‹ La presse royaliste de 1830 à 1852Chapitre 45 sur 151 · La Mode, n* du SM mars · texte numérisé non relu

La Mode, n* du SM mars

Les menaces du Parquet, les descentes de justice et les visites domiciliaires» n'étaient pas, on le pense bien, pour faire i-enoncer Alfred Nettement à la lutte. Précisément à l'heure où son nom retentissait à la Cour d'Assises, dans le procès de la Mode, il publiait un livre qui était encore un livre de combat, l'Histoire politiqtie, anecdotique et littéraire du Journal des Débats^, Le Journal des Débats existe toujours, il n*a pas cessé d'être rédigé avec talent; aucune autre feuille n'est mieux faite> mieux imprimée, sur du papier plus solide, avec des caractères plus nets, avec une encre plus noire. Il a donc encore bon air, bon pied et bon œil. Seulement, que vous dirai-je? avec toutes les couleurs de la santé, avec toutes les apparences de la vie, il ne vit plus. Sa voix est forte, harmonieuse et pure, mais on ne l'entend plus, ses armes sont élégantes et bien fourbies, mais elles ne blessent plus. Il a si longtemps vécu dans la compagnie de Platon et de Gicéron, qu'il a retrouvé l'anneau merveilleux du berger Gygès ' et l'a passé à son doigt : et voilà pourquoi aujourd'hui il a beau s'escrimer dans la mêlée des partis, nul n'y prend garde et ne s'émeut de ses grands coups d'épée: il est invisible.

En 1838, le Journal des Débats était une puissance.

1. Deux volumes in-S**. — 183S. — Pans, chez Dentu, galerie d'Orléans, au Palais-Royal.

2. Voy., sur la légende da berger Gygès, la République de Platon et les Office* de Gicéron.

Son directeur, M. Bertin aîné, faisait et défaisait les ministères. Sous la Restauration, il avait pu dire à M. de YiUële: « J'ai renversé le ministère Decazes, je vous renverserai». Après 1830» son action était plus considérable encore. A VExposition des Portraits du siècle^ une toile entre toutes faisait, pour un instant, revivre sous nos yeux les temps lointains de la Monarchie de Juillet, ces années^ après tout prospères, qui virent le règne de la bourgeoisie triomphante ; et cette toile, ce n'était ni le portrait de M. Guizot, ni celui de M. Thiers, ni ceux de MM. Mole, Dupin, Casimir Perler, Duchâtel, c'était celui de M. Berlin] aîné, roi des Débats. Dans cet admirable portrait, d'un si surprenant relief, d'une expression si intense et si pi fonde, où l'idéal manque, mais où la vie surabonde, Inj a résumé le tableau d'une époque, d'une dynastie, d'uQ( race ; il a écrit à sa façon l'histoire du Journal des Débats^ et cette histoire est un chef-d'œuvre. Le livre d'Ail Nettement n'est point un chef-d*œuvre sans doute, maii cette histoire particulière n'en est pas moins un intéi sant chapitre de l'histoire générale. La littérature y tiei d'ailleurs autant de place que la politique et on ne trouv( ra nulle part un tableau plus complet du mouvement ii tellectuel qui signala les premières années du siècle, cette campagne en faveur des idées monarchiques et rel gieuses qui restera Thonneur du Jou)maldes Débats. Si le critique Geoffroy, en particulier, Alfred Nettement des pages excellentes*, comme il en aura de charmant dans son second volume, sur Jules Janin '. Quoi de pli

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