Victor Hugo, les Voix intérieures
debout. Du Panthéon à l'Arc-de-Triomphe, de Notre-Dame aux Tuileries, de la Madeleine à la Bourse, tout est rameur, mouvement, joie. Nous sommes à mille lieues de Palmyre et de ses ruines ! Mais si toutes les formes extérieures subsistent, si les murailles sont restées fermes et hautes, que de ruines intellectuelles et morales ! La religion violemment attaquée, la puissance paternelle anéantie, les liens de la famille relâchés, l'éducation de l'enfant tournée tout entière vers la recherche de l'utile, le culte de la richesse et du bien-être substitué au culte de Thonneur et du devoir, le sentiment du respect détruit, les révolutions succédant aux révolutions, la rébellion dans les esprits et dans les cœurs, quand l'émeute n'est pas dans lame; plus d'unité de foi, plus de communauté de principes ; des drapeaux opposés, des divisions profondes, des inimitiés ardentes, et, au sein de la mère-patrie, en face Tune de l'autre, la menace à la bouche, la haine au cœur, deux nations peut-être irréconciliables !
S'inspirant des ruines qu'il a sous les yeux, Alfred Nettement refait le livre de Volney, un livre entre la philosophie de l'histoire et la poésie. Seulement, tandis que Volney essaie en vain de se guinder jusqu'à l'imagination qu'il n'avait pas, et ne réussit, suivant le mot de Sainte-Beuve, « qu'à produire, dans le genre sec, un livre fastueux, quelque chose comme du Raynal plus jeune, en turban et au clair de lune* », Alfred Nettement se montre vraiment poète. Si Volney péchait par un excès de sécheresse, il pèche, lui, par l'excès de l'imagination ; il ne se tient pas assez en garde contre la déclamation et contre
l. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. vu, p. 'Mi.
l'emphase, mais il rachète ces défauts par la jeunesse, la sincérité, la chaleur du sentiment. Dans ses derniers chapitres, Yolney avait imaginé une assemblée générale des peuples où s'agite et se plaide contradictoirement la cause des différentes croyances religieuses. Alfred Nettement institue à son tour de solennelles assises, où se plaide aussi un grand et redoutable procès, celui de no3 révolutions religieuses et politiques. Les accusés s'appellent Luther et Calvin, Voltaire et Diderot, Mirabeau et Robespierre. Le juge, celui qui prononce l'arrêt et qui en dicte les considérants, s'appelle Bossuet.
La tentative ne laissait pas d'être hardie, trop hardie à coup sûr. Faire parler Mirabeau et Bossuet, la jeunesse seule a de ces audaces. On ne gagne pas de telles parties; mais il faut bien de l'esprit et du talent, même pour les perdre.
Ni les critiques, ni les éloges ne manquèrent à l'ouvrage d'Alfred Nettement. De précieuses adhésions vinrent à l'auteur du côte même où il s'attendait le moins à les rencontrer. Saint-Marc Girardin, qui était alors un des principaux rédacteurs du Journal des Débats, lui écrivait, après la lecture de son livre :
« Monsieur,
« Nous sommes dans des camps opposés et je ne connais de vous que votre réputation et votre lalent. Cependant nous avons, je crois, quelques rapports de pensée. C'est une illusion d'amoui^ propre peut-être que je me fais, mais je crois comme vous qa» nous vivons dans un temps où il y a beaucoup de ruines mo» raies, et que le devoir de tout honnête homme qui tient un» plume est de chercher à relever (|uelques-unes de ces ruines»
Vous avez peut-être plus de regrets que moi, mais j'ai une aussi grande tristesse que vous en regardant notre temps, et tout ce qui lui manque et tout ce qu'il a perdu.
«M.Mennechet s'est chargé de vous remettre et de vous recommander un livre de ma façon où vous retrouverez l'empreinte de quelques-unes de ces idées. Faites-en, Monsieur, ce que vous jugerez bon . Ce que je désire surtout, c'est que vous ayez le temps d'en lire quelques pages. Je renonce fort volontiers à vous avoir pour juge, et peut-être j'y gagne; mais je renoncerais avec peine à l'idée de vous avoir pour lecteur pendant quelques instants.
c Agréez l'assurance de ma parfaite considération.
