Le ministère Martignac
2. Cf. Mémoires et Souvenirs du baron Hyde de Neuville^ t. m, p. 399. Les Mémoires de M^de NeuviUe ont été publiés (1888-1892) par sa nièce. Madame la vicomtesse de Bardonnet.
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La Vie de Suger suivit de près Y Exposition Royaliste. Elle parut au mois d'août 1842. L'auteur l'avait dédiée à Tabbé de Genoude :
« Monsieur et ami,
u Laissez-moi placer ce livre sous vos auspices. L'abbé Suget, dont il contient l'histoire, sera toujours le modèle des hommeB d'intelligence et de cœur qui comprennent qu'on peut servir en même temps Dieu et son pays. La solution du problème qu'agitent encore de nos jours ceux qui recherchent si les occupations de la politique sont compatibles avec les devoirs du sacerdoce, est écrite» depuis huit cents ans bientôt, dans la vie du grand homme dont saint Bernard a pu dire : « A la cour, c'est un sage politique ; au cloître, c'est un saint religieux. »
L'abbé Suger est une des plus grandes figures de notre histoire. Né vers l'au 1061, il mourut le 13 janvier 11^. Sa vie fut en contact avec trois règnes : il vit finir Philippe I*% commencer et finir Louis VI, dit le Gros^ commencer Louis YII, dit le Jeune. Sous le second et surtout sous le troisième de ces princes, il gouverna réellement la France. Richelieu, cinq siècles plus tai*d» n'aura ni plus de puissance, ni plus de génie. Contemporain et ami de saint Bernard, Tabbé ds Saint-Denis porta surtout l'ach tivité de son esprit dans la sphère politique.il fut Thomme de la royauté, comme saint Bernard fut Thouime de 11 papauté ; l'homme de la monarchie, comme Tabbé de Clairvaux fut Thommede la catholicité. Suger, et c'estlà sa plus grande gloire, a été l'un des fondateurs de l'unité française et, par la date, le premier de tous. Nul n'aida
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plus puissamment cette action du centre vers la circonférence, qui devait finir, en s'élargissant de siècle en siècle, par s'étendre à tout le royaume. En contribuant, pendant le règne de Louis le Gros et celui de Louis le Jeune, à assurer le pouvoir royal au centre de ses possessions, par la destruction des ennemis puissants qu'il avait jusque dans le duché de France ; en ramenant la France féodale à une sorte d'unité relative par les assemblées d*évêques et les grandes réunions de barons, Suger rendit possible la lutte que Louis le Jeune soutint, dans la seconde partie de son règne, contre Henri Plantagenet, en même temps comte d'Anjou, duc de Normandie, duc de Guyenne et roi d'Angleterre ; c'est à lui que revient l'honneur d'avoir préparé les règnes glorieux de Philippe- Auguste, de saint Louis et toute la suite de notre histoire.
Le temps manquait à Alfred Nettement pour écrire sur un tel sujet un livre complet, entièrement puisé aux sources et qui fût vraiment un livre de première main. Dans sa préfoce, il avertit loyalement le lecteur que son travail n'est pas un travail d'érudition, et qu'il esquissera seulement les grandes lignes de la vie de Suger, sans entrer dans les détails. Vingt-cinq ans plus tard, le second Empire lui ayant fait des loisirs, il en a profité pour faire une refonte générale de son ouvrage. Cette fois, au lieu d'une simple esquisse, nous aurons un vrai tableau d'histohre.
Presque en même temps que la Vie de Suger, au mois de septembre 1842, Alfred Nettement fit paraître la Vie de Marie- Thérèse de France, fille de Louis XVI.
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I^a duchesse d'Angoulême vivait encore ; mais, depuis longtemps morte au monde, elle était déjà entrée dans l'histoire.
Commencée dans les splendeurs de Versailles, la vie de la princesse avait traversé les terribles jours d'une révolution sans précédent. Après une résidence forcée aux Tuileries de près de deux ans, sous la garde de Témeute, Madame Royale avait été prisonnière au Temple pendant plus de trois années. Elle avait vu traîner à Téchafaud son père, sa mère, sa tante, Madame Elisabeth. Elle avait vu son frère livré aux mains du savetier Simon, assassiné comme son père et sa mère ; seulement, l'assassinat du Dauphin avait duré deux ans. Â la prison avait succédé l'exil — un exil de dix-huit années. A peine était-elle rentrée en France, que de nouvelles catastrophes la contraignaient à s'en éloigner. Ce second exil avait été court; elle avait revu bientôt les Tuileries et, cette fois, elle y devait demeurer quinze ans, y vaquant du reste chaque matin aux soins de son appartement et de sa chambre, comme elle l'avait fait au Temple. De nouvelles épreuves l'y attendaient. Son mariage avec le duc d'Angoulême loi avait donné un autre frère, le duc de Berry. Ce second frère, elle le voyait tomber sous le poignard de Louvel, mais elle avait du moins la consolation de pouvoir lui adresser ce suprême adieu : « Courage, mon frère ; « mais si Dieu vous appelle à lui , dites à mon père « qu'il prie pour la France et pour nous. » Plus tard, en juillet 1830, le spectre du 10 août lui était apparu de nouveau ; une autre date se venait ajouter pour elle à ces dates de deuil : les 5 et 6 octobre 1789, le 20 juin et , le 10 août 1792, le 21 janvier et le 16 octobre 1793, le 10
mai 1794 s le 8 juin 1795*, le 20 mars 1815, le 13 février 1H20. Pour la troisième fois, elle avait repris le chemin de l'exil, et ce troisième exil devait durer jusqu'à sa mort. Une telle vie, dans laquelle se rencontraient, selon le mot de Bossuet, a toutes les extrémités des choses humai- « nés, tout ce que peuvent donner de plus glorieux la • naissance et la grandeur accumulées sur une tête, qui « ensuite est exposée à tous les outrages de la fortune' »; — une telle vie aurait ému môme l'historien dont la plume indifférente n'eût recherché, dans ces tragiques péripéties, que les éléments d'une histoire propre à toucher les cœurs et à frapper les esprits. Sans négliger ces éléments d'intérêt, Alfred Nettement, on le pense bien, a vu, dans un tel sujet, autre chose qu'un épisode dramatique, prêtant à de beaux développements. C*est avec piété qu'il raconte cette passion royale, qu'il suit les stations de ce long calvaire. Nulle déclamation, d'ailleurs ; point de fausse sensibilité, mais partout une émotion profonde, contenue, communicative. Le récit est simple, naturel et tout uni. Pour avoir ainsi parlé, en toute simplicité et en toute vérité, de Madame la duchesse d'Ângouléme, Alfred Nettement restera l'historien définitif de cette femme de douleurs et de pardons, un peu rude et brusque d'accueil, mais franche et vraie, incapable d'une feinte et dont on a pu dire : < C'était le plus loyal gentilhomme, et qui n'a « jamais menti ^. »