Mercure du XIX' siècle, tome VII (1824), p
sous LA RESTAURATION 193
pendance de toutes les règles et autorités consacrées; c'est tantôt l'imitation exacte d'une nature brute et sans choix, tantôt l'expression recherchée d'une nature fantastique ; c'est l'alliance de l'ignoble et du maniéré, du bouffon et de l'ampoulé. En un mot, c'est l'absence de goût.
Chez les écrivains romantiques, les premières productions sont les meilleures: rarement ils s'élèvent au-dessus de leur début. Pourquoi cela? C'est que, sortant de leurs études, et nourris de bons modèles, leur heureux génie n'a pris encore aucune direction vicieuse, qu'ils obéissent encore aux préceptes et aux autorités classiques (1).
Voilà, on en conviendra, une jolie explication du succès d^Atala ou des Méditations ! Mais la remarque est très juste, ce nous semble, pour les premiers essais du jeune Victor Hugo.
Cet abandon des traditions est encore le reproche capital du Constitutionnel.
Les indépendants littéraires, qui s'irritent de notre indépendance, qui répondent aux raisonnements par des plaisanteries sans gaîté et des invectives sans esprit, ne nous empêcheront pas de nous soumettre à la dépendance du bon sens et au joug de la raison. En littérature comme en politique, nous serons toujours Français. Nous savons que la gloire des lettres est une partie de la gloire nationale, et nous y serons fidèles. Voilà notre pavillon assuré que les attaques viennent, la défense ne manquera pas (2).
Le Globe, qui rapporte, le 2 février 1826, cette opinion du Constitutionnel, compare ce patriotisme à celui des Chinois. II avait déjà signalé la campagne menée contre le romantisme par le Journal des Débats, pour lequel « le romantisme se résume dans la formule
1. Annales de la littérature et des arts, tome XX (1825), p. 501'