‹ La presse royaliste de 1830 à 1852Chapitre 25 sur 151 · Théophile GauUer, Histoire du Romantisme, p. ;jâ · texte numérisé non relu

Théophile GauUer, Histoire du Romantisme, p. ;jâ

2. Petrus Borel le lycanthrope, de son vrai nom Pierre Borel d'Hauterive ; auteur de Rhapsodies^ de Champavert, contes immoraux, et de Madame Putiphar.

8. Jean Duseigneur, sculpteur, auteur d'un buste de Victor Hugo et d'un groupe d'Ësméralda donnant à boire à Quasimodo.

4. De son vrai nom Théophile Dondey, auteur de Feu et Flamme,

5. De son vrai nom Auguste Maqtiet, le futur collaborateaj* d'Alexandre Dumas.

précieuses ridicules du romantisme y>. Qu'il me soit permis cependant de préférer aux Jeunes-France de Théophile Gautier les Jeunes-France d'Alfred Nettement. Si Victor Hugo, — le Victor Hugo du Roi s'amuse, — était le Dieu des premiers, Chateaubriand, — le Chateaubriand du Génie du Christianisme y — était le guide et le maître des seconds. Pendant que les uns allaient en bande, à la Porte-Saint-Martin, applaudir Frederick Lemaltre dans Lucrèce Borgia et Lockroy dans Marie Tudor^ les autres se pressaient dans l'étroite chapelle du collège Stanislas pour entendre l'abbé Lacordaire. Parmi les adhésions envoyées à l'Echo de la Jeune France^ je remarque celle de Frédéric Ozanam, qui, à cette heure-là même, créait avec quelques amis la Société de Saint-Vincent-de-Paul.

De cette année 1833 date la renaissance religieuse dont le milieu de ce siècle a été le témoin. Ce sera Thonneur d'Alfred Nettement d'avoir contribué à ce mouvement, d'avoir aidé à ce réveil. Il écrivait au mois d'avril 1835, deux ans après la fondation de l'Echo de la Jeune France :

«... L'heure où le mouvement intellectuel de la jeunesse française devait se tourner vers les idées religieuses» avait 8onné, et il ne restait plus qu'un signal' à donner, qu'une initiative à prendre. Et pourquoi n'aurions-nous point le droit de le rappeler? Nous primes cette initiative» nous donnâmes ce signal. Si VEcho de la Jeune France a eu sa part d'utilité au milieu du meavement actuel des esprits, c'est par 1& qu'il a été utile. Ce fut lui, qui, rompant le silence^ apprit à cette jeunesse fatiguée de déceptions et d'utopies qu'elle était chrétienne, et la jeunesse écouta des voix amies qui murmuraient à ses oreilles la parole de l'avenir. Sans doute, cette tendance au christianisme a encore

quelque chose de vague et de confus, qui ne peut ni ne doit satisfaire les esprits austères; sans doute le christianisme n'entre encore dans la plupart de ces ftmes que comme une puissante poésie, mais enfin, il y entre, et avec une invincible autorité...

« Ne dites point que ce mouvement qui commence à emporter les esprits signale ses premiers pas par d'incroyables chutes. Qu'importe que les individualités tombent si le monde marche et surtout s'il arrive t Ne rappelez point les fatales erreurs de cet esprit superbe qui, en voulant rapprocher l'Évangile et le siècle, oublia que ce n'était point l'Évangile qui devait aller au siècle, mais le siècle qui devait aller à l'Évangile. Ne voyez-vous pas que tout sert la cause de la vérité, tout jusqu'à l'erreur ? M. de La Mennais et l'école qui marchait derrière lui ont imprimé une impulsion nouvelle au mouvement religieux quoique en l'égarant, et le résultat de ce grand égarement d'un homme qui voulait trouver la démagogie dans le christianisme a été de faire voir qu'on pouvait y trouver la liberté. . .

« Et voyez comme tout tend à favoriser cette cause de christianisme, de civilisation, d'ordre et de liberté 1 Voyez comme peu à peu l'esprit de parti tombe et s'efface ; voyez comme tout ce qu'il y a de cœurs généreux se rallie dans un commun dévouement pour tout ce qui est beau et utile; voyez comme en se retrouvant autour du christianisme, au grand rendez-vous des intelligences, on abaisse les barrières des systèmes, barrières fatales qu'on oubliera un jour de relever. Chaque fois, un préjugé y meurt, une erreur y reste, une préoccupation y succombe, un ressentiment s'y éteint. Sans vouloir encore se l'avouer, les esprits se rapprochent, et le christianisme, réparant le crime de la philosophie voltairienne, se prépare ainsi à nous rendre une patrie ; car la patrie, ce n'est point la terre qu'on foule, ni l'air qu'on respire ; la patrie, c'est la communauté des sentiments, des convictions, des idées ; la patrie, c'est une croix dans le ciel et un drapeau sur la terre, une foi religieuse et une foi politique, un Dieu, un pouvoir, une liberté* ! »

1. L'Echo de la Jeune France, 30 avril 1835. Article d* Alfred Nettement sur le Mouvement intellectuel.

Il ne se pouvait guère cependant que la politique fût tout à fait absente de VEcho de la Jeune France, et il lui arriva bien de s'y glisser, au moins une fois ou deux.

