Echo de la Jeune France, t. i, p
humain, toute couleur de sang fait tache sur une bannière ; pourvu surtout, jeunes hommes du nouveau siècle, pourvu que la CROIX le domine,
« Oui, la CROIX, le seul signe qui soit demeuré vainqtceur, de la Rédemption jusqu'à nous ^. »
Cet appel fut entendu. Au mois de janvier 1834, après moins de dix mois d'existence, VEcho avait réuni 9,650 souscripteurs. On comptait soixante comités littéraires, formés sous ses auspices et composés de jeunes gens qui se faisaient honneur du titre de Jeunes-France. On fit frapper une médaille destinée aux abonnés de la Revue. Elle représente un génie debout sur un globe, appuyé à un faisceau et gravant sur une table d'airain ces mots : C'est à nous qu'appartient l'avenir! A l'exergue : Association de la Jeune France. Au revers, dans une couronne de chêne et de laurier, on lit : Christianisme^ Franchises nationales. Sur la tranche, le nom de la personne qui l'avait reçue, avec un numéro d'ordre.
A cette même date, d'autres jeunes gens se paraient aussi avec jorgueil de ce même nom de Jeunes-France . Ceux-là se piquaient de mépriser la tradition, ce qui ne les empêchait pas de poser pour VHomm^ moyen-âge. Il s étaient à la fois bousingots et romantiques. Ils s'appliquaient à paraître pâles, livides, verdâtres et ne se
1. L'Echo de la Jeune France, juillet 1833. — VEcho paraissait une fois par mois en un cahier grand in-S»/ avec une gravure hors texte ; il devint bi-mensuel en 1835. Il avait, au début, pour sous-titre : Jour nal des progrès par le Christianisme^ sous-titre ainsi modifié, au mois d'avril 1835 : Journal des réformes sociales par le Christia nisme. An mois de janvier 1836, VEcho prit de nouveaux développements et s'appela: VEcho de la Jeune France, Revue catholique de la littérature, des sciences et des arts.
sentaient pas d*aise dès qu*il leur arrivait d*être un peu cadavéreux. Leur costume était tout un poème : jaquette à longs revers de velours, ample cravate à nœud bouffant, pourpoint de velours noir taillé eu pointe emboîtant exactement la poitrine et se laçant par derrière*. En haine des Philistins, de l'épicier, du bourgeois, ce bourgeois fût-il leur père, quelques-uns quittaient leur nom pour en prendre un plus flamboyant et s'appelaient Petrus Borel ', Jehan du Seigneur ^ Philothée O'Neddy *, Augustus Mac-Keat*. Sans cesse à la veille d'enfanter un chef-d'œuvre, ils se bornaient le plus souvent à en colporter le titre, lequel avait toujours quelque chose de rare ; tel, par exemple, celui-ci dû à Jules Vabre : Essai sur f incommodité des commodes. Religieux d'ailleurs à leur manière, ils faisaient, chaque dimanche, leurs dévotions au n^ 6 de la place Royale, devant le busUi de Victor Hugo; ils avaient en vénération les Psaumes, depuis que le maître avait daigné s'en servir dans Liccrèce Borgia^ et, dans les grands jours, aux agapes fraternelles du Petit-Moulin-Rouge, selon le rite en honneur dans la chapelle romantique, ils buvaient du petit bleu dans le crâne d'un mort !
Bons diables au demeurant, et que Théophile Gautier, leur peintre et leur historien, a défini d'un mot : « les