« St-Marc Girardin. »
Chateaubriand avait publié, en 1820, les Mémoires sur le due de Berry. C'est peut-être le plus parfait de ses ouvTages, exempt des défauts qui se mêlaient dans ses premières œuvres à de si éclatantes beautés, exempt aussi de ceux qui marqueront sa dernière maniène. Les Mémoires de S. A, R. MADAME^ duchesse de Berry ^ sont le complément naturel du livre de Chateaubriand. En les écrivant, en s'attachant à suivre les traces du maître, Alfred Nettement, si loin qu'il soit resté de son modèle, n'en a pas moins fait une œuvre d'une réelle valeur historique.
Née à Napies, le 5 novembre 1798, de François Xavier- Joseph, prince de Napies, petit-fils de Philippe V, roi d'Es- 1 pagne, et de Marie-Clémentine, archiduchesse d'Autriche, j Marie-Caroline-Ferdinande-Louise de Bourbon, celle qui
156 ALFRED NBTTEMENT I
sera plua taril la duchesse de Berry, dftsœndait directement . (1(! Louis XIV et de Henri IV. Moins de deux mois après sa naissance, le 24 décembre 1798, elle commençait sa carrii-re d'exil et de pénibles aventures. Les Bourhona de Naples étaient obligés de se réfugier à Palerme. Ils reo- ' traient à Naples en 1800. mais pour reprendre, en 1806. le rhemin de l'exil. L'absence, cette fois, devait durer dixans.
L'enfance contient souvent toute la vie. A seize ans, Marie-Caroline avait déjà traversé quatre fois la mec, fuyant avec sa famille et revenant avec elle; elleavaitvu son père perdre deux fois et deux fois reconguérir sa couronne ; comment de tels événements n'auraient-ils pas laissé dans son âme une trace profonde ? Ils ne sont pas seulement la préface de la tentative de 1833, ils en sont aussi l'explication.
La vie de la duchesse de Berry, mêlée à l'histoire de la Révolution et de l'Empire, par ses premières vicissitudes et ses premiers exils, se lie étroitement, dans sa seconde partie, à l'histoire de la Restauration, comme, après la chute du gouvernement royal, elle se rattache à l'histoire de la Monarchie de Juillet, par la prise d'armes de 1833.
Peu d'existences présentent un intérêt plus dramatique, des épisodes plus variés et de plus saisissants contrastes. Le roman y coudoie la tragédie. Le 29 septembre, succédant au 13 février, la naissance du duc de Bordeaui trompant le couteau de Louvel, font songer à Racine et i Athalie :
Si du saug de nos rois quelque goutte échappée!...
Les courses de Petit-Pierre à travers le Bocage, cette existence errante qui se promène d'asile en asile et de
danger en danger, cette cachette de la maison du Guin}% autour de laquelle veille la fidélité vendéenne et que trahira seul un juif étranger, ces périlleuses et folles aventures font songer à Walter-Scott et à Waverley.
Alfred Nettement avait trouvé là un sujet selon son cœur. Sa passion royaliste et sa fidélité jacoMte pouvaient s*y déployer à leur aise. Il a mis dans ces trois volumes le meilleur de son talent. La valeur historique de l'ouvrage n'était pas moins grande, d'ailleurs, que sa valeur littéraire. Seul le titre était inexact, ces Mémoires étant l'œuvre personnelle et exclusive d'Alfred Nettement, qui avait puisé aux meilleures sources les éléments de son travail, mais qui n'avait cependant reçu aucune communication directe, aucune note de la duchesse de Berry. Voici la lettre que la princesse lui écrivit, après la lecture de son livre :
..Gratz, 22 juin 1837.
« L'épreuve la plus difficile à subir pour votre livre, devait être de passer sous mes yeux, ligne par ligne ; il a très bien soutenu cet examen intéressé.
