‹ La presse royaliste de 1830 à 1852Chapitre 40 sur 151 · La Mode avait ses bureaux rue du Helder, n · texte numérisé non relu

La Mode avait ses bureaux rue du Helder, n

â. Dufottgeraû (Alfred-Xavier), né le 24 octobre 1804, mort au Mans (Sarthe), le 24 août 1874. Son grand-père, Daniel-François, avait été fosiUé à Angers, comme royaliste, pendant la Terreur; son père, Benjamin-François, directeur de la Caisse d'amortissement et des dépôts et consignations, avait été, de 1811 à 1814, député de la Vendée au Corps législatif, et membre de la Chambre des Députés de 1815 à 1818. ~ Alfred Dufoogcrais était avocat à Paris, lorsqu'il devint, en 1828, l'an des propriétaires et Tun des rédacteurs de la Quotidienne; mais il marqua surtout sa place au barreau. Dans le procès de Chateaubriand (27 février 183B), il défendit avec succès le gérant de la Mode. A peu

lu

ugea le moment favorable pour transformer la Mode en evue politique, puisiiue aussi biea la politique était develue une mode. Il s'en rendit acquéreur, au mois d'avril 831, lui laissa son article et ses gravures de modes, pour usti&er son titre et pour ne pas perdre le béoéâce de cette pécialité, mais il ût de la petite Revue une arme de guerre outre la monarchie de Juillet.

Avocat distingué, très capable de défendre avec éclat on journal à la barre de la Cour d'Assises, comme il eut e fréquentes occasions de le faire, le jeune directeur .'était pas écrivain. Sa plume n'avait pas les allures vives t faciles de sa parole.

Toujours le style te démange,

dit du Bellay, traduisant ï Adieu aux yfuses de Buclialan. C'est souvent un malheur pour un directeur de jourlal ou de revue d'avoir cette démangeaison. Qu'il sache rouver des idées, indiquer des sujets, et qu'il laisse à ses édacteurs le soin de les traiter, les choses n'en iront que Dieux. Ainsi faisait Alfred Dufougerais. Il avait, à un legré rare, l'instinct du journaliste, et, sous sa direction. a Mode eut vite fait de prendre le premier rang à l'a vantarde de la presse royaliste.

I« tempe de là, il pUidait pour las VendéeDs deianl la Cour d'Assises le Niort, n devint bientôl l'avocal en titre des journaux ro^alisles en troTinee comme 6. Paris, A Laval, il SI acquitter trois fois flndépenlant de l'Ouett. ee qui lui valut d'obteair dans la Mayenne, aui éleciona de 1B18, plus de 30.000 voit. Il n'avait pas âlë nommé cependant. Kja élections de la Iiégislalive, l'année suivante, il fui envoyé A U ijhunbre par le département de la Vendée, H vota, conslammenl •ivi-c la droite et rentra dans la vie privée au 3 décembre 1S51.

Au mois de septembre 1834, l'altératiom de sa santé Tobligea à céder la propriété de son journal à un ancien receveur particulier des Finances, M. Gouze, qui confia la rédaction en chef à M. Mennechet*, poète et prosateur d'un vrai talent, couronné plusieurs fois par FAcadémie Française et qui avait été secrétaire de la Chambre du roi, sous la Restauration. Au lendemain de la révolution de 1830, Mennechet, marié et père de famille, s'était trouvé sans position et sans fortune. Que faire? Accepter une place du gouvernement nouveau, qui lui en offrit une par deux fois? L'ancien lecteur des rois Louis XVIII et Charles X n'hésita pas à refuser. « Je vous croyais un homme d'esprit, » lui dit à cette occasion le prince de Talleyrand, qu'il avait vu quelquefois dans le salon de la duchesse de Duras et aux Tuileries. « Vous saurez que je suis un homme de cœur, » répondit le poète au diplomate*.

La direction d'Edouard Mennechet dura un an, de sep-

1. Edouard Mennechet (1794-1845), secrétaire du duc de Duras en 1815. chef de bureau de la Chambre du roi en 1817, lecteur de Louis XVm en 1830. L'Académie Française lui décerna deux fois le prix de poésie, en 1820 et en 1822. Le 7 mai 1825, il fit représenter, au Théâtre- Franrais, une comédie en cinq actes et eu vers, rHéritage. Ses Contes en terSy publiés en 1827, se lisent encore aujourd'hui avec agrément. De 1834 à 1841, il dirigea emportante publication du Plutarque français, fut couronné en 1840 par FAcadémie pour une Histoire de France en quatre volumes, ouvrage excellent, non moins remarquable par rélégance du stylé que par l'élévation des jugements. Ses Matinées littéraires, leçons professées dans ses salons de la rue Duphot, avant ' d'être publiées en volumes, ont eu un succès de vogue. Pas un de ses auditeurs qui ne se pli\t à redire, en accommodant à son usage le vers de Malherbe :

Tout le plaisir des jours est en ces Matinées.

tembre 1834 à septembre 1835. En annonçant sa retraite à ses lecteurs, il fit suivre cette nouvelle de ces quelques lignes :

« Depuis un an que la direction de la Mode m'a été confiëe, r« journal, saisi quatre fois par les hommes du pouvoir, a quatre fois triomphé de leurs acousations devant la magistrature indépendante. Cette rigueur et cette justice prouvent que nous n'avons manqué ni de coiurage ni de prudence, et j'ai la consolation de penser que ma direction n'a pas été sans quelque gloire, puisqu'elle n'a pas été sans quelque péril. J'avais succédé à un homme d'esprit et de cœur : un homme d'esprit et de cœur me succède. Je serais heureux de n'avoir pas trop fait regretter l'un et que l'autre ne me fit pas trop regretter. Placé entre M. Dufougerais et M. Edouard Walsh, c'est tout ce que je puis espérer * . «

M. Edouard Walsh prenait la direction de la Mode au lendemain des lois de septembre. Les rigueurs dont elles menaçaient les journaux n'étaient point, paratt-il, pour effrayer la revue de la rue du Helder, car elle continua d'être, comme par le passé, plus encore que par le passé, agressive, ardente, audacieuse, aussi vive, aussi passionnée dans l'expression de ses répugnances que dans l'expression de ses sympathies. Deux mois à peine après son entrée en fonctions, M. Edouard Walsh recevait de Madame la Duchesse de Berry la lettre suivante :

« Gratz, le 3 décembre 1835.

«« Les pages spirituelles et légères de la Mode pouvaient hiea occuper un de mes loisirs aux temps heureux où le pavillon Marsan avait aussi pour moi ses fôtes et ses joies.

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