‹ La presse royaliste de 1830 à 1852Chapitre 80 sur 151 · Exposition royaliste, p · texte numérisé non relu

Exposition royaliste, p

ment s'élève, avec non moins de force, contre la légende qui s'obstine à voir, dans la double Révolution de 1814 et de 1815, un fait imposé par les baïonnettes étrangères. Il ne se borne pas à rappeler les témoignages de Benjamin Constant, de Carnot, du baron Bignon, ou encore celui du généra] Foy, disant à la tribune : a La Restauration a sauvé deux fois la France ». Les faits, d'ailleurs, parlent ici plus haut encore que les hommes. Il n'y avait chez les Alliés, en 1814, aucun parti pris en faveur des Bourbons ; ils avaient, au contraire, des dispositions peu bienveillantes pour Fancienne dynastie, qui avait si longtemps répé sur la France et tenu le premier rang en Europe. Ils commencèrent la guerre sans que la restauration du principe monarchique entrât pour rien dans leurs projets ; ils l'achevèrent sans que cette combinaison s'offrît à leur pensée. Ils eurent jusqu'au bout l'intention de traiter avec Napoléon ; même après avoir renoncé à traiter avec lui, ils ne songeaient pas encore à Louis XVIII.

Les coalisés apportant des dispositions peu favorables à la maison de Bourbon, ce furent donc des causes étrangères à leur volonté, et dont l'empire, qu'ils n'avaient en rien prévu, se fit sentir dans le sein de la France même, qui modifièrent ces dispositions et déterminèrent le rétablissement de la race de Louis XIV sur le trône de France. Attribuer ce rétablissement aux intrigues de Talleyrand en 1814, ou à celles de Fouché en 1815, c'est confondre les moyens secondaires qui favorisèrent l'avènement des deux Restaurations, ou, si on l'aime mieux, la manière dont elles se firent, avec les causes réelles qui les produisirent et qui étaient ailleurs et plus haut. Les deux Restaurations ne se firent point parce que Talleyrand travailla à la pre-

Tiiièrc, Fouché h la seconde ; la véritî^ est que Talleyrand et Fouché y travaillèrent parce qu'elles se faisaient. Us jouèrent Tun et l'autre le rôle de rhomme qui annonce au jeu la couleur en faveur de laquelle le sort a prononcé : ils ne firent pas la Restauration, ils la déclarèrent.

Il y a, dans les choses, une logique impérieuse qui subjugue les hommes, et c'est par là que la Providence gouverne les événements. La France et l'Europe, également fatiguées de la guerre, voulaient la paix ; vouloir la paix, c'était vouloir la Restauration qui, seule, pouvait garantir, par son principe, la paix à la France et à l'Europe. Le voir avant tous les autres, ce fut le mérite de M. de Talleyrand en 1814. De même, en 1815, Fouché, malgré ses répugnances pour les Bourbons, comprit qu'il n'y avait qu'eux de possibles. Il ne faisait jamais de romans en politique, il ne s'attardait point aux rêves. La guerre sans Bonaparte et la paix sans les Bourbons, cette combinaison, adoptée par la Chambre des Cent-Jours, n'était qu'un rêve. Tous les expédients révolutionnaires ou militaires, par lesquels on avait vécu, depuis la cbute de la royauté, étant épuisés, le principe monarchique arrivait comme la solution au bout d'un problème.

Dès que cette solution leur fut présentée, Paris et la France s'y rallièrent avec un « enthousiasme universel >, — le mot est de Camot. Et^ sans doute, ce n'était pas pour obéir aux Etrangers que tous les maréchaux de Napoléon, tous ses généraux, tous les hommes de sa cour, tous ses fonctionnaires, adhérèrent à la déchéance de l'Empereur et au rétablissement des Bourbons. Ils ne firent en cela que suivre le mouvement de la nation tout entière, qui obéissait elle-même à ce sentiment que la

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paix était nécessaire, que seule la restauration du principe monarchique pouvait rassurer, en même temps qu'elle mettrait la France dans les conditions les plus favorables pour traiter avec l'Europe.