« Vous avez. Monsieur, écrit en général avec autant d'exactitude et de vérité que peut le faire un témoin des événements placé à Textérieur et livré à ses propres observations. S'il a manqué des matériaux à votre ouvrage, ce sont ceux que, moi seule, j'aurais pu vous fournir. J'ai particulièrement remarqué la manière dont vous avez exposé la situation des partis et la nature des événements qui rendaient nécessaire l'expédition de 1832 et qui faisaient un devoir de cette tentative. Sous le point de vae politique, on ne saurait considérer les choses de plus haut.
« Vous avez aussi analysé avec beaucoup de justesse ce qui ' se passait en moi, à cette époque.
« Je confirme donc, en toute connaissance de cause, les remerciements que je vous avais adressés d'avance. Ce que je pouvais attendre de vos talents et de vos bonnes intentions, je le reconnais aujourd'hui dans les faits.
« M. de Barrande, qui vous remettra cette lettre, vons expliquera les raisons qui m'ont fait désirer un changement dans le titre de l'ouvrage *.
M Croyez, Monsieur, à toute mon estime et affection.
«« Marie-Caroline. »
c( Les partis malheureux trouvent peu d'historiens. C'est chose si belle à raconter qu'un triomphe, chose si triste à retracer ({u'une défaite I Aussi, les plumes prévoyantes se tournentelles du côté des épées victorieuses, et le parti le moins fort, accablé par la fortune, est déserté par ceux qui pourraient le relever dans l'avenir. Ses défenseurs eux-mêmes se lassent, et leur persévérance finit par plier sous la ténacité du malheur. . Si, par un reste de pudeur, ils ne se renferment pas encore dans le silence, leur parole devient moins haute et moins hardie, leur attitude moins confiante, leur opposition moins fière. Ce n'est plus une mission qu'ils remplissent avec tout le zèle de l'espérance, c'est im devoir auquel ils se soumettent avec une résignation découragée... Nous ne demandons aucun éloge pour | la différence qui existe entre les dispositions communes et les ; nôtres. La nature nous a fait un cœur qui s'est toujours laissé. | charmer aux saintes séductions de l'infortune et aux grandeurs] de l'adversité, et nous trouvons, au fond de notre kme, je nesaitj
quel éloignement pour les insolences de la victoire, qui noufj
1. Voici ce titre, que la duchesse désirait, avec raison, voir modifie^ un peu: Mémoires historiqtus de S. A. R. MADAME, durhessedi{ Berri, depuu sa naissance jusqu'à ce jour, publiés par ALFREÏÏ NETTEMENT,
rend éminemment propre à prendre le rôle d'historien d'un parti
vaincu *. »
Alfred Nettement avait le droit de se rendre ce témoignage. Il n'était pas de ceux dont la conduite jure avec le langage. L'àme et le talent, le caractère et les écrits, tout en lui était d'accord, et on lui pourrait appliquer cette parole du comte Mole: « C'est une source abondante d'inspirations que l'honnêteté du cœur, que le désintéressement de la vie'. »
De ce désintéressement, l'époque de sa vie à laquelle nous sommes ariivés nous fournirait aisément plus d'une preuve. J'en citerai seulement deux exemples.
En ce temps-là (les choses ont-elles beaucoup changé depuis?) la presse roj'aliste n'était pas riche et payait maigrement ses rédacteurs. Alfred Nettement et son frère Francis trouvaient cependant moyen d'envoyer chaque mois à leur père, qui avait vu diminuer ses appointements de vice-consul, une somme de trois cent cinquante francs. Ses parents s'étaient longtemps refusés à la recevoir ; leur résistance avait dû fléchir devant la lettre suivante qu'Alfred Nettement adressait à sa mère :
«• 11 décembre 1833.
