‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 87 sur 182 · Globe, 2 février · texte numérisé non relu

Globe, 2 février

sous LA RKSTAURATION

rature et des arts (1821-1828), périodique qui prend, à partir du tome II, le sous-titre de : Journal de la Société des Bonnes Lettres. Le Conservateur littéraire, fondé et rédigé par les frères Hugo, donne également, dans son troisième volume (1821), des indications très précises. Enfin, on peut y ajouter la Pandore, et différents mémoires, entre autres ceux du D'' Véron, qui fut un des membres actifs de cette Société.

La fondation de la Société des Bonnes Lettres se rattache au mouvement de réaction royaliste qui suivit la mort du duc de Berry. Il parut sans Joute à quelques hommes qui tenaient tout ensemble aux lettres et à la politique, qu'un des moyens les plus efficaces pour combattre les idées libérales et révolationnaires était de répandre par la parole les « bonnes doctrines ». Tel est bien l'esprit avoué du premier Prospectus, publié en janvier 1821, et qui doit avoir pour auteur Fontanes lui-même : « S'il est vrai, lit-on dans ce prospectus, que la littérature soit l'expression de la Société, on peut se faire une idée de ce qu'a pu être la littérature française pendant trente années de révolution. Pouvait-elle être autre chose que V expression de la révolte, de la discorde, de l'impiété, de toutes les passions furieuses qui troublaient la France ? Que de talents ont péri dans ce vaste naufi'age ! L'esprit humain se serait tout à fait égaré, et l'on ne peut savoir où nous aurait conduits l'orgueilleuse barbarie du siècle, si les âges précédents ne nous eussent laissé leurs imposantes leçons et leurs impérissables modèles. Ce sont ces modèles et ces leçons qui serviront de flambeau et de guide à la Société des Bonnes Lettres, pour faire revivre le goût des bonnes doctrines et des bonnes lettres. »

Cette profession de foi est déjà catégorique. Mais on

n'en saisirait pas le véritable sens, ni surtout les causes, si l'on oubliait quelle était alors la position respective des différentes écoles littéraires. En effet, les défenseurs de la littérature classique étaient surtout les libéraux, — tandis que les royalistes étaient romantiques. Continuateurs, non pas du xvii* siècle, mais du xviii" siècle, les Etienne, les Jouy, les Jay, les Viennet prétendaient s'opposer, par leurs œuvres et par leur critique, à l'invasion des novateurs ; et ceux-ci, à la suite de Chateaubriand, cherchant des formes nouvelles pour leurs « pensers nouveaux », semblaient, en attaquant les pseudo-classiques, répudier jusqu'aux maîtres qui avaient illustré le grand siècle.

N'y avait-il pas là, aux yeux de certains royalistes, une sorte de contradiction ? Sans doute ; et le passage suivant du Prospectus est assez significatif : « Il est nécessaire d'apprendre à ceux qui ne l'ont jamais su et à ceux qui l'ont oublié, les rapports qu'il y a entre les institutions présentes et les institutions anciennes. Il faut leur apprendre que la patrie, ou, d'après le sens littéral du mot, le pays des aïeux, n'existe pas seulement dans le sol, mais dans les souvenirs; que la gloire d'un peuple ne se trouve que dans ses annales, et que l'expérience, si nécessaire aujourd'hui, est dans la mémoire des temps passés. »

Ainsi, dans la pensée des premiers fondateurs, le but de la Société des Bonnes Lettres est de renouer, au profit de la cause royaliste, la tradition qui menace d'être abandonnée. Il s'agit de faire cesser, si l'on peut, l'engouement dont les jeunes gens « bien pensants » semblent saisis pour un genre de littérature qui n'a point ses racines dans le sol national, et d'arracher au Constitutionnel et à la Minerve le privilège de défendre les écrivains classiques.

sous LA RUSTAURATION 197

En voici une autre preuve, tirée du discours prononcé à la séance de clôture du 31 mai 1822, par Tacadémicien Roger, alors vice-président de la Société des Bonnes Lettres: «C'est, dit-il, une véritable lice ouverte aux Croisés du royalisme que cette enceinte consacrée aux Bonnes Lettres, c'est-à-dire aux saines doctrines littéraires et politiques, car elles sont inséparables. C'est ici que viennent s'exercer, sous le brillant étendard du Conservateur,les défenseurs de toutes les légitimités, de toutes les vraies gloires, du sceptre de Boileau comme de la couronne de Louis-ie-Grand (1) .»

Le but essentiel de la Société est ainsi défini. Nous verrons comment les résultats répondirent à ces vœux. Mais, tout d'abord, quelle était l'organisation matérielle de ce cercle ? — La Société, installée en 1821, rue de Grammont, se transporta bientôt dans un local plus vaste, rue de Choiseul.

Les sociétaires se répartissaient en trois catégories : Sociétaires fondateurs. Sociétaires abonnés, Associés honoraires, — question de cotisation. Un bureau, dont les Présidents furent successivement Fontanes (1821), Chateaubriand (1822), et le duc de Doudeauville (1826), arrêtait pour chaque mois le programme des cours et des lectures; il y avait séance trois fois par semaine, de janvier à fin mai. — A partir de 1823, on mit au concours des prix de poésie et d'éloquence.

Je consulte la liste des Sociétaires dans V Annuaire de 1 826, et j'y trouve d'abord, bien entendu, toute l'aristocratie parisienne ; il n'est pas un grand nom du Tout-Paris de la Restauration qui ne figure sur cette liste. Mais j'y vois aussi nombre de gens de lettres ; les uns, académiciens ou aspirants à l'Académie, avaient

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