Louis XVIII se trouvait, en effet, pour négocier avec elle, dans une position incomparable. U était lui-même une des victimes de l'ambition de Napoléon ; on ne pouvait donc lui en faire porter la peine. En outre, il était placé, par l'antiquité de sa race et la puissance de son droit, de niveau avec ceux qui traitaient avec lui. Ce n'était pas un trône qu'on lui donnait et que par conséquent on aurait eu le droit de lui faire acheter, c'était un trône ((u'il reprenait ! Cela seul mettait une distance incalculable entre la Restauration et les autres combinaisons. Tout autre que Louis XVIII n'eût été sur le trône qu'un lieutenant de l'Europe ; il y montait, lui, non comme l'élu de la coalition, mais comme le successeur d'une longue lignée de rois. Enfin, il pouvait donner à l'Europe la garantie d'un principe politique, et par conséquent elle devait exiger, elle exigea, comme ses représentants l'annoncèrent, moins de garanties matérielles et territoriales. D'un autre côté, Louis XYIII avait un haut sentiment de la prééminence de la maison de France, et ce sentiment Louis qtmtorzième lai donnait, dans ses rapports avec les rois coalisés, nne grandeur qui relevait et consolait la dignité nationale ' affligée par nos désastres militaires. Avec ce Bourbon sur • le trône, force était à l'Europe, dans tout l'enivrement de - ses récentes victoires, de s'incliner devant la majesté des souvenirs.

Dans le troisième livre de V Exposition royaliste^ Alfred Nettement retrace l'histoire des affaires extérieures de la

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France, de 1815 à 1830. Il montre la Restauration libérant notre territoire, et par Texpédition d'Espagne, accomplie malgré la malveillance déclarée de l'Angleterre, émancipant notre politique et nous faisant remonter à notre rang militaire parmi les nations. Il montre le gouvernement royal affranchissant la Grèce et plantant son drapeau sur les murs d'Alger. Il le fait voir, enfin, préparant par sa diplomatie l'annexion de nos frontières j usqu'au Rhin. Il avait la bonne fortune de pouvoir publier trois documents, jusqu'alors inédits, et tous les trois d*une importance capitale. I^ premier est un Mémoire soumis au Conseil du roi, en septembre 1829, au moment où les armées russes marchaient sur Gonstantinople ; Mémoire où sont indiqués et justifiés les avantages que la France, dans les conditions nouvelles de l'Kurope, était en droit et en état de prétendre. Le second est une Note à consulter, approuvée, comme Tavait été le Mémoire, par le Conseil du roi, et dans la* quelle sont développées les raisons qui devaient faire préférer, parla France, la Belgique aux provinces Rhénanes. Le troisième est une Dépèche adressée par le dernier ministère de la Restauration à M. le duc de Mortemart, notre ambassadeur à Saint-Pétersbourg. Il résulte de ces trois pièces que la Restauration, étroitement unie avec la Russie, était, en 1830, en situation de demander, et elle Fallait faire, que la Belgique fût ajoutée à notre territoire j usqu'à la Meuse et au Rhin ; qu'en Alsace, notre frontière fût rétablie telle qu'elle était en 1815 ; que les provinces Rhénanes, détachées de la Prusse, qui eût reçu une large et belle compensation, formassent un Etat séparé, dont le voisinage serait pour nous sans péril.

Tel était donc l'espace parcouru eu quinze an^. U

[Restauration avait trouvé la France ruinée, écrasée de charges énormes, et elle avait porté nos finances à un 'degré de prospérité qui nous mettait en mesure de tout mtreprendre. Elle avait reçu, des mains de TEmpire, la pPrance envahie |par l'Europe armée, réduite à subir les Litésde 1815, et elle avait porté la puissance politique le notre pays à un tel point, qu'il était, quinze ans après |a bataille de Waterloo, l'arbitre de la paix et de la guerre m Europe. Son drapeau brillait sur les remparts d'Alger, iprès une victoire remportée sur T Angleterre, avant de l'avoir été contre la barbarie mulsumane. Les traités de 1815 étaient moralement déchirés, et il ne s'agissait plus te de savoir si la plume de nos diplomates en bifferait les dernières clauses, ou si l'épée de nos soldats en jetterait |es morceaux aux quatre vents du ciel.