« Les privations ne vous ont rien coûté pour que nous
fussions à même d'avoir un avenir ; vous avez continué tout cela pendant quinze ans; et aujourd'hui vous ne consentiriez
1. Mémoires historiques de S. A. R. MADAME, duchesse de Berryy t. m, p. 7.
2. Réponse au discours prononcé par M. Vilet, pour sa réception à V Académie Française, le 26 mars 1846.
pas qu*enûii ce champ cultivé par vos mains vous rendit une simple dlme, que ce capital qui vous appartient vous produisit un pauvre petit intérêt 1 Cela est mal, ma chère maman, parce que cela n'est pas logique. Tout ce que nous sommes nous le sommes par vous, tout ce que nous pouvons faire, c*e$t gr&ce A vous. Nous sommes les Gis non de nos œuvres, mais des vôtres, les fils de vos sacrifices, de vos privations, de votre bonté si tendre, si infatigable, si pleine de sollicitude et de dévouement. . .
« Maintenant, il est convenu que* tous les mois, à partir du mois de janvier prochain, nous te ferons passer les quatorze livres sterling nécessaires pour combler le déficit ouvert par la dernière ordonnance et pour représenter cette somme annuelle de quatre mille francs à laquelle tu bornes tes bien modestes calculs. Veux-tu que nous nous servions de renti'emi«e de M. Durand? As-tu une autre voie à nous indiquer? Voilà maintenant les deux seules questions que nous ayons à te faire, et puis cette grande petite affaire sera finie.
u Adieu, ma bonne maman, embrasse bien notre cher viceconsul. L'autre jour, notre oncle Jourdan m'a conté un trait de lui que j'ai été fier d'écouter, a Ton père, me disait-il, a été chargé de porter à Londres la nouvelle de la paix d'Amiens : s'il avait voulu en livrer le secret à un banquier, on lui aurait donné autant de millions qu'il en aurait voulus. » N'est-ce pas qu'il y a quelque chose de plus beau que d'avoir des millioDS, c'est de n'avoir pas voulu les gagner ainsi. »
Alfred Nettement se maria le 9 décembre 1837. Il épousa M^*^ Clotilde Babault, dont Timage et le souvenii* lui étaient restés chers depuis ses premières années de jeunesse, depuis ces heureuses journées de Châteauneufen-Thimerais, où il faisait pleuvoir sur le métier à broder de la jeune fille ses fleurs préférées : munibits date lilia plenis, La lettre suivante à sa mère, va nous dire les sentiments qui l'animaient, à Theure où il contractait cette union :
« Samedi 26 août (1837).
«• Ta m'engages, tant en ton nom qu'en celui de M. L.,
à rélléchir sur le projet dont je t'ai parlé. Mes réflexions à ce
sujet ont déjà été bien longues ; j'ai tourné et retourné ma
résolution sous tous les points de vue, j'ai prié Dieu de m'éclai-
rer et de m'inspirer ce qui serait le plus utile à notre bonheur,
car je ne sépare pas le tien du mien, et toujours la même
réponse m'est arrivée. Lorsque, dans cette nuit dont tu me
parles, je te jetai ma confidence d'une manière si brusque, je
n'eus ni le temps, ni le courage d'approfondir cette matière.
Nous allions nous quitter ; d'après les idées générales, qui sont
complètement contraires aux miennes, un fils qui se marie ne
tient plus que par des liens relâchés à sa première famille : il
semblait donc que je te quitasse deux fois en te confiant, en
partant, mes projets de mariage. Cette idée qui pouvait naître
dans ton esprit me causait une émotion qui m'ôta la parole.
Maintenant je veux t'exposer les raisons qui m'ont amené à
former ce projet que tu connais sans connaître les motifs que
j'ai eus de le former. Je n'ai point sur le mariage les idées de
tout le monde^ mais enfin voici quelles sont mes idées :
^ t Ce qu'il y a de plus positif dans la vie, ce sont des devoirs
i remplir. Ce qu'on offre de plus positif à la femme que Ton
prend, c'est la moitié de ces devoirs. Ce que j'ai donc dû
rechercher d'abord, c'est si la personne que Je voulais épouser
comprenait, comme moi, les devoirs qui nous deviendraient
communs, si elle avait la bonté du cœar et l'élévation des
sentiments, si elle était chrétienne de ce côté-ci de la vie comme
de Fautre. C'est là ce que j'appelle le mariage chrétien, le
mariage des intelligences et des âmes, le premier de tous les
mariages.
