‹ La presse royaliste de 1830 à 1852Chapitre 22 sur 151 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'Eoho de la Jeune France et le Nouveau

Conserrateur

Nouveaux journaux a paris et dans les départements. Les bureaux d'une gazette de province en 1834. — Le Rénovateur. Balzac ROYALISTE. — V Echo de la Jeune France, Les Jeunes-France de Théophile Gautier et les Jeunes-France d'Alfred Nettement. La renaissance religieuse, l'éducation du duc de Bordeaux. Alprki^ Nettement et les Mémoires d'Outre- Tombe. Lettres de Chateaubriand. — Le Nouveau Conservateur. I^jettres de Balzac. — Les Variétés de la Gazette de France.

Il semble que la Quotidienne^ dont il était le priacipal rédacteur politique et littéraire, aurait dû suffire à Tactivite d'Alfred Nettement. Bien loin qu'il en soit ainsi, il trouve encore du temps pour collaborer à la Gazette de France^ au Rénovateur^ au Nouveau Conservateur^ — pour fonder et diriger VEcho de la Jeune France.

Sous la Restauration, les royalistes n*avaient pas tiré parti de la presse autant qu'ils l'auraient pu faire. Lorsque éclatèrent les journées de Juillet, ils n*avaient dans la capitale que deux journaux quotidiens d'une sérieuse importance, la Gazette de France et la Quotidienne. Dans les

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départements, c'est tout au plus si quatre ou cinq journaux défendaient leurs doctrines. On pouvait craindre, au lendemain de la révolution, de voir ces dernières feuilles emportées par l'ouragan. Il n'en fut rien. La défaite, au lieu d'abattre les royalistes, ne fit que réveiller leur ardeur et stimuler leur zèle. Â Paris et en province, non contents de conserver les journaux qui existaient déjà, ils ne reculèrent devant aucun sacrifice pour en fonder partout de nouveaux. En dix-sept mois, du 29 juillet 1830 au 1*^ janvier 1832, on créa, à Paris, VEcho français^ le Courrier de l'Europe^ la Mode^ le Revenant, le Brid'Oison, Bagatelle ; — dans ce même temps, vingt-six feuilles nouvelles forent créées dans les départements.

La Picardie, le Bourbonnais, l'Anjou, l'Orléanais, le Berry, le Nivernais, la Bourgogne, le Languedoc, l'Auvergne, la Franche-Comté, virent paraître des feuilles monarchiques, dont chacune portait le nom de la province où elle se publiait.

La Flandre française avait IdiBoicssole à Lille et la Gazette de Cambrai.

Dans la Normandie, on comptait Y Ami de la Vérité à Caen et la Gazette de Normandie à Rouen ; dans la Bretagne, l'Ami de l'ordre à Nantes et la Gazette de Bretagne à Rennes ; dans le Poitou, le Véridique des Detujc- Sèvres à Niort et la Gazette de V Ouest à Poitiers ; dans la Guienne, le Mémorial agenais à Agen et le Journal de la Guienne à Bordeaux; dans le Lyonnais, la Gazette de Lyon et la Revue provinciale ; dans la Lorraine, la Gazette de Metz; dans la Provence, la Gazette du Midi; à Montpellier, les Mélanges occitaniqices ; à Limoges, ÏAmi des lois. Le mouvement ne devait pas s'arrêter là.

De 1882 à 1834, à ces vingt-six gazettes de province plusieurs autres vinrent s'ajouter, les Gazettes du Périgord, du Rouergue^ du Maine, du Limousin, le Journal du Poitou^ Y Hermine de Nantes, qui avait pour rédacteur Crétineau-Joly, le futur historien de la Vendée militaire. J'ai connu dans mon enfance Tune de ces Gazettes d'antan ; j 'allais quelquefois dans les Imreaux avec mon père, qui était Tami du directeur. Ce qu'on appelait les bureaux se réduisait en tout et pour tout à un pauvre petit cabinet, où il y avait place pour une table et trois ou quatre chaises. Au-dessus de la cheminée, entre le portrait de Berryer et celui du marquis de Dreux-Brézé, dont je crois voir encore la tête fine, la chevelure frisée, les favoris élégants, et aussi la redingote bien prise, avec collet de velours et manches à gigot, une grande lithographie représentant le duc de Bordeaux et sa sœur Mademoiselle, en costume écossais, dans un paysage de Walter Scott. A l'un des coins de la table, armé d'une paire de ciseaux, un brave homme, qui cumulait les fonctions de caissier et celles de secrétaire de la rédaction, pratiquait des coupures dans la Quotidienne, la Gazette de France et le Journal des Villes et Campagnes. Â Tautre bout se tenait le rédacteur en chef. Il était à lui seul, bien entendu, toute la rédaction, les finances du journal ne lui permettant pas de se donner le luxe d'un collaborateur. C'était un ancien officier de la garde royale, démissionnaire en 1830, qui servait le roi de sa plume après l'avoir servi de son épée, qui trouvait tout simple de travailler comme quatre^ de batailler d'un bout de l'année à l'autre, de se battre en duel à Toccasion, d'aller en prison au moins une fois Tan, — et de toucher pour ces diverses besognes des appointe-

ments dont ne se contenterait pas aujourd'hui un garçon de bureau. Après tout, c*était le bon temps : on allait en prison, mais on était défendu par Berryer t

Les royalistes ne se bornaient pas à créer des journaux; ils créaient aussi des Revues. Au mois de mars 1833, M. Laurentie, avec le concours du duc de Fitz-James, de M. de Bonald, de M. Félix de Conny, du marquis de Dreux-Brézé et du duc de Noailles, fonda le Rénovateur. Alfred Nettement prend place aussitôt parmi les rédacteurs, en compagnie de Balzac, dont il devient l'ami. Seulement, par une singulière interversion de rôles, c'est Balzac qui fera de la politique, abandonnant la littérature à Alfred Nettement. Voici deux articles Sur la situation du parti royaliste^; ils ne sont pas de Nettement, ils sont de Balzac. En voici un autre Sur la destruction projetée du monument élevé au duc de Berry^. Vous y remarquez ces lignes : c Pourquoi n'avoir pas continué le monument pour y élever un autel où les prêtres eussent prié Dieu de pardonner à l'assassin? Louvel eût protégé le duc de Berry; il eût dit: « Grâce pour le monument î... » comme le prince a dit : c Grâce pour l'homme I » Cette fois, c'est bien Alfred Nettement qui tient la plume; vous vous trompez, c'est l'auteur de La Peau de Chagrin, Tandis que le romancier fait de la politique, l'écrivain de la Quodienne fait, au Rénovateur^ la Revue littéraire, rend compte des romans nouveaux et publie des articles sur les Femmes depuis la révolution de 1830.

Alfred Nettement voulut avoir une revue à lui. Il fonda

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