Le quatrième livre de V Exposition royaliste traite des faires intérieures de la France, de 1830 à 1841. La révolution de juillet avait eu pour effet d'éloigner de nous notre lliée naturelle, la Russie. Besoin était de lui substituer le autre alliance; ce sera celle de l'Angleterre. Malheumsement, il n'est pas donné aux diplomates et à leurs ipiersde changer la nature des choses. Ils ne peuvent faire que l'Angleterre, par sa situation même, par le iractère de son peuple et par les intérêts de sa politique, le soit notre constante, notre éternelle ennemie. Gaspard le Saulx, seigneur de Tavannes, écrivait dès 1546 : « Les Anglais se sont conservés en troublant leurs voisins. Il y a trente ans qu'ils entretiennent la guerre civile en France et en Flandre, désirant épuiser l'argent de l'une et les hommes de l'autre, et meuvent les guerres entre les Espagnols et les Français, sèment, dilatent, em-

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« brasent le feu et le sang ea la maison d'autrui pour faire « prospérer la leur. » Trois siècles et demi ont passé sur cette définition de la politique anglaise sans la vieillir.

Cette politique se compose de trois intérêts : une industrie illimitée, un commerce illimité, une puissance maritime illimitée. Pour que ces trois intérêts puissent recevoir satisfaction, il faut que l'industrie, la marine, le commerce français soient empêchés de prendre leur essor; d'où la nécessité, au point de vue anglais, que la France soit troublée au dedans et menacée sur ses deux frontières principales du Rhin et des Pyrénées. La tendance invariable de la politique anglaise a donc été et sera toujours, dans les guerres comme dans les traités, de maintenir la France dans cette situation de trouble au dedans et de péril au dehors, qui laisse le champ libre à l'industrie, au commerce et à la puissance maritime de l'Angleterre. Le duc de Fitz-James ne faisait qu'énoncer une vérité incontestable, quand à la tribune de la Chambre des Députés, dans la séance du 31 mai 1836, il terminait un de ses discours . par ces paroles: «L'alliance anglaise est un mensonge. »

C'est à la lueur de cette vérité qu'Alfred Nettement t étudié l'histoire de la politique extérieure du gouvernement de Juillet. S'il n'a pas toujours rendu une suffisante justice à ses hommes d'Etat, à la constance de leurs efforts pour maintenir la paix, à l'habileté avec laquelle ils ont conduit et résolu la question beige, il est complètement dans le vrai lorsqu'il fait peser la responsabilité de • leurs fautes et de leurs échecs, moins sur eux que sur la révolution dont ils étaient issus, lorsqu'il montre cette révolution portant à la grandeur de la France une atteinte irréparable, un coup peut-être mortel.

L'Exposition royaliste se fermait sur cette page :

« L'injustice dont les royalistes ont eu souvent à se plaindre ne les rendra pas injustes. Ils ne flétriront pas leurs concitoyens d'un nom qui les révolte et les indigne eux-mêmes ; les sentiments d'amour et de dévouement qu'ils éprouvent pour leur pays, ils ne les dénieront à aucun de ceux qui ont Thonneur de porter le titre de Français ; ils diront, parce qu'ils en sont fermement convaincus, qu'il a pu y avoir des opinions différentes sur les moyens de rendre la patrie commune prospère au dedans et forte au dehors, mais qu'il n'y a pas de [parti de l'étranger en France. Ils ajouteront que, s'ils ont été [plus heureux que leurs successeurs dans la direction des affaires de leur pays, ils ne l'attribuent ni à la supériorité de ikors lumières, ni au défaut de patriotisme de ceux de leurs toicitoycns qui se sont séparés d'eux, mais à la différence des ^«onditions dans lesquelles ils étaient placés, convaincus que si 3b grandeur de l'Angleterre est dans l'unité aristocratique, la grandeur de la Russie dans Tunité despotique, c'est dans tnnité monarchique, comme cette histoire a peut-être contribué lie prouver, qu'est la grandeur de la France. Ils ne revend iineront pas pour eux l'œuvre du principe antique qui a si longps présidé aux destinées de ce pays ; mais ils demanderont ec instance si, après tant de divisions et tant de fautes, en nce de la fortune de la France qui décroît, de la fortune toutes les autres nations qui grandit, dans cette crise fatale i éteint notre génie et énerve notre caractère, et en face d'une tion dont le progrès rapide et continu, après avoir blessé nos intérêts, menace notre existence môme, il ne serait pas ps enfin de chercher en commun, non pas le succès d'un mais le salut de cette patrie commune que les siècles es avaient élevée si haut, pour laquelle nos pères ont versé plus pur de leur sang et souffert tant et de si terribles feuves, et que nous allons tout à l'heure laisser, amoindrie humiliée^ à nos enfants ^ ? »

' 1. Exposition royaliste, p. 513.