« Je ne suis descendu qu'ensuite aux autres considérations, et, comme je te parle ici à cœur ouvert, je te dirai que c'est avec une joie secrète que j'ai vu que la femme que je voulais épouser n'était pas riche. Est-ce fierté, est-ce orgueil? je ne le
162 ALFHED NETIEMENT
décide point; mais je Berais blessé de Tidée qu'une femme m'apport&t la richesse. J'aime la cooronne de roses des fiancées de Normandie. Cette association pécuniaire venant gâter l'union morale et intellectuelle, cette espèce de rançon payée par devant notaire, ôte, suivant moi, de la dignité au mariage et détruit cette prééminence que doit avoir le mari. En créant rhomme fort et la femme faible. Dieu semble nous avoir indiqué que le travail du premier devait nourrir la seconde. Qu'importe que la force soit dans les mains ou dans l'intelligence, qu'il s'agisse d'une plume ou d'une charrue? Je me connais moi-même, et que ce soit ou susceptibilité ou faiblesse, j'aurais été mal à mon aise avec une personne qui m'aurait apporté de la fortune. Il m'aurait semblé que les rôles étaient changés. Madame Walsh me disait une fois en me parlant de Jacques de Fitz-James, qui avait écrit à son mari que, dans le vieux temps, les ch&telaines ne s'occupaient que de leur quenouille : o Je lui ai répondu de la bonne encre ; je loi û écrit que, dans ce temps-là, c'étaient les châtelains qui garnissaient la quenouille des châtelaines. » Je suis persuadé que cette réponse est dans l'esprit de presque toutes les femmes qui enrichissent leur mari, et si j'avais aperçu l'ombre d'une pareille pensée dans l'esprit d'une femme à laquelle j'aurais donné mon nom en échange de sa fortune, nos liens eussent été à jamais rompus.
« Pour arriver à une appréciation plus particulière de la personne que j'ai le projet de prendre pour femme, je te dirai qnela naissance de notre affection, qui a grandi avec les années, remonte à une époque où, entré à peine dans le monde, je n'avais pas devant moi cet avenir que ta tendresse maternelle rêve peut-être plus beau qu'il ne doit l'être. Cette inclination encore indécise, traversée de mon côté par les orages auxquels < toute jeunesse est en proie, n'a, pour ainsi dire, point de dati dans le cœur de celle dont je te parle. Elle m'a raconté souvent' que, lorsqu'à l'époque des «listributions de prix, les journaux publiaient mon nom, elle était émue sans savoir pourquoi. £Uiétait habituée à aimer c«^ nom, c'était celui d'un très jeuat; frère qu'elle aimait tendrement et qui est mort en bas-ftge; et
peut-être, par une de ces superstitions du cœur, qui existent à Tiasa de ceux qui les éprouvent, contimiait-elle sur ma tête ses destinées interrompues. Maintenant^ ma bonne mère, je te le demande, parce que je suis parvenu à faire arriver mon nom à quelques oreilles qui ne le connaissaient pas, faut-il rompre ce lien d'afïection qui réunit depuis longtemps nos deux vies ? Parce que ma carrière peut devenir un peu plus belle qu'elle ne semblait devoir l'être au premier abord, faut -il refuser de recevoir dans la communauté de ma destinée celle qui se sentait attirée vers Tobscurité de mes débuts? Je suis maintenant son espérance, son avenir: faut-il lui déclarer qu'il n'y a plus pour elle ni espérance, ni avenir ? Est-ce là le procédé d'un homme de cœur, d'un chrétien ?
