PRÈS D'UN BERCEAU
Gomme un pêcheur, quand l'aube est près d'éclore,
Court épier le réveil de l'aurore,
Pour lire au ciel l'espoir d'un jour serein.
Ta mère, enfant, rêve à ton beau destin.
Ange des cieux, que seras-tu sur terre ?
Homme de paix ou bien homme de guerre ?
Prêtre à l'autel ? beau cavalier au bal ?
Brillant poète ? orateur ? général ?
En attendant, sur mes genoux,
Ange aux yeux bleus, endormez-vous i
Son œil le dit, il est né pour la guerre ; De ses lauriers comme je serai ôère !
Il est soldat. . ., le voilà général ; Il court, il vole, il devient maréchal 1 Le voyez-vous, du sein de la bataille, Le front serein, traverser la mitraiUe ?
ALFRED NETTRlfENT 283
L'ennemi fuit, tout cède à sa valeur ; Sonnez, clairons ! car mon fils est vainqueur.
En attendant, snr mes genoux.
Beau général, endormez- vous !
Mais non, mon fils ! ta mère, en ses alarmes, Craindrait pour toi le jeu sanglant des armes. Goule plutôt tes jours dans le saint lieu, Loin des périls, sous les regards de Dieu. Sois cette lampe à Tautel allumée ; De la prière hsileine parfumée, Sois cet encens qu'offre le séraphin A l'Etemel, avec Thymne divin. . .
En attendant, sur mes genoux.
Mon beau lévite, endormez-vous !
Du prêtre, hélas I la vie est bien austère !
Pour toi, je rêve un destin moins sévère ;
Mon jeune ami, l'orchestre harmonieux
A préludé par ses accords joyeux ! . . .
Comme il est bien !... Quel charme! quelle aisance !
Mon fils, ce soir, est le roi de la danse !
La valse ardente effeuille bien des fleurs ;
Nymphes du bal, prenez garde à vos cœurs ! En attendant, sur mes genoux.
Mon beau danseur, endormez-vous !
Pardon, mon Dieu ! dans ma folle tendresse. J'ai de vos lois méconnu la sagesse.
Si j'ai péché, n'en punissez que moi ; J'ai seule en vous, Seigneur, manqué de foi ; Près d'un berceau, le rêve d'une mère Devrait toujours n'être qu'une prière.
Daignez, mon Dieu, choisir pour mon enfant ; Vous voyez mieux, et vous l'aimez autant. . .
Et toi, mon ange aux yeux si doux,
Repose en paix sur mes genoux (
284 ALFRED NETTRIfENT
De 1841 à 1847, Alfred Nettement a publié quelques autres poésies dont voici les titres : le Sourire de mon enfant ; Petites filles I Jeune fille et Jeune fleur; Pater Noster; Les Trente ! dédiés au vicomte de Chateaubriand; Bourse jolie. Cette dernière romance, mise en musique par Etienne Arnaud, retrouva le succès de Près d'un l>ercem.
Plus d'une de ces pièces, qui faisaient les délices des salons les plus élégants, avait été composée au corps de garde. Comme tout le monde alors, le rédacteur de lu Mode était garde national. Quand il était de service, au lieu de jouer aux cartes, il faisait des vers. II en a laissé d'inédits, notamment un Hymne à la charité^ la Complainte du Connétable, VAnge et f Enfant. Je citerai cette dernière pièce, qui n'est pas indigne de servir de pendant à la belle élégie de Reboul sur le même sujet.
L*ANGB ET L*EIVPA1VT
Comme un lys à peine écloR penche Languissamment sa tète blanche SouB les ardeurs d'un ciel d'été, Un enfant se mourait. Pleine d'alarmes.
Sa mère, hélas ! versait des larmes. Silencieuse à son côté.
Et l'Ange qui, sur le soir de la vie, Ouvre aux cœurs purs la céleste patrie. S'inclinait vers l'enfant et lui parlait tout bas;
Mais l'enfant ne le suivait pas :
« Bon Ange, disait-il, laisse-moi sur la terre. « Des milliers d'Anges comme toi « Sont avec Dieu : ma pauvre mère « Ici pour l'aimer n'a que moi ! i>
ALFRED NBTTEMENT 385
« Viens, au banquet ta place est prête ! « Viens, du Ciel réternelle fôte « Va s'ouvrir pour toi, jeune élu.
« Plus de souffrance !
« Dieu couronne l'Innocence, « Comme il couronne la Vertu.
« Tes yeux verront les divines merveilles a Qne pas un œil ne vit, et tes oreilles u Entendront nos concerts. Viens, enfant, tu verras ! » Mais l'enfant murmurait tout bas :
u Mon bon Ange, je vois les larmes de ma mère « Qui n'a que moi pour la chérir ; « Par pitié, laisse-moi sur terre :
(( Je suis trop aimé pour mourir ! »
La fraîche goutte de rosée
Rend à la fleur demi-brisée
L'éclat, la vie et la couleur.
L'Ange attendri pleura. Ces larmes d'ange
Comme un dictame sans mélange
Ranimèrent cette autre fleur.
A sa mère, qui, surprise et ravie, Sur ce beau front voit refleurir la vie, L'enfant, déjà guéri, tend, plein d'amour, ses bras.
Et l'Ange murmurait tout bas :
u Ami, Dieu le permet ; reste donc sur la terre :
« Le Ciel est moins beau qu'un devoir.
« C'est aimer Dieu qu'aimer sa mère
« Je repars seul: frère, au revoir! »