Victor Hugo, Lamartiae et Michelet
Ce volume sur le Roman contemporain est un des bons livres de Nettement et l'un des plus agréables. M. Guizot n'hésitait pas à le tenir pour excellent. Il écrivait à l'auteur, le 26 mai 1864 : « Je trouve votre livre excellent. Vous avez raison avec énergie et sans amertume ; vous êtes équitable sans transiger. Je n*ai lu presque aucun des romaus dont vous parlez ; j'en ai commencé quelques-uns, et je ne suis pas allé jusqu'au bout, même des plus distingués. Ma longue vie m'a rendu indulgent pour les personnes et très difficile pour les livres. Le mélange du talent et du mal est ce qui me déplaît le plus ».
Au mois de février 1866, Alfred Nettement fit paraître les tomes iv et v de V Histoire de la Restauration *.
Ils comprennent la période qui s'étend du 29 avril 1816 au 12 décembre 1821, de la prorogation de la Chambre introuvable à l'avènement du ministère Villèle.
La tribune française ne fut peut-être jamais plus brillante qu'à cette époque, restée mémorable par les grandes discussions de 1817, de 1818, de 1819 et de 1820, sur la loi du recrutement, sur les lois de la presse et sur la loi
1. Histoire de la Restauration^ tome iv : Règne de Louis XVI II,
— Ministère Richelieu-Decazes. — Tome v : Règne de Louis XVIII.
— Ministère Des soles et Decazes. — Decazes président du Conseil. \ — Second ministère Richelieu. — Deux volumes iii-8«. Jacques
Leeoffire et C*% 90, rue Bonaparte. 1866.
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dYlection. Hoyer-CoUard disait un jour à M. de Barante : <c Si on voulait rendre la vie aux discours politiques, il faudrait les encadrer dans un récit historique, dire quelle était la situation politique, la direction du gouvernement, l'état des partis, leurs opinions et leurs principes ; il faudrait décrire le cours de la discussion, analyser les discours des orateurs et rappeler l'effet qu'ils avaient produit*. » Ce programme tracé par Royer-Collard, Alfred Nettement Ta pleinement rempli. Il relève pour nous la tribune, il fait revivre ces luttes où les combattants s'appelaient Royer-Collard, Camille Jordan, Laine, de Serre, Benjamin Constant, Manuel, La Fayette, Pasquier, général Foy, duc de FitZ'James, Chateaubriand, Decazes, Casimir Perier, Laffitte, Villèle, La Bourdonnaye, Martignac.
Le plus éloquent de tous fut M. de Serre, le plus habile fut M. de Villèle. Rien n'est plus curieux que de suivre, dans les deux volumes de Nettement, la marche patiente, les progrès incessants, l'ascension constante du petit député de Gascogne. Au moment où s'ouvre le tome iv, au lendemain des élections de 1816, M. de Villèle n'a plus sous ses ordres qu'un bataillon affaibli et découragé, que diminueront encore, en 1817, en 1818 et en 1819, les renouvellements partiels de la Chambre. Ce qui, en 1815, était une ai*mée n'est plus, en 1819, qu'une poignée d'adhérents, une simple compagnie. Mais quel parti M. de Villèle n'en sait-il pas tirer? Ses manœuvres sont si habiles, son coup d'œil est si sûr, il sait inspirer aux siens tant de confiance et à ses adversaires tant d^estime, qu'à mesure que ses
1. La Vie politique de Royer-CoUard, ses discours et ses écrits, par M. de Barante, t. 1, p. 1.
forces diminuent, son prestige augmente. Après les élections de 1830, ses amis sont loin encore d'être en majorité, et cependant il est à peu près le maître et l'arbitre de la situation ; à la fin de 1821, il est le chef du ministère.
Dans ces deux volumes, comme dans les précédents, quand il se trouve en présence d'un graud événement, s'il lui faut, par exemple, parler du procès et de la mort du maréchal Ney, de l'assassinat du duc de Berry, de la naissance du duc de Bordeaux ou de la mort de Napoléon, le ton de l'auteur s'élève, un souffle d'éloquence traverse ses pages ; il lui plaît de se rappeler que THistoire aussi est une Muse.
M. Jacques Lecoffre n'eut pas la joie d'assister à^ la publication des deux nouveaux volumes de cette Histoire de la Restauration^ qu'il considérait presque comme sienne et dont il aimait à relire les épreuves. Il était mort le 13 janvier 1866, dans les sentiments de la piété la plus vive, n'oubliant dans ses suprêmes adieux aucun de ses amis, aucun des employés de sa maison, recommandant particulièrement à son fils, arrivé à l'âge d'homme, de ne mettre jamais dans les afiaires la question d'argent qu'au second rang. Ce vrai chrétien, élevé à l'école de l'Évangile^ savait que l'argent peut être un bon serviteur, mais qu'il est un mauvais maître, et, dans ces derniers mots, il léguait à son fils la règle de sa vie.
