‹ La presse royaliste de 1830 à 1852Chapitre 21 sur 151 · Causeries du lundi, t. vi, p · texte numérisé non relu

Causeries du lundi, t. vi, p

Elle n'avait pas seulement à craindre les saisies et les répressions judiciaires, à redouter toutes les juridictions, depuis la Cour des pairs • jusqu'aux conseils de guerre ; à de certains moments, force lui était de tenir tête à des visiteurs plus incommodes que les gens de la police ou du parquet. Il lui arriva plus d'une fois d'entendre l'émeute hurler à ses portes, de voir ses bureaux envahis par une foule hostile et menaçante.

Le 15 février 1831, à la suite d'un service célébré à Saint-Germain l'Auxerrois pour le repos de l'âme du duc de Berry , le presbytère et l'église furent dévastés avec dés circonstances où le grotesque se mêlait à l'impiété; la Parisienne fut chantée au milieu du choeur et sur l'emplacement du lutrin. L'archevêché fut complètement détruit; il n'en resta plus que les quatre murs. Meubles, tapisseries, aubes, missels, furent jetés à la Seine. Notre- Dame, Sainl-Roch, Saint-Eustache, Bonne -Nouvelle, Saint- Gervais, furent assaillis à leur tour. La Quotidienne eut» elle aussi, l'honneur de recevoir la visite du peuple. Dans la soirée, un rassemblement pénétra dans sa cour et dans ses bureaux, proférant des menaces d'incendie, essayant de mettre le feu à des matières combustibles entassées sous une remise. La garde nationale parvint, non sans peine^ à disperser les émeutiers.

1. Le 24 novembre 1890, M. de Brian fut condamné par la cour des pairs à un mois de prison et 1,500 francs d'amende. {A (Taire de Kergorlay.)

80 ALFRED NETTBMENT

Deux ans plus tard, au mois de février 1833, nouvelles émeutes contre la Quotidienne, celles-là d'un caractère plus grave.

L'échec de la prise d'armes de 1832 et la captivité de la duchesse de Berry avaient provoqué chez les royalistes des sentiments d'irritation et de douleur que surexcitèrent encore, dans les derniers jours de janvier 1833, l'envoi a Blaye par le gouvernement des docteurs Orfila et Auviti et Icîs commentaires donnés à leur voyage par les feuilles républicaines, et en particulier par le Corsaire, Le gérant du Revenant, l'une des feuilles d'avant-garde du parti légitimiste, exigea une réparation ; le rédacteur du Corsaire, M. Eugène Briflfaut, ne déclina point la rencontre et fut blessé. Quelques légitimistes, ayant voulu obtenir une nouvelle satisfaction, la Tribune et le National intervinrent dans la querelle, demandant qu'elle fût vidée de parti à parti et par une sorte de combat des Trente. La Quotidienne se refusa à les suivre sur ce terrain, et Alfred Nettement publia, le 2 février, un article qui se terminait ainsi :

« L'écrivain royaliste demandait une affaire individuelle, une rencontre <rhonime à homme ; Técrivain républicain offrait une affaire collective, une rencontre de parti & parti. C'était un point de droit dans le point d'honneur, et les négociations entamées depuis n'ont fait qu'envenimer et étendre la querelle sans la résoudre.

c< Nous croirions au-dessous de nous de chercher dans cette divergence d'opinion un moyen d'inculper l'honneur et le couraj^e de nos adversaires politiques. Le courage est une qualité si Jrançaise qu'on le retrouve sous toutes les bannières et dans tous les rangs. D'ailleurs, il nous semble qu'il sied à des gens de cœur de reconnaître À leurs antagonistes les sentiments

qu'ils trouvent au fond de leur âme, et de rappeler que le courage croit toujours au courage.

a Mais nous n'en dirons pas moins avec notre franchise habituelle que, des deux modes de solution proposés, le premier, c'est-à-dire le duel individuel, nous paraît convenable et naturel, d'abord parce qu'il est seul usité, ensuite parce qu'il mène seul à un résultat, enfin, parce qu'il est seul possible. Les combats collectifs sont des anachronismes, dont le premier inconvénient, en présence d'une police toujours active et éveillée, est de ne pouvoir se réaliser. Or il entre peu dans le goût des gens de cœur d'entreprendre de ces sortes d'affaires avec la seule perspective d'amuser le pouvoir par l'enfantillage d'une démonstration qu'il est en mesure d'arrêter. Nous tommes dans un pays où le ridicule tue bien plus que l'épée, et une passe d'armes au dix-neuvième siècle est un ridicule.