Alfred Nettement et ses jeunes amis avaient fait ce rêve de voir Chateaubriand appelé à diriger Téducation du duc de Bordeaux. Grande fut donc leur déception lorsqu'au mois de juin 1833, la nouvelle se répandit que M. Barrande, le précepteur du jeune prince, s'étant retiré à la suite d'un conflit de direction, Charles X avait confié l'éducation de son petit-fils à deux membres de la Compagnie de Jésus, les PP. Etienne Déplace et Julien Druilhet. Si excellents que fussent ces choix en eux-mêmes, l'acte, à coup sûr, était impolitique au premier chef. L'empereur d'Autriche, le vieux François I«% n'avait pu se défendre de dire : « Il n'y a pas de bourgeois allemand qui ne pût Étire élever ses enfants par les Jésuites, l'empereur d'Autriche le pourrait aussi sans inconvénient, mais le roi de France ne le peut pas*. » L'impopularité des Jésuites était injuste, odieuse et bête ; mais, à cette date de 1833, elle n'était que trop réelle. C'était un fait, un fait brutal, que les bons esprits et les honnêtes gens devaient déplorer, mais dont la raison politique aussi bien que la prudence commandaient de tenir compte. La Gazette de France, la Quotidienne^ la presse monarchique presque tout entière

1. Henri de France, Histoire des Bourbons de la branehe aînée pendant quarante ans d'exil, par Alfred Nettement, t. n, p. 31.

firent entendre de respectueuses mais fermes protestations. Celle d'Alfred Nettement fut la plus énergique de toutes. Prenant texte d'une brochure absolutiste publiée par M. Bellemare sous le .titre de Méditations de Charles JT, suivies du rappel de deux Jésuites, il fit paraître» dans VEcho de la Jeune France^ un article qui fut comme le manifeste de la jeunesse royaliste, k son contradicteur, déclarant qu'après tout la Providence n'avait besoin de personne et saurait bien, sans aucune aide, rétablir la royauté, il opposait ces sages réflexions :

« La Providence t c'est un beau mot que celui-là, Monneur ; mais encore ne faut-il point en abuser. La Providence agit par des mains humaines et le vieux proverbe des nations vous l'a dit : Aide-toi, Dieu f aidera. Quant à s'imaginer qu'un trône se relève de lui-même, qu'une victoire se gagne d'elle-même, sans qu'il soit besoin de rhabileté du chef ni de l'intrépidité des soldats, c'est encore une de ces belles idées que vous comptez sans doute intercaler dans votre cours d'histoire à l'usage du duc de Bordeaux. Cette idée-là vient en droite ligne du Bas- Empire et je vous dirai, quand vous voudrez, sa généalogie. EUle germa dans la tête de cet empereur qui occupait son armée!

bâtir un couvent, pendant que les Barbares inondaient se&\ Etats. Ce fut avec ce beau système que l'on réduisit l'empii d'Orient aux murs de Constantinople et puis à rien ; maiscaj fut tout autrement que le grand Constantin fonda son pouvoii après avoir vaincu le tyran Maxence. Ce que vous prenez poi une confiance chrétienne, Monsieur, n'est que le fatalisme musulman, et, à force de vouloir être catholique, vous voi faites turc. C'est calomnier la religion que de lui prêter &i pareilles inepties. Elle demande à chacun les vertus de so] état ; elle veut que le moine soit moine et que le roi soit roi<.

1. VEcho de la Jeune France^ août 1838. L'article est intitulé : Jeune France à la France caduque.

En terminant son article, le fidèle royaliste s'écriait, avec cette chaleur de cœur, qui était la vie et l'âme de son talent :

