‹ La presse royaliste de 1830 à 1852Chapitre 43 sur 151 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Histoire du « Journal des Débats » — Le feuilleton dramatique

Descente de pouce a Adteuil. Bkrryer et M. de Genoude. Complainte SUR LA Grande conspiration royaliste. — J^ Couronnement de Joas. Comment on paie une amende de 16,929 francs. — Histoire politique, anecdotique et littéraire du Journal des Débats.

— Le feuilleton dramatique de la Gazette de France. Jules Janin et Titf:opHiLE Gautier. — Débuts de M"« Rachel. Ract^e et M. Granier de Gassaonac. — M"* Mars et M"* Dozb. M"« Dortal.

— Frédéric Soulïé.

Lorsque Alfred Nettement écrivait à sa mère la lettre i qu'on vient de lire et lui confiait ainsi ses projets d'avenir, j caressant ce rêve de « deux appartements séparés dans 1& I même maison, pour réunira cette communauté de vie ai douce cette indépendance personnelle qui est aussi m\ besoin », il était menacé d'avoir bientôt un « appartement 1 séparé », non plus à sa maison d'Auteuil \ non pas mème^ à Sainte-Pélagie, comme journaliste, mais à Belle-Ile on

1. Alfred Neltcment demeurait, à cette époque, rue de I^ Fontaine k Auteuil.

au Mont-Saint-Michel, comme prisonnier d'Etat. Il était prévenu, en effet, d'avoir organisé, de concert avec MM. Benyer, Edouard Walsh et de Genoude, un complot tendant à renverser le gouvernement.

Le 2 juillet 1837, M. Edouard Walsh, directeur de la ModCy se rendant de Paris en Allemagne auprès des princes de la branche aînée., avait été arrêté à Strasbourg, au moment où il arrivait à l'hôtel. On avait fouillé ses malles, on avait saisi ses papiers et envoyé à M. de Montalivet, ministre de l'Intérieur, toutes les lettres cachetées que renfermait son portefeuille. Ces lettres avaient mis sans doute sur la trace de secrets importants, de révélations graves, car des visites domiciliaires furent faites chez M. Berryer, à Paris et à Augerville, chez M. de Genoude, à Paris et à son ch&teau du Plessis-les-Tournelles, près Provins, chez Alfred Nettement, à Auteuil. Ce dernier était alors à Londres, où il était allé passer auprès de son père et de sa mère quelques jours dérobés à la politique. Tl écrivit aussitôt au journal la Mode une lettre, dont voici quelques extraits :

« J'aime si peu à entretenir le public de ce qui me

conr^nie, que j'ai hésité à vous parler de cette visite domiciliaire. Aussi bien, qu'a-t-elle eu de particulier ? Elle a ressemblé i toutes les mesures de ce genre : des papiers de famille fouillés et souillés par les mains de la police, les secrets de la vie intime violés et profanés, toute cette existence intérieure que Dieu seul a le droit de sonder du regard, violemment tirée de

8on sanctuaire et dëpomllée de ses chastes draperies Si

les bévues des gens du pouvoir n'étaient point passées en proverbe, je pourrais vous raconter comment une correspondance d'une vénérable personne, M"« du Petit-Thouars, qui a bien voulu me prier de retracer la vie de son frère, si glorieu-

Bernent mort, il y a pins de trente ans, dans un combat naval livré aux flottes de l'Angleterre, comment cette correspondance a été prise pour une correspondance de son Altesse Royale Madame la duchesse de Berry. Ce n'est qu'après un long et minutieux examen qu'on a consenti à ne point emporter le carton qui contenait les documents nécessaires au travail que j'ai promis de faire. . . »