«Quant aux listes des combattants qu'on propose de placer en regard, nous répondons que si Ton a parla l'intention de révoquer en doute la possibilité où serait le parti royaliste de fournir un nombre suffisant d'antagonistes, ce n'est point sérieusement qu'on met en avant une pareille opinion. Tout le monde sait bien que le parti royaliste est militaire par son essence, et qu'il a dans son sein les nobles cadres d'un corps d'officiers qui a fait ses preuves au service de la France. Ainsi, plus que tous les autres partis, le parti royaliste pourra, quand on le voudra, fournir son personnel de guerre. Mais c'est précisément à cause de cette composition qu'il ne fournira pas une liste d'aspirants à un combat qu'on rend impossible en voulant le rendre collectif. Les hommes sérieux aiment les affaires sérieuses, et il n'y a de duel pratique que le duel individuel ; avec notre système de gouvernement et d'administration, le duelcoUectif demeurera toujours dans les nuages delà théorie, et l'on peut n'être nullement touché de l'honneur de figurer dans une bataille de signatures et dans une rencontre de listes. . .

« Nous ajouterons une dernière observation. N'est-il pas à craindre que les feuilles du ministère ne trouvent là une occasion naturelle de médire des deux oppositions ? Ne pourrontelles pas dire avec quelque raison que plus les listes seront

longues, ^lu8 elles seront insignifiantea ? Où il y a tant de ôrarei, il n'y a plus de braves. Que serait-ce, de votre côté comme du nôtre, qu'un courage qui, lui, centième ou millième, viendrait audacieusement s'inscrire à l'abri d'une phalange de noms et demander en toute sécurité sa part d'un péril qui diminuerait en raison directe du nombre des souscripteurs? Que serait-ce qu'une coalition de bravoures qai, avant d'accepter le combat, commencerait par le rendre impossible ? »

A rheure même où Alfred Nettement écrivait cet article, la distinction qu'il établissait entre les provocations sérieuses et celles qui n'ont point ce caractère rencontrait son application. Armand Carrel, directeur du National^ et M. Lahorie fils, rédacteur du Revenant^ allaient sur le terrain. Les deux adversaires étaient blessés; et Garrel, atteint d'un coup d'épée dans le bas-ventre, l'était assez grièvement pour que sa vie parût en danger.

L'émotion fut considérable et, le soir, un rassemblement de soixante à quatre-vingts personnes se porta sur les bureaux de la Quotidienne, Après avoir mis des factionnaires aux portes extérieures de la maison, les chefs pénétrèrent dans le cabinet de la rédaction ; ils y trouvèrent, avec Alfred Nettement, M. de Brian, qui, d'aventure, n'était pas en prison ce jour-là ; ils leur remirent une liste de combattants, portant seize signatures. Les rédacteurs de la Quotidienne maintinrent leur droit de n'accepter que des affaires individuelles ; une vive discussion s'engagea, interrompue souvent par les vociférations de la portion la moins disciplinée de ces étranges visiteurs.

Le lendemain, un attroupement, plus nombreux encore que celui de la veille, se porta rue Neuve-des-Bons-Enfants et renouvela les scènes de la veille. Une espèce d'orateur

de club, à la taille élevée et à la voix éclatante, proclama que les carlistes avaient formé le dessein d'égorger les patriotes au bal des Variétés, affirma son dévouement à la liberté de la presse, après quoi il proposa d*accrocher au réverbère voisin les rédacteurs de la Qiwtidienne.