Dans son livre III, au chapitre n : De l'intervention en Espagne^ Alfred Nettement avait rappelé, avec de justes éloges, les services rendus par Chateaubriand, pendant son trop court passage au ministère des Maires étrangères. L'illustre écrivain le remercia en ces termes, le 26 avril 1842 :

« Vous m'avez fait trop d'honneur, Monsieur, en citant mon nom dans l'Exposition royaliste ; vous avez usé envers moi de votre indulgence ordinaire ; je vous en remercie mille fois. Les armes sont maintenant entre vos mains et vous les maniez avec un bras moins fatigué que celui du vieux serviteur des rois, désabusé sans être inâdéle. Vous voyez, Monsieur, que le temps ne répare pas les maux qu'il m'a faits ; je ne puis toujours tenir la plume et je suis toujours obligé de dictera Pilorge ; vous voudrez bien m'excuser. Si à mon âge on ne se guérit plus de rien, on se console de tout.

« Je vous revouvelle, Monsieur, mes remerciements et mes félicitations sincères. *>

« Chateaubriand.

« 26 avril. »

Parmi les autres lettres écrites à Nettement, à Toccasion de son livre, il en est encore une que je tiens à citer. Elle est du baron Hyde de Neuville, le fidèle ami de Chateaubriand, qui fut ministre de la marine du 3 mars 1S2S aa 8 août 1829. En voici le texte :

« Il fait un temps affreux ; je suis souffrant ; puis, je m pourrai voir que demain ou mercredi la personne en question car je la sais absente pour quelques jours. Je ne puis donCf Monsieur, vous donner, quant à présent, d'autres renseigiw*-^ ments. Seulement, je puis vous dire que les souvenirs de cetti même personne paraissent s'accorder avec votre expose. QuaiA à moi, j'ai oublié beaucoup de choses, surtout de détails, m mon àme qu'anime toujours u^ vrai patriotisme, a bon mémoire pour tout ce qui se rattache aux grands intérêts

pays. Je n'oublie donc point que la politique du ministère auquel j'ai eu Thonneur d'appartenir « était ce que devrait toujours être la politique de la France. Nous savions que l'alliance avec la Russie convenait avant tout à notre indépendance, à notre dignité nationale, à notre avenir. Cette politique fut toujours celle de Charles X et celle de son noble fils : ce monarque, ce fils de France, au cœur si éminemment français, ne demandait pas mieux que d'entretenir de bons rapports avec l'Angleterre, mais sans lui céder jamais d*une Ugne (expression de M. le Dauphin) ; et quant à Charles X, vous savez ce que j'ai eu l'honneur de vous dire, et j'aime à le répéter ; je venais de travailler avec le Roi ; il était question de notre expédition en Grèce. Nous parlions du gouvernement britannique ; je ne dissimulais pas mes défiances, mais mon langage était celui d'un ministre qui sait ce que peut la France et ce qu'elle doit toujours vouloir. « Oui, mon cher « ministre, me dit Charles X avec cette chaleur qui vient de « l'âme, vous avez raison, la France, quand il s'agit d'un noble « dessein, d'un grand service à rendre à un peuple lâchement, a cruellement opprimé, ne prend conseil que d'elle-même. « Ainsi, que l'Angleterre veuille ou ne veuille pas y nous « délivrerons la Grèce. Allez, continuez avec la môme activité ■ « vos armements ; je ne m'arrêterai pas dans une voie d'huma- « nité et d'honneur. Oui, je délivrerai la Grèce. » Ces paroles si dignes, si françaises, je m'empressai de les recueillir. Elles . se retrouveront dans mes notes * avec beaucoup d'autres qui feront connaître à ceux qui viendront après nous ces princes de l'exil, cette royale famille, si bonne, si charitable dans la prospérité, si admirable dans le malheur, et toujours, partout si attachée à la patrie. Que Dieu veille sur ceux qui ne cessent de prier pour nous t

« H. Neuville.

« Paris, 21 mars 1842. »

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