Après voir rappelé que ni les opinions de M. Berryer, de M. de Genoude et de M. Walsh n'étaient mystérieuses, ni leurs sympathies équivoques ; que» pour les connaître, pas n'était besoin de violer leur domicile et de crocheter leurs tiroirs» il ajoutait :

a n est toujours difficile de parler de soi-même ; pourtant je dirai que si la quatrième personne qui a été en butte aux dernières visites domiciliaires peut échapper par quelque endroit à l'obscurité dont elle a le goût, c'est par ses croyances et ses affections politiques. Peut-être avait-elle le droit de croire que le pouvoir n'avait rien à apprendre à ce sujet. Dans le temps où M. de Brian prit la direction de la Quotidienne ^ avec un si honorable courage, et lui imprima une impulsion si ferme, cette personne eut part à ses travaux. Un peu plus tard, quand le pouvoir réussit à lancer, l'une contre l'autre, les deux oppositions ,| de droite et de gauche, cette personne fut assez heureuse pour marquer avec quelques gouttes de son sang la sincérité de ses convictions. Enfin, les Mémoires récemment publiés sous le titre de Mémoires de la duchesse de Berry ne laissaient aucun doute sur les sentiments d'admiration qu'éprouvait pour cette courageuse princesse celui qui écrit ces lignes.

« Dès lors, A quoi bon les visites domiciliaires? Hommes de tribune ou do i>i('ss(î, nous n'agissons qu'en plein jour; notre arme, c'est la parole que tout le monde entend, le journal que tout le monde lit. Etranges conspirateurs 1 Loin de cacher notre pensée, nous la jetons aux échos des séances publiques, ou nous la livrons aux mille canaux de la presse, qui la porte dans j

£t il terminait par ces lignes :

« Je comptais faire un plus longf séjour dans ce pays, où j'anraiE été à même de trouver bien des lumières et bien des détailâ précieux. Mais quand on attaque l'armée, il faut que tous les soldats soient à leur poste *.

L'instruction dura plusieurs mois et se termina, le 28 octobre 1837, par une ordonnance de non-lieu '.La Mode n*avait pas attendu ce dénouement pour mettre en chanson to Qrrrrrande conspiration carliste. Son numéro du 1^ octobre contenait une complainte en 43 couplets qui était naturellement sur l'air de Fualdès. Les couplets suivants disaient assez gaiement son fait à la police :

1. Cette lettre est datée de Londres, VS> juiUet 1837. — La Mode, 1837, t. n, p. 124.

2. Cette ordonnance fut rendue par MM. d'Herbelot, juge, présidant la Chambre des Vacations, Boulloche et Fournerat, juges. — Voir, daos la Gazette des Tribunaux du 29 décembre 1837. V Instruction luivie contre MM. Berryer, de Genoude, Nettement, Walsh, etc., ineulpés de complot. — Rapport du Juge d'instruction. — Ordonnance de non-lieu. — Voir aussi Berryer et la Monarchie de Juillet, par Charles de Lacombe, p. 217 et suivantes. M. de Lacombe. dans son très intéressant récit, a commis une petite erreur en faisant figarer ici, comme directeur de la Mode et comme impliqué dans le soi-disant complot, le vicomtd Joseph Walsh, l'auteur des Lettres nndéennes. C'est son fils, M. Edouard Walsh. qui était, en 1837, ^recteur de la Mode et qui fut arrêté à Strasbourg, le 2 juillet.

tons les coins de la France. En vérité, ceux qui viennent fouiller j

nos meubles, visiter nos papiers, scruter notre vie intime, pour . j

découvrir notre opinion, nos projets, nos croyances, ceux-là ressemblent à des gens qui allumeraient une bougie pour mieux voir le soleil. »

170 ALFRED NBTTBBŒNT

Donc, par son ordre suprême, La police brusquement Envahit Tappartement D'un royaliste quand même, Qui, dans Londre, en ce moment, Ck>nspirait tranquillement.

n est vrai que, trop tenace.

Cet écrivain plein d'orgueil.

En son repaire d'Auteuil, Naguère avait eu Taudace De dire assez nettement Son fait au Gouvernement.

Puis, sur une autre ordonnance.

On rendit le même honneur A ce coupable orateur, Qui, par sa lÀche éloquence, Coupe si bien le sifflet A Monsieur Montalivet.

Bref, pour compléter la choso, On traita pareillement Un publiciste éminent Dont l'insidieuse prose S'y prend de telle façon, Qu'il a tort d'avoir raison «.

Dextrum Scylla latus, Isevum implacata Charybdis Obsidet.

A peine déchargé de raccusation de complota Alfred' Nettement se voyait menacé d'une autre poursuite, comme auteur d'un attentat contre la sûreté de l'État,

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