Le 4 février, pour la troisième fois en trois jours, la Quotidienne fut menacée, attaquée, envahie. Cette fois, les républicains se portèrent à des voies de fait. Un garçon de bureau, sans doute ce pauvre Jean-Vincent Bully, fut cruellement maltraité. C'était au milieu de ces agressions et de ce tumulte, avec l'émeute en permanence, qu'il fallait préparer les articles attendus, prendre les dispositions nécessaires pour la publication du journal; mais cela n'était point pour embarrasser Alfred Nettement, doué d'une facilité de plume prodigieuse et qui avait déjà pris l'habitude d'écrire ses premier-Paris ^ et quelquefois même deux ou trois articles de suite, non dans le silence du cabinet, mais au bruit des conversations, au milieu des allants et venants qui apportaient ou demandaient des nouvelles.

En annonçant à ses lecteurs la première descente des républicains dans les bureaux du journal, Alfred Nettement avait écrit : « Dans tous les cas, nous sommes bien sûrs de trouver dans nos amis, comme nous la trouvons dans nous-mêmes, une disposition ferme et franche à satisfaire à toutes les exigences d'une nécessité que les gens de cœur savent toujours subir, même en la déplorant. »

Ce n'étaient pas là paroles vaines. A la suite de l'article d'Alfred Nettement, dont j'ai reproduit plus haut les principaux passages, un cartel fut adressé à la Quotidienne ;

ALFRED MBTTBHBNT

it convenu que M. de Brian, assisté de deux de ses aborateurs, se readrait sur le terrala où se trouveraient lement trois républicains; que le sort désignerait de que côté un combattant et que l'arme choisie serait Se. La rencontre eut lieu le matin du 4 février. Un des iDts de la (fuotidtenne ne pouvant, en raison de son

de santé, se mesurer avec l'adversaire dans des condis d'égalité, une pièce de monnaie jetée ea l'air décida, •e les deux autres royalistes, M. de Brian et AJfred tement, lequel des deux mettrait l'épée à la main. Le désigna Alfred Nettement. Il maniait sans doute êe moins habilement que la plume, et fut blessé au s droit'. Sans être très grave, la blessure était assez euse pour que les témoins déclarassent l'afiaire terlée.

quelques jours de là, il reprenait son vrai poste de ibat, il revenait au journal et adressait la lettre suite à sa mère, qui se trouvait alors en Angleterre, et

était tombée malade en apprenant son duel et sa isure:

Je suis bien malheureux, ma chère maman , de penser que je I la cause involontaire de ta maladie, et qu'au moment où je I tout À fait guéri de ma blessure, tu es, toi, daaa ton lit, ffrant des suites da l'émotion qu'elle t'a causée. Combien la re de notre cher Philippe' m'a fait déplorer la triste iiéces-

a k p&rticiile, M. de BottreL

site qui, sans haine et sans colère, m'a forcé d'accepter une proposition qull était impossible de refuser! Combien je voudrais être auprès de toi pour être le garde-malade d'une maladie qui m'appartient, puisque c'est ta tendresse pour moi qui Ta causée! Pauvre maman, ta santé a un bien grand ennemi dans ion cœur. Mais maintenant que te voilà bien rassurée, bien tranquillisée, ne songe qu'à te guérir, qu'à te bien porter. Ta santé est notre bien, c'est à nous de la défendre, et par le malheur de ces tristes temps c'est nous qui la compromettons. Dieu merci, ces nécessités-là ne se rencontrent pas souvent dans la vie, et nous en voilà débarrassés. Cette affaire m'a valu d'une foule de personnes que je ne croyais pas connaître, des témoignages d'intérêt que. j'aurais voulu mieux mériter. Je te dis cela, ma chère maman, parce que je sais te faire plaisir. J'ai repris tout à fait mes occupations, et j'attends avec une vive impatience la nouvelle que tu en as fini avec ton mal, car dans notre duel c'est toi qui as été la plus grièvement blessée. »

Alfred Nettement était chaque matin sur la brèche. Il ne se passait guère de jour sans que la Qtwtîdienne apportât à ses lecteurs, en tête de ses feuilles, un ou deux articles de lui, non signés, mais où Tauteur se dénonçait lui-même par Tardeur des sentiments, la chaleur du style, la jeunesse et la vivacité de l'enthousiasme. Et comme si cette besogne quotidienne ne pouvait suffire à son activité, tous les lundis, sous le titre de Variétés, à la troisième page, il publiait un grand article, qui portait, celui-là, non sa signature entière, mais, suivant l'usage du temps pour les articles littéraires, l'initiale de son nom, la lettre N.