« Tu me parles de la richesse deTavenir que je veux livrer et de la valeur des dons que j'ai reçus de Dieu. Je suis comme les autres hommes; souvent ces sentiments de vanité inhérents au cœur humain me sont montés à Tàme. Mais quand je descends au fond de moi, et que je cherche à m'apprécier, je trouve que le peu que je vaux tient au don de pouvoir exprimer, avec quelque chaleur, des sentiments un peu plus élevés que ceux des esprits ordinaires. Or, pour conserver ce don, il faut que ' j'agisse comme je parle, il faut que je préfère le beau à l'utile, le dévouement à l'égoïsme. Pour exprimer les sentiments élevés, j'ai besoin de les trouver dans mon cœur. Mon avenir sera ee que Dieu voudra ; je me suis placé bien souvent, par la pénale, dans les positions brillantes que ceux qui les regardent d'en bas envient, et, au bout de quelques minutes de réflexion, l'ennui est venu m'y saisir. L'infini qui est le but de l'homme «t le seul dont il ne se lasse pus, ue se rencontre que dans le loyaume de la pensée. SI j'ai un avenir, c'est là que je le trouvetai et je sens que je ne puis le trouver que là. En attendant, j'organise ma vie de manière à trouver le seul bonheur peutêtre qui existe réellement dans le monde. Tu me parles de |lacrifîces, ma bonne mère, et j'ai bien peur de n'être qu'un Sgolste. Passer une vie tranquille entre un père et une mère que faime comme je vous aime, et une femme que vous aimerez rptrce qu'elle vous aimera, c'e^t là mon bonheur à moi, bonheur
fuyer domestique, si DéceBsaire & ceux qui se livrent au ivausde l'intelligence, et qui ont besoia de trouver boub lenra dns ces jouiaBances pureB et tranquilles qui repOBent du igues de la tête, les jouiBBancee du cœur. ' Je n'ëprouve aucune dea praintes que tu espriraes an sujet cette communauté de vie. Je connais depuis douze ans U reonae dont je te parle. Je sais qu'elle t'honorera comme une ire. parce qu'elle te connaît par moi, et parce qu'elle sait d'ailira que ton bonheur est la première et la plus chère moitié du en. Elle n'ignore pas. en outre, que son sort dépend de ta lision, car je te l'ai dit et je te le répète, jamais je n'épouseni e femme que tu ne voudrais pas pour fille. Elle te devra donc [t le bonheur qu'elle pourra trouver dans notre union, bod ig dans le monde, son avenir. Elle a le cceor trop bien plan ir l'oublier, l'ftme trop aimante pour ne pas te payer en action.
. Après cela, nou^ arranfiieronB comme tu le voudras «s ails de vie intérieure et matérielle qui sont peu de choH and on pensi; comme nous pensons. Nous ferons deui part»
revenu que Dieu nous enverra chaque année, la pramière jr le père bien-aimé et la mère chérie, la seconde poiu les 'ants. Noue serons, si tu veux, en pension chez toi, oa 1d as en pension chez nous. Nous aurons, du reste, deux appunentB séparés dans la même maison, pour réunir i c«tt« nmunauté de vie si douce cette indépendance persoDDelk i est ausBi un besoin.
Voilà, ma bonne mère, mes projets d'avenir, projets sonnés, bien mflris, qui ne sont point une improvisation do itiment, mais 1c résultat de longues et sérieuses réfleiiona. le manque que ton approbation pour les changer en réalitéa. e votre pi ice vous quitte ou que vous quittiez votre place, ja is liens en gank la moitié de mon avenir. Puisque voue It rtagereï. Dieu veuille le faire beau !
Je te remercie de ta démarche auprès de M. de L. Je :une répugnance pour le prêtre vénérable dont il a parlé. Jl idrais seulement «jne M. de L. lui écrivit pour lui demanda & son tour, il n'éprouve aucune répugnance à ae charger dl
cette tâche. Qaand j'en serai certain, alors je le verrai. Ces premières ouvertures sont difficiles à faire personnellement, et je voudrais trouver les voies préparées, tt Adieuy ma bonne mère, je t'embrasse comme je t'aime.
« Alfred. »