‹ La presse royaliste de 1830 à 1852Chapitre 87 sur 151 · Voir ci-dessus le chapitre ix, p · texte numérisé non relu

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3. Un Tolame in-8», librairie de Perrodil, éditeur, 241, place du Palais-Royal. Avril 1845.

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cun des efforts qui sont tentés dans l'intérêt de la cause du vrai et du bien, quelle que soit d'ailleurs la forme sous laquelle ces efforts se présentent ; c'est ce qui m'a encouragé à loi faire hommage des Etudes cHtiqiAes sur le feuilleton-roman. Sans parler de la relation intime qui existe, comme j'ai essayé de le faire voir dans Tintroduction de cet ouvrage, entre la corruption littéraire et la corruption politique, tout ce que j'ai vu et tout ce qu'on raconte ne me pern^et point de douter que Votre Altesse Royale ne soit vivement touchée de la dégradation de cette magnifique langue et de cette grande littérature qui fut une des gloires du régne de son aïeul Liouis XIV, à tel point qu'on ne saurait dire si cette époque fut plus honorée par les victoires de Onde et de Turenne que par les travaux de Bossoet, de Corneille, de Racine et de Boileau. Cette considération vous fera peut-être accepter avec quelque indulgence cet ouvrage, où les traditions du grand siècle sont défendues, et Monseigneur me permettra de saisir cette occasion de lui renouveler TexpressioD d'un dévouement d'autant plus sincère qu'il se confond dans le cœur de celui qui le lui exprime avec l'amour qu'il porte à It France. »

A cette lettre, le prince répondit, de Goritz, le 15 avril 1845:

9i Goritz, le 15 avril 1845^

u Je viens de recevoir, Monsieur, vos Etudes critiques sur le feuilleton-roman. L^% extraits qu'en ont publiés les journaux m'avaient inspiré le désir de connaître dans son ensemble ce remarquable travail, et je vous remercie de me l'avoir envoyé. Vous avez consacré votre beau talent à la défense des eaines doctrines, et vous remplissez dignement la noble mission que votre zèle vous a imposée. J'aime qu'un homme tel que voos rappelle à la France tout ce qu'elle doit de véritable gloire aux génies si élevés et si purs qui ont tant contribué à illustrer le siècle de Louis XIV.

« Recevez, Monsieur, l'aBSurance de mon estime et de mon affection.

« Henri. »

Cependant, le Juif Errant avait repris sa marche, un instant suspendue. L'auteur des Etudes critiques n'avait pas, lui non plus, le droit de s'arrêter en chemin. N'avaitil pas, d'ailleurs, accepté contre M. Sue une gageure littéraire et ne lui fallait-il pas la soutenir jusqu'au bout?

Par un revirement subit et imprévu, comme ces généraux qui sentent qu'ils ont fait une fausse manoeuvre, le romancier avait opéré un changement de front sous le feu de l'ennemi. Il s'était flatté de déconcerter la critique, il avait cru lui donner tort en se rangeant à son avis, et il avait alors abaissé le brillant abbé d'Aigrigny, autant qu'il l'avait d'abord élevé, il avait élevé le hideux Rodin, autant qu*il l'avait autrefois abaissé. A ce moment, le critique de la Gazette de France avait loyalement averti H. Sue. « Prenez garde ! lui disait-il, vous vous posez à vous-même un problème que vous ne résoudrez pas aisément. » Le programme de Rodin, en effet, au moment où il ouvrait la seconde campagne de cette nouvelle guerre de succession^ était celui-ci : substituer l'emploi des moyens moraux à l'emploi des moyens matériels ; parvenir à mettre les Jésuites en possession de l'héritage Rennepont, en agissant uniquement sur les passions des adversaires de la Société de Jésus.

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Ce programme, Rodin, même avec l'aide de M. Sue, fut impuissant à le réaliser. Alfred Nettement n'eut pas de peine à le faire voir.