AU mois de mars 1834, il réunit ses Variétés en deux volumes, auxquels il donna pour titre: Histoire fantastique de la Révolution de Juillet^ en soixante-dix articles, ou Recueil de Variétés insérées dans la « Quotidienne^. »

Je ne donne point cette histoire de la Révolution de Juillet pour aussi impartiale que celle de M. Thureau- Dangin. C'est une histoire... fantastique, l'auteur luimême le confesse, une histoire où la satire et le pamphlet tiennent une large place, mais où revivent, avec leurs ardeurs et leurs passions, avec leurs violences et leurs injustices, avec leurs colères et leurs enthousiasmes, les deux années qui ont suivi les journées de Juillet, années étranges, mi-partie de république et de monarchie, d'ordre et de révolution, injuste milieu et de romantisme, qu'un autre écrivain de la Quotidienne^ à la même heure, appelait l'Epoque sans nom^. C'est une suite d'esquisses, dont les couleurs ont pâli, sans doute, mais dont le cadre, perpétuellement renouvelé, témoigne d'une singulière fertilité d'imagination. Elles ont leur place marquée à côté des plus jolies chroniques de Colnet, Tauteur des Lettres à num voisin.

Mais qui se souvient aujourd'hui de Colnet, lequel a pourtant écrit, d'un style excellent, des pages charmantes, modèles de goût, d'enjouement et de bonne plaisanterie? On a retenu quelques vers de son po^me, VArt de diner en ville ^ à l'usage des gens de lettres, mais on ne sait

1. 2 vol. in-8«, PariSp chez G.-A Dentu, imprimeur-libraire, rue d'Erfnrthp ii« 1 bis, et Palais-Royal, galerie vitrée n« 13. — 1834.

2. L'Epoque sans nom. Esquisses de Paris ^890-1833), par M. A. Bazin. 2 vol. in-S% 1833.

gaëre qu'il a été un des meilleurs journalistes de la première partie de ce siècle.

Après avoir travaillé successivement au Journal des arts et au Journal de Paris, Charles de Colnet du Ravel s'attacha, en 1816, à la Gazette de France, qu'il ne devait plQs quitter jusqu'à sa mort, arrivée le 29 mai 1832 ^ Pendant seize ans, il y fit paraître, tous les lun lis, une variété politique, littéraire et satirique, dont il changeait, chaque semaine, la forme et le cadre, créant ainsi un genre nouveau, qu'il eut vite fait de porter à sa perfection. Bien qu'appartenant à une des plus anciennes familles de Picardie, il n'avait pas cru déroger en se faisant libraire. C'était en 1797. Sa boutique était située rue du Bac, près du Pont-Royal. En 1813, il réunit son magasin de la rue du Bac à celui qu'il avait déjà quai Malaquais, et qui n'était séparé que par un mur mitoyen du ministère de la police générale. Son cabinet, que ses amis appelaient la caverne^ était, sous l'Empire, le rendez-vous des mécontents. Le conseiller d'Etat Real y venait quelquefois et leur disait : « On sait que vous clabaudez ; mais vous n'êtes pas dangereux, on vous connaît pour des principiers. »

Principier sous l'Empire, Colnet, sous la Restauration, prit rang parmi les ultras^ et, comme tel, fit campagne contre son voisin M. Decazes, ministre de la police. Il publia une série d'articles signés le Voisin de Son Excellence, dont le succès fut des plus vifs. Ceux qui ont pour titre le Ministre et son voisin, les Etrennes du voisin^