La mort du grand éditeur fermait un des salons les plus
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intéressants du Paris d'alors et qui était, depuis iâ fondation de la Semaine des Familles, comme le salon d'Alfred Nettement lui-même. Chaque semaine, M. Lecoffre recevait ses amis dans sa maison de la rue du Vieux-Colombier. Au fond de la cour s'ouvrait le grand salon, qui était de plain-pied avec le jardin. Les vieilles boiseries» Fameublement austère donnaient à cette pièce un aspect claustral. C'était bien le cadre qui convenait à ces réceptions du jeudi, où la soutane du prêtre se mêlait à l'habit noir. Comme autrefois la Chambre des pairs, le salon de la rue du Vieux -Colombier avait son banc des Évëques. Mgr Dupanloup y faisait de rapides apparitions ; plus fréquemment y voyait-on le cardinal Gousset*» archevêque de Reims. MgrParisis* ne manquait jamais d'y venir, à chacun de ses voyages à Paris. Il aimait à se rappeler qu'à l'époque des grandes luttes pour la liberté d'enseignement, il avait trouvé dans M. Lecoffire un aide précieux, }in éditeur dont le zèle et le dévouement étaient à toute épreuve. Il lui était doux aussi de causer avec Nettement de ce cher pays de Bretagne, de ce département du Morbihan qui, sans les connaître autrement que par leurs écrits, était venu les chercher, Tun à Langres, l'autre à Paris, pour leur confier le soin de le représenter. Après la mort de Jacques Lecoffre, Alfred Nettement rouvrit chez lui, au 51 de la rue de BeUechasse, le salon
1. Thomas-Marie-Joseph Gousset (1792-1866), évêque de Périgueux le 6 octobre 18:35, archevêque de Reims le 20 mai 1840, cardinal le 30 septembre 1850.
2. Pierre-Louis Parisis (17^1866), évêque de Langres de 1834 à 1851 ; représentant du Morbihan à la Constituante et à la Lé|rislativo . évêque d'Arras le 12 août 1851.
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qui venait de se fermer rue du Vieux-Colombier. Il choisit pour son jour de réception le vendredi. On n'était plus, cette fois, entre cour et jardin, dans un grand et bel hôtel, mais dans un modeste entresol. Les pièces étaient étroites ; nombreux pourtant étaient les amis qui s'y pressaient. Le salon de M. Lecoffre était surtout un salon religieux ; tout en continuant à recevoir des ecclésiastiques, le salon de la rue de Bellechasse fut surtout un salon politique, et il ne se pouvait guère qu'il en fût autrement. Les anciens collègues de Nettement à l'Assemblée législative se faisaient une fête de le venir voir et d'évoquer avec lui leurs communs souvenirs. C'était, pour ne cjiter que les principaux, M. de Larcy, M. Léo de Laborde, M. Poujoulat, M. Ferdinand Béchard, M Vitet, M. Henry de Riancey, le marquis de Sauvaire-Barthélemy, M. de Neuville, le vicomte de Saint-Priest, M . Duvergier de Hauranne, et quelquefois, quand sa santé le lui permettait, M. de Montalembert. D'anciens ministres de la monarchie de Juillet, qu'il avait connus à la Revue contemporaine ^ M. Guizot et M. Villemain, ne se faisaient pas faute de fréquenter chez lui. A côté de M. Laurentie, le rédacteur de V Union, M. Albert de Circourt était un témoin des lointaines années de YOpinion publique. De tous les habitués, le plus jeune était le marquis de Beaucourt, le futur historien de Charles VII : c'est le seul qui soit encore vivant. Le plus fidèle était Alcide deBeauchesne, l'historien de Louis XVII^ Fauteur des Souvenirs poétiques et du Livre des jeunes mères. Un autre poète, Victor de Laprade, qui ne venait guère à Paris que pour les élections de l'Académie, était parmi les intermittents, H ne se faisait pas trop prier pour réciter quelques-unes de ses Satires, et comme il les
disait avec de grands gestes et de grands éclats de voix, on était obligé par prudence, même au plus fort des chaleurs de l'été, de fermer les fenêtres qui donnaient sur la rue... Hélas f depuis longtemps, ces belles ardeurs se sont éteintes, ces nobles voix se sont tues, ces beaux et charmants esprits ne sont plus que des ombres. La maison elle-même a été démolie.
Toutes ces choses sont passées, Comme l'onde et comme le vent.