Rodin s*est engagé à ne jamais recourir à ces moyens matériels et brutaux qui ont si mal réussi à l'abbé d'Âigrigny, et qu'il tient pour misérables et absurdes, pour puérils et révoltants. Son action sera toute morale; il emploiera seulement « les ressources d'anéantissement général ou partiel que peut offrir le jeu des passions humaines, habilement combinées, opposées, contrariées, surexcitées. » Or voici comment il tient sa promesse.

Il fait incendier la fabrique de M. Hardy — ce qui ne laisse pas d'être assez brutal — et, pour hâter la mort du malheureux fabricant, que cet incendie a réduit au dernier degré du désespoir, il lui fait administrer par le docteur Baleinier des doses immodérées d'opium, — ce qui n'est pas précisément un moyen moral.

Il attache à la personne de Couche-Tout-Nu Morok, le dompteur de bêtes, qui, après l'avoir épuisé par des débauches continuelles, le tue dans « un duel au cognac i, c'est-à-dire en le défiant de boire une bouteille d'eau-devie d*un seul coup.

Il arrange les choses de façon à amener un autre duel — à l'épée celui-là — entre le maréchal Simon et l'abbè marquis d'Aigrigny, qui a été soldat, bretteur et coureur de filles, avant d'être Jésuite. Il les enferme à clef tous les deux, revient seulement lorsque les deux adversaires, après s'être entre-percés, ont perdu la parole et le mouvement et ne les quitte que lorsqu'ils sont morts.

Faringhea Vétrangleur est, à ce titre, dévoué corps et âme aux Jésuites. Rodin le charge de jouer auprès du

grince Djalma le rôle du lieutenant lago auprès d'Othello, i'étrangleur persuade au prince qu'il est trompé par Ldrienne de Gardoville, lui remet un poignard et un flacon le poison, et Tintroduit dans une chambre obscure, rem- {plie par une vapeur qui s'exhale d'une plante exhilarante [de rinde et qui le jette dans une ivresse pleine d'hallucinations. A travers le double nuage produit devant ses yeux Ipar la vapeur et dans sa tête par l'ivresse, Djalma voit .paraître une femme qui a les cheveux de la même couleur ^que ceux d'Âdrienne et une mante semblable à la sienne ; elle est suivie bientôt d'un ami de M'^ de Gardoville, lAgricol Dagobert, envoyé là, comme la femme, par Rodin. iL'Othello indien tue la fausse Âdrienne, blesse Âgricol, ise précipite à l'hôtel de Gardoville et s'y empoisonne. {Survient Adrienne, qui, naturellement, boit le reste du [poison. Moyens moraux ! moyens moraux !!

Restent Rose et Blanche, les deux filles du maréchal iSimon. C'est avec elles surtout que Rodin est bien décidé |à n'employer qu'un moyen purement moral. Leur gouver- Inaate, frappée d'une attaque de choléra, vient d'être transportée dans un hospice. H leur dépêche aussitôt la princesse de Saint-Dizier — jésuitesse parce que princesse, comme Faringhea est jésuite parce qu'étrangleur. La iprincesse insinue aux deux jeunes filles que leur devoir ^est d'aller soigner la malade. Elles n'hésitent pas un instant. Bien entendu qu'en se rendant à l'hospice, elles .sont atteintes toutes les deux du choléra, et qu'elles en meurent.

Voilà donc, grâce à l'emploi de moyens qui n'ont rien [;■ de matériel, on le voit, et qui sont, au contraire, éminemment moraux, voilà tous Içs héritiers Rennepont hors de

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combat — Gabriel excepté; mais celui-là, les Jésuites u*ont pas intérêt à le tuer; au contraire. Il parait cependant que ces meurtres variés n'ont pas suffisamment déblayé la scène. Tel est du moins l'avis de M. Sue, qui se charge d'ajouter, pour son compte personnel» quelques tueries aux tueries de Rodin. Il fait mordre par ses molosses le dompteur Morok, qui meurt enragé ; il fait dévorer Groliath, le sodiis de Morok, par la multitade hurlante qui assiège le parvis Notre-Dame au temps dn choléra ; il fait précipiter par les croisées la reine Baodianal, l'amie de Gouche-Tout-Nu ; il fait tuer par la Ciboule, dans l'incendie de la fabrique de M. Hardy, le père da maréchal Simon. Quant à Rodin, c'est encore M. Sue qui se charge de lui régler son compte.

