‹ La presse littéraire sous la Restauration, 1815-1830Chapitre 88 sur 182 · Roger, Œuvres · texte numérisé non relu

Roger, Œuvres

besoin d'entretenir leur renommée parfois un peu artificielle; etce Sa/on d'un genre particulier,étaitun excellent terrain ; — les autres encore obscurs, ou commençant à peine à se créer un nom, venaient rue de Ghoiseul à titres d'associés honoraires, et sollicitaient l'honneur de faire des lectures devant cet auditoire choisi. Voici des noms, — et l'on sera peut-être surpris d'en lire quelques-uns parmi les royalistes ultras de la Société de Bonne-Lettres... Je cite par ordre alphabétique : Berchoux, — Biot (Académie des sciences), — Brifaut (Académie française), — Capefigue, — Chauvet (à qui Manzoni a écrit cette admirable lettre sur les deux unités),

— Ghenedollé, — Désaugiers, — Emile Deschamps,

— Bureau de Lamalle (Académie des Inscriptions), — Duviquet (Journal des Débals), — Genoude, — Edmond Géraud, — Saint-Marc Girardin (alors presque écolier),

— Victor Hugo, « homme de lettres, rue de Vaugirard, 91 » — Abel Hugo, « homme de lettres, rue du Vieux- Colombier, 17 », — Eugène Hugo, « homme de lettres, même adresse », — Lamartine, — Laurentie, — Merle le second mari de M'"^ Dorval, rédacteur à la Gazette de France, — Ch. Nodier, — Patin (le futur professeur à la Sorbonne), — Raoul Rochette (Académie des Inscriptions), — Royou, — Salgues, — Soulié, — Soumet,

— Vanderburg (Académie des Inscriptions), — D'Véron,

— A. de Vigny, — Villemain, etc. El je garde pour la fin celui-ci : Arvers, « élève de l'institution de M. le chevalier Massin». Qui sait? peut-être est-ce une grande dame habituée des soirées de la rue de Ghoiseul, qui inspira au jeune Arvers son fameux sonnet (1)?

Gar les dames étaient fort assidues. « L'auditoire, dit

1. Sur le sonnet de Félix Arvers, cf. Léon Séché, Revue de Paris du 15 juillet 1906, — Annales romantiques, tome III (1906), p. 238, — A. de Musset (1907), tome I, p. 206.

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le D' Véron, était composé de plusieurs femmes élégantes et de gens du monde, M"'^ Roger, M'^^ Auger, Mme Michaud, toutes trois femmes d'académiciens, y brillaient de tout l'éclat de la jeunesse et de la beauté. Le baron Trouvé (1) avait deux filles charmantes, bonnes musiciennes, et qui ne sont plus de ce monde. La Société des Bonnes Lettres était un lieu de réunion où des habitudes de politesse, de bonnes manières, et une certaine communauté d'opinions et de sentiments politiques attiraient souvent une foule de célébrités et de grands personnages (2). »

Et c'est aux dames que Roger fait un éloquent appel, dans la péroraison du discours déjà cité, lorsqu'il s'écrie : « Le royalisme est inné chez les Françaises ; il semble être, comme l'amour, la grande affaire de leur vie. Qu'elles embellissent nos réunions à venir, comme elles ont embelli celles qui finissent ; que leur présence maintienne parmi nous cette urbanité, ce bon goût dont elles sont les modèles, et que l'on recherche en vain dans les assemblées où elles ne sont pas ; que leur douce voix nous encourage ; que nos discours soient inspirés par elles et participent de la chaleur de leur âme, comme de la grâce de leur esprit ; soutenons enlin. Messieurs, de tout notre pouvoir, par nos actions et par notre langage, cette devise de nos pères, cette devise vraiment française : Dîeu, le Roi et les Dames (3). »

1. Le baron Trouvé, ancien préfet de l'Aude sous l'Empire, s'était rallié aux Bourbons. Journaliste, poète, économiste, il avait en 1820 acheté une imprimerie assez considérable ; sa rubrique d'imprimeur^ est bien connue de tous ceux qui ont étudié la littérature de la Restauration. Il était, à la date qui nous occupe, directeur de la Société des Bonnes Lettres.

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