au n*' XII : Traité de droit pénal par M. Bossi ; au n» XIV : Hernani ; au n° XV : Traité de législation de Ch. Comte, etc.

Guizot : n° I : Etat de la France ; Histoire des maires du Palais, de Pertz ; n" II : Histoire constitutionnelle de l'Angleterre, par Hallam ; n' V : Éducation progrès^ sive, par M^^ Necker de Saussure ; De la. session de 1828 ; n" VI : De la législation des Visigoths; u» IX : De Vétat des cabinets européens ; n' XI : De la correspondance de Grimm et des derniers salons du XVIIP siècle ; n" XIV : Du vrai caractère de la crise actuelle.

Saint-Marc Girardin: n°II: De la comédie historique; et de nombreux compte rendus bibliographiques ou dramatiques.

A. de Broglie : n° l : De la piraterie ; n° II : De Vinterprélation des lois, etc..

Ch. Lenormant publie plusieurs articles d'archéologie et d'art; L. Vitet parle de Rossini ; de Barante, du siècle de Louis XIV; Villemain, de Manzoni et de Moore; A. Garrel, de P.-L. Gourier; de Guizard, de la Nouvelle école poétique et de V. Hugo ; Barante, du moyen âge, et du Henri III de Dumas ; etc..

Mais les lettres et les arts ne tiennent qu'une place relativement réduite, dans cette revue consacrée surtout au mouvement politique et social.

D'ailleurs, la lecture de la table prouve à elle seule que nous n'avons pas, dans la Revue française comme dans le Globe, une critique de combat. Il ne s'agit pas

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ici de diriger l'opinion, ou d'ouvrir des sources nouvelles, ou de canaliser des courants, mais plutôt de faire, en toutes choses, des statistiques. Sur telle question politique, sociale, économique, géographique, littéraire, etc., quels sont jusqu'à ce jour les résultats acquis? Où en sommes-nous, et que nous resle-t-il à faire? Ce sont des dissertations : De Vélat actuel du théâtre,... De l'état des opinions,... De Vétat actuel de la psychologie,... De Vétat actuel de la botanique générale,... De Vétat des cabinets européens, etc. Presque tous les articles, d'ailleurs, portent un titre que Ton traduirait par le de latin.

Ce caractère est des plus importants, entre 1828 et 1830; en effet, presque tous ceux qui collaborent à la Revue française, vont, après juillet 1830, se disperser; et désormais la politique les absorbera; il n'est donc pas indifférentdeles voir donner un avis réfléchi sur ces questions littéraires, qu'ils s'étaient habitués à considérer dans leurs rapports avec la société et avec les mœurs, et qui, eux partis, redeviendront la proie des profes* sionnels delà littérature et delà critique. Ils les jugeaient de haut, et d'un peu loin peut-être; mais ils avaient ce grand avantage de n'être point orfèvres; et l'on pouvait sans doute ne pas accepter leur décision; mais il fallait bien reconnaître leur impartialité. Avec le Globe et surtout avec la Revue française, disparaît en juillet 1830, une forme de critique supérieure que jamais, depuis, à aucune heure du xix^ siècle, nous n'aurons l'occasion de retrouver.

D'autre part, 1829 et 1830, sont, dans l'histoire du romantisme, des dates essentielles, et comme un pivot. Les articles de la Revue française sur Henri III, sur Hernani, sur VEtatde la poésie, ont une importance particulière. Certes, ni Guizard, ni Rémusat, ni Vitet n'ont été vraiment des prophètes ! L'épigraphe même de leur

Revue le prouve bien : Et quod nunc ratio est, impetas antefuit. Ainsi à la veille de 1830, ils proclamaient que Vélan delà première heure s'était transformé en raison? c'est : ïordre règne, à la veille d'une émeute. Mais les jugements n'en sont peut-être que plus curieux; on y retrouve en effet, aujourd'hui, si loin du tumulte romantique, certaines objections, certains avis, certaines railleries, que, depuis 1850 environ, nous avons prodigués contre les œuvres de Hugo et de Dumas. Ces intellectuels, ces naturalistes de 1830, auxquels échappe la poésie du romantisme, en voient les exagérations et les dangers avec une singulière clairvoyance ; on pourrait dire que tandis que les libéraux pseudo-classiques parlent, en jugeant les romantiques, le langage du passé, les doctrinaires devancent, sur leur œuvre faite et à faire, le jugement de l'avenir.

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