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486 ALFRED NETTEBŒNT

Les Lettres d'Alfred Nettement disaient précisément... à Bruxelles ce qu'on ne disait pas ou du moins ce qu'on n'imprimait pas à Paris. Les anecdotes piquantes, les bruits de la cour et de la ville, les nouvelles de la littérature et des arts y avaient leur place à côté d'informations politiques presque toujours exactes, et souvent de prévisions d'une singulière justesse. Si ces Lettres étaient réunies en volumes, nous aurions là, sur le second Empire, de véritables Mémoires, d'autant plus précieui qu'au lieu d'avoir été composés après coup, à longue distance des faits qu'ils racontent, ils ont été écrits au jour le jour, sous la dictée même des événements.

Les deux premiers volumes de V Histoire de la Restau ration étaient de 1860. Alfred Nettement publia le tome troisième * au mois de janvier 1863.

Il va de la rentrée du Roi (8 juillet 1815) à la clôture de la première et unique session de la Chambre introuvable (29 avril 1816).

Singulièrement graves étaient les difficultés qui attendaient Louis XVin à son retour. Les révolutionnaires, ses ennemis de tout temps, étaient plus que jamais in'éoonciliables. Les constitutionnels qui, après l'avoir acclamé en 1814, l'avalent abandonné pendant les Cent-Jours, I lui étaient devenus hostiles. L'armée impériale se sentait impossible sous son règne et lui était par conséquent |

contraire. La nécessité s'imposait d'ailleurs de diminuer ses cadres, de mettre en demi-solde un nombre considérable d'officiers. De là des ressentiments amers, profonds;

1. Histoire de la Restauration. Tome troisième. Règne de Louis XVIU. — Chambre de i8i5. Un volume in-^*, Jacques i LecofAre, éditeur, ISaS.

de là bientôt ces conspirations militaires, qui seront, pendant plusieurs années, pour le gouvernement royal, un véritable danger. Ses amis eux-mêmes étaient pour Louis XYIII un péril. La chute de la maison royale, succédant de si près à son retour, avait surexcité les passions de ses partisans. Ils demandaient que les fauteurs et les complices de la révolution du 20 mars reçussent un châtiment exemplaire. L'état de souffrance et d'humiliation auquel la France était réduite par suite du coup de main des Cent- Jours ajoutait à leur indignation et à leurs sévères exigences. Ces sentiments prenaient un caractère d'exaspération redoutable dans plusieurs départements sur lesquels le joug des autorités révolutionnaires, avait lourdement pesé pendant l'interrègne. Le sang royaliste avait coulé à Toulouse, à Nîmes, à Uzës et dans plusieurs autres villes ; des passions inexorables, profitant de l'impuissance du gouvernement, se préparaient à rendre violence pour violence, exactions pour exactions, meurtre pour meurtre, crime pour crime. La réaction du Midi commençait.

Et à tous ces périls venant de l'intérieur, d'autres s'ajoutaient encore, venus du dehors. Les étrangers occupaient notre territoire, de tous côtés envahi. Ils croyaient pouvoir tout exiger de la France affaiblie, presque épuisée. Ils voulaient tout exiger d'elle, puisque aussi bien elle semblait avoir perdu ses titres à la confiance de l'Europe depuis qu'un gouvernement accueilli avec tant d'enthousiasme avait été si facilement renversé, et que la paix du monde à peine rétablie avait été de nouveau si déplorablement troublée.

Conament Louis XVIII, à force de sagesse, d'habileté,

de prudence, parvint h trion^)her, dans la mesure du possible, des difficultés de tout genre qui Tentouraient, c'est ce qu'Alfred Nettement fait très bien voir dans ce troisième volume.

Il n'a pas apporté moins de soin à étudier la Chambre de 1815, à mettre en une égale lumière ses qualités et ses défauts. Elle eut des passions, des préjugés, des torts ; en présence des victimes politiques de ce coup de démence qu^on appelle les Cent-Jours, un beau et noble sentiment manqua à plusieurs de ses membres, celui de la pitié. Préoccupée de la faute, effrayée du péril, elle n'apprécia pas assez Tentratuement, elle ne vit pas le malheur. Ellemême, à son tour, a été trop sévèrement jugée. On ne lui a fait grâce d'aucun de ses torts ; on a méconnu ses rares et grandes qualités. Ce fut une assemblée honnête, indépendante, économe des deniers des contribuables, éclairée sur les grands intérêts publics et résolue à les faire prévaloir ; une Chambre profondément dévouée à la monarchie et à la religion, et en même temps une Chambre déterminée à ne pas sacrifier aux ministres la liberté politique, c'est-à-dire l'intervention légitime des véritables élus du pays dans les affaires publiques. Là même où l'expérience lui manqua, ses intentions furent toujours droites et pures. Si la mesure lui fit quelquefois défaut, elle eut un sentiment élevé des conditions du gouvernement représentatif, servant le gouvernement sans le flatter et défendant le trône sans lui rien demander.

J'ai connu, dans mon enfance, un de ces bourgeois de

1815 qui étaient souvent plus royalistes que le roi. Celui que je veux dire, et dont l'image m'est toujours présente — c'était mon grand-père — vivait au fond de sa province et n'avait jamai? vu les Bourbons ; il n'avait jamais reçu d'eux aucune faveur. Et pourtant ces princes qu'il ne devait jamais connaître, il les aimait à Tégal de ses parents les plus proches ; il ne séparait pas, dans ses affections, la famille royale de sa propre famille. Si modeste que fût sa condition, les joies trop rares qui éclairaient parfois les lambris dorés des Tuileries projetaient leur reflet jusque sur son humble toit, comme aussi les douleurs qui assombrissaient, hélas ! trop souvent le vieux palais mettaient sa maison en deuil. Alfred Nettement était, lui aussi, un de ces bourgeois d'autrefois. Tous les coups qui frappaient la maison de Bourbon, tous ses deuils, étaient pour lui des deuils de famille. Ce fut donc une date douloureuse dans sa vie que celle du 1«' février 1864, jour où mourut à Venise la fille du duc de Berry, la sœur du duc de Bordeaux, Madame la Duchesse de Parme.

Louise de France avait été dans l'exil la consolation des adversités de M. le comte de Chambord; la mort de cette sœur incomparable fut pour le printîe une adversité de plus. Surmontant sa propre douleur, Alfred Nettement voulut ajouter un dernier chapitre à son Histoire des Bourbons en eœil^. Il composa en quelques semaines sa Notice sur Madame la Duchesse de Parme^^ qui parut dès les premiers jours de mars 1864. Le 8 mars, M. Guizot

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