‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 84 sur 182 · Constitulionnel {Journal du commerce) 1'» nov · texte numérisé non relu

Constitulionnel {Journal du commerce) 1'» nov

sors LA RESTAURATION 191

velles routes, n'abandonnent pas celle que la raison trace au génie, la foule des écrivains qui se nomment romantiques n'a point de véritable système littéraire, ne connaît d'autre loi que ses caprices, et mérite d'être également repoussée par les critiques français et parles critiques étrangers (1).

Les restrictions de L. Thiessé s'appliquent évidemment à Lamartine et à Vigny. Thiessé est intelligent, et ses attaques contre le romantisme funèbre et frénétique peuvent se comparer à celle de Nodier, que nous citerons tout à l'heure.

Il n'en est pas moins vrai que Thiessé reste bien classique dans l'ensemble de ses critiques, parce qu'il semble nier que la littérature ait besoin de se renouveler. Telle est précisément la thèse soutenue dans le passage suivant :

On nous parle de besoins nouveaux; on nous dit que les littératures antérieures, tout en laissant des monuments immortels, ont dû disparaître, et ont disparu avec les générations dont elles ont exprimé les habitudes sociales et les émotions politiques... Depuis quand les besoins de la société changent-ils avec les générations qui se succèdent ? Fût- il vrai que le temps où nous vivons se fît remarquer par une certaine tendance aux rêveries vagues et fantastiques, ce serait une raison pour que les hommes sensés s'armassent contre elle, au lieu de la flatter et d e lui sacrifier les saines doctrines...

Ici, le rédacteur attaque Eloa, et condamne l'abus que Vigny a fait « d'un talent qui donnait les plus heureuses espérances ». Il oppose aux vers d'Eloa des fragments de la Henriade, et cite comme exemples des comparaisons de Delille. Et il conclut ainsi :

l. Mercure du XIX' siècle, tome I (18231, p. 171.

Qui sauvera nos Lettres et nos Arts du précipice où les entraîne cet esprit d'indépendance et d'ambition ? Pourquoi substituer à ce vieux culte des Muses consacré par tant de monuments immortels, je ne sais quel schisme puisé dans les doctrines de l'Allemagne et de l'Angleterre ?... N'a-t-on pas, au moment de leur apparition, encouragé leurs essais, applaudi à des débuts qui promettaient plus de perfection, exalté des talents qui réalisaient de premières espérances ?... Ces écrivains adolescents se sont tout à coup érigés en législateurs et ont donné de faux exemples pour établir de faux préceptes. La gloire les attendait au bout de la bonne, de la vraie route ; ils se jettent dans des sentiers inconnus : s'ils s'y perdent, ils ne pourront s'en prendre qu'à leur propre étourderie (]).

De même, dans un article sur les Lettres françaises aux XI^,XII^ et XIIP siècles, Sylvain Dumon dira « que le Temple du goût tombe en ruines sous les efforts d'une nouvelle bande noire, tandis que la critique, les mains liées par le génie de la médiocrité, est réduite, comme Cassandre,à ne pouvoir lever que les yeux au ciel...» (2) Quel joli sujet de vignette !

Ailleurs, on signalera l'esprit de révolte qui est au fond du romantisme.

Son origine révolutionnaire se fait assez remarquer dans sa révolte contre l'expérience, dans sa haine pour toute espèce de sujétion et de loi, dans son mépris pour les anciennes traditions, enfin dans son goût pour les ruines, les tombeaux, les dévastations, les noires horreurs. Du reste, il fuit la clarté du jour, il s'enveloppe de mystères, il s'environne de spectres, de fantômes, de vampires... Qu'est-ce que le romantique? C'est, il me semble, l'indé-

1. Annales de la littérature, tome XVI (1824J, p. 11 (Du style romantique. Signé : un campagnard).

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