1. Colnet était profondément religieux. Il eut un jour une discussion assez Tive avec un homme dont il aimait l'esprit, et il termina l'entretien par ces mots : « C'en est assez, monsieur, nous ne pouvons plus noQs entendre; je crois en Dieu, moi. »

les Adieux des voisins^ sont de petits chefs-d'œuvre*. Ni son magaBin, d'ailleurs, ni ses articles ne l'enrichissaienl beaucoup, ce qui ne semble pas l'avoir affligé outre mesure. En ce temps-là, surtout dans la presse royaliste, on écrivait pour servir sa cause, non pour aider à sa fortune. Le sachant pauvre, un des ministres de la police qui se sont succédé rapidement en 1814 et en 1815, avant M. Decazes, lui envoya des émissaires qui s'introduisirent chez lui, sous prétexte d'acheter des livres, et ne négligèrent rien pour le gagner aux vues de Son Excellence. Il causa longuement avec eux et les remit au lendemain pour une réponse définitive. L'heure fixée pour le rendez-vous était justement celle de son dîner, qui consistait dans un potage, qu'il mangeait dans une écuelle de terre, et un morceau de bœuf. M. de L***, son ami intime, dont il avait exigé la présence, était témoin de l'entrevue. Les deux messagers du ministre le trouvèrent à table. « Eh bien, Monsieur Colnet, lui dirent-ils, avez- vous réfléchi à notre conversation d'hier ? — Non, messieurs, parce qu'il n'y a qu'un homme corrompu qui puisse réfléchir en pareille occasion ; mais je vous ai priés de revenir, pour vous donner devant un tiers la réponse que vous pouvez faire à votre maître. Dites-lui, de ma part, que vous m'avez vu diner, et que mes repas n'annoncent guère que je puisse me laisser tenter par son or ; ajoutez qu'après celui qui accepte des propositions semblables et celui qui les fait, l'homme le plus vil est celui qui se charge de les transmettre. » Temps

1. Les principaux articles de Charles Colnet ont été recuciUis sous les titres de VHermite du faubourg Saint-Oermain {2 vol. in-8». ISi"»! et de VHermite de Belleville (2 vol. in-8*, 1833}.

lointain et fabuleux, âge d*or, où les journalistes mangeaient leur soupe dans une écue^le de terre !

La Variété^ telle que Colnet l'écrivait à la Gazette de France et Nettement à la Quotidienne, était très différente de ce que sera, quelques années plus tard, dans la Presse, le Courrier de Paris de M"»« Emile de Girardin. Le Courrier de Paris parlera de tous les événements de la semaine, de la crise ministérielle, de la baisse de la Bourse, du bal Musard, de la chasse de Chantilly, de deux capotes de satin blanc aux Tuileries. La Variété n'a pas un champ si vaste. Elle s'interdit toute excursion en dehors de la politique. Comment donc fera-t-elle pour n'être pas une réédition du premier-Paris de la veille ? Elle dégagera de chaque incident l'élément comique qu'il renferme ; elle tirera parti de tout, même de l'almanach de Tan passé, elle rira même au nez de l'émeute, et ce jour-là elle fera jaillir des étincelles des pavés de la rue. Tandis que le premier-Paris se répète bravement pendant les trois cent soixante-cinq jours de Tannée, elle variera sans cesse son cadre, tour à tour conte, dialogue, proverbe ou comédie. Elle dépensera sans compter, elle jettera à pleines mains l'esprit, Tironie, l'épigramme, le bon mot et la bonne humeur. Le doge de Venise, lorsqu'il se mariait à la mer Adriatique, jetait à la mer son anneau tout constellé de pierreries ; mais cela ne lui arrivait qu'une fois par an. La Variété jetait le sien à la mer toutes les semaines. Le doge savait que son anneau tombait dans un filet placé à l'avant du Bucentaure. Hélas ! tous les deux, le vieillard et le jeune homme, Colnet et Alfred Nettement, savaient bien qu'il n'y avait pas de filet à l'avant de la Gazette de France et de la Quotidienne,

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