« Ah ! plût au ciel que nous nous trouvassions en présence de l'aïeul du duc de Bordeaux. « Roi, lui dirions-nous, nous vénérons en vous la triple majesté delà royauté, de la vieillesse et du malheur; l'infortune qui veille à votre porte vous rend encore plus sacré pour nous que l'imposant appareil qui vous entourait dans votre palais des Tuileries. Dieu nous garde de tonte parole qui pourrait s'écarter du respect et ajouter une blessore aux blessures si nombreuses et si profondes qui ont déchiré votre cœur. Dieu nous garde d'oublier qui vous êtes et qui nous sommes ; mais vous entendrez comme un père nos prières et nos vœux. Ce prince, dont vous êtes l'aïeul, ce prince votre espoir, c'est aussi le nôtre. Comment serions-nous indifférents à cette éducation qui prépare non point une destinée privée mais publique ? Comment ne gémirions- nous point quand un nouvel obstacle vient s'interposer entre lui et nous, et quand cet obstacle existe, vers qui lèverions-nous les mains 8i ce n'est vers vous? Eh bien! c'est ce que nous faisons aujourd'hui. Lorsque votre sagesse donne la religion pour base à l'éducation du descendant des rois très chrétiens, qui ne vous remercierait de préparer ainsi le bonheur de la France ? Mais les Jésuites ne sont point le christianisme, et le clergé français renferme dans son sein une foule de vénérables et de savants pontifes. Sll y a des têtes sur lesquelles pèse une impopularité fatale que l'imprudence de leur apologiste semble prendre & t&che de justifier, vous nous pardonnerez de chercher à écarter de votre petit* fils ce qui appelle le danger et provoque la foudre. Là où la justice n'ordonne point, ne serait-il pas permis de s'occuper de ce que la politique défend ? La grandeur de rmtérêt excusera à vos yeux l'énergie de nos instances. Vous rendrez justice à la sincérité de nos respects, car nous ne sommes point venus ici pour forcer votre choix et vous imposer an homme, mais pour vous faire entendre de prévoyantes

alarmes et de respctueuses sollicitations, telles que vos aïeux d*illustre mémoire en écoutaient sur le trône. »

Ces paroles du jeune écrivain furent écoutées. Le 3 novembre 1833, le P. Déplace et le P. Druilhet s'éloignaient ,de Prague, où ils n'étaient restés que quatre mois et demi. M«' Frayssinous, membre de l'Académie française, ancien ministre de Tlnstruction publique, était désigné pour les remplacer. Il dirigea les études du duc de Bordeaux de 1833 à 1838. Quelque temps après avoir pris possession de son poste, il écrivait à Madame la duchesse de Berry : « Espérons que ce jeune prince tiendra ce qu'il promet ; il y a, dans son âme et dans son esprit, de quoi faire un honnête homme, un chrétien sincère et un grand prince. »

Avant de quitter YEcho de la Jeune France, je signalerai deux autres articles, ceux-là purement littéraires.

Après Bossuet, auquel il avait voué un véritable culte, Chateaubriand était pour Alfred Nettement le maître, le chef, duca e maestro. Il ne négligeait donc aucune occasion de louer ses écrits. Au mois d'avril 1831, dans un article de la Qiu)tidienn€, non signé comme tous les articles d'alors, il avait été prompt à signaler la brochure que le grand écrivain venait de publier sous cie titre : De la Restauration et de la Monarchie élective. Chateaubriand l'en remercia en ces termes :

« Paris, ce 14 avril 1831.

« Je crois vous devoir, Monsieur, Tarticle obligeant que je viens de lire dans la Quotidienne, Je vous en remercie pour moi et je vous en félicite pour vous, non à cause des éloges que vous voulez bien me donner et que je ne mérite guère.

mais parce qu'il est bien conçu, bien pensé et écrit avec un rare talent. — Recevez de nouveau, Monsieur, je vous prie, mes remerciements sincères et mes compliments les plus empressés.

a Chateaubriand. »

En 1834, aux mois de février et cle mars, eurent lieu à TAbbaye-au-Bois, dans le salon de M™« Récamier, les lectures des Mémoires d' Outre- Tornbe. Alfred Nettement n'y assista pas, mais il obtint de s'asseoir à la table môme de l'auteur, dans son cabinet de travail, et de prendre connaissance du précieux manuscrit. Il lui fut donné de le feuilleter tout à son aise. La fête dura deux jours, d'autant plus complète que, lorsqu'il relevait les yeux, il apercevait Chateaubriand, assis en face de lui, le front incliné dans ses pensées, ou se promenant à pas lents dans son jardin, sous les arbres qu'il avait plantés. Rentré chez lui, il écrivit, pour VEcho de la Jeune France, deux articles*, qui furent aussitôt reproduits par la Quolidienne, et qui furent recueillis, à quelque temps de là, dans le volume publié sous ce titre : Lecture des Mémoires de M. de Chateaubriand^ ou Recueil des articles publiés sur ces Mémoires^ avec des fragments originaux^.

Après celui de Sainte-Beuve dans la Revue des Deux Mondes ', ces deux articles, faits de verve, sont les plus remarquables qui aient paru alors sur les Mémoires d'outre-tambe. On y rencontre à chaque page des traits heureux, des lignes éloquentes, celles-ci, par exemple,

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