Le 18 février 1882, au moment où, dans la maison delà rue Saint-François, l'abbé d'Âigrigny et Rodin allaient, faute des héritiers présents, autres que Gabriel, s'emparer de la cassette aux 213 milions, un coup de thé&tre s'était produit. Salomé, entrée mystérieusement dans la salle, avait poussé un ressort, et tiré d'un tiroir secret un paquet scellé, qu'elle avait remis au notaire. C'était un codieUIe de M. de Rennepont qui ajournait au 1^ juin 1832 le partage de la succession. — Donc, le 1^ juin, Rodin se dispose à se rendre au n^ 3 de la rue Saint-François, et cette fois il est bien tranquille : aucun Rennepont ne s'y troovera. Le saint homme commence sa journée en célébrant une messe d'actions de gr&ces. Faringhea, qui s'est décidément fait affilier à la Compagnie de Jésus, se trouve, lui aussi, dans la chapelle et, à la sortie, sur un ordre venu la veille de Rome, il empoisonne Rodin en lui donnant de l'eau bénite. Les effets du poison ne se font pas imnié-

diatement sentir, et Tancien sodus de l'abbé d'Âigrigny gagne sans trop de peine la maison de la rue Saint- François, où le gardien, le juif Samuel, un homme qui prend de temps à autre sa place au théâtre de la Porte- Saint-Martin, et qui a vu jouer Lucrèce Borgia^ lui a ménagé ce qu'on appelle, en style de mélodrame» un tableau.

Six cercueils, contenant Couche-Tout-Nu, M. Hardy, Rose et Blanche, Adrienne de Gardoville et Djalma, s'offrent aux regards du jésuite, qui ne s'en émeut pas autrement : il se borne à faire remarquer que ces six cadavres le dispensent d'avoir à produire les extraits mortuaires des six cohéritiers de Gabriel. Samuel s'incline et compte alors^ sous les yeux de Rodin, les valeurs successorales, presque toutes en papier : tant en billets de la Banque de France, tant en annuités de la ville de Paris. Rodin cependant éprouve des troubles étranges, qu'il attribue à l'enivrement du succès, à la vue de ces 212 millions qui ne peuvent plus lui échapper. Il va les saisir, quand le malin juif, qui a reçu à cet effet, de Gabriel, des ordres formels, met le feu aux papiers. Rodin, devant cet incendie de millions, se tord dans les convulsions du désespoir et dans les tortures du poison. Rodin mort, tout n'est pas encore fini. M. Sue, avant de déposer la plume, tue le Juif Errant et la Juive Errante, qui ne devaient pourtant, selon la légende, mou rir qu'au Jugement dernier,

£t le combat linit faute de combattants.

De même qu'il avait consacré dix feuilletons à la pr^ mière partie du Juif Errant^ de même Alfred NeUement en consacra dix à la seconde % celle qui retrace la campagne de Rodin, après la campagne de l'abbé d'Aigrigny.

Cette seconde partie lui parut encore inférieure à la première. Le talent du romancier ne s'y montre plus que par de rares et rapides échappées^ et elles deviennent de moins en moins fréquentes, à mesure qu'on approcbe da la fin. C'est une décadence continue qui aboutit enfin ii une espèce de débâcle : on ne peut guère donner m autre nom à cet abatis de tous les personnages qui ont joué un rôle dans le roman, à cette exécution en mas» que l'auteur a pris pour un dénoûment. L'auteur en a usé avec eux comme les enfants avec les jouets, qu'ils brisent quand ils ne savent pas s'en servir. Ce n'est ptt par l'habileté de Rodin qu'ils meurent^ c'est par Tinha* bileté de M. Sue.

La question d'art, du reste, n'arrête pas longtemps Alfred Nettement. Eugène Sue, dans la seconde partie* son livre surtout, avait eu la prétention de faire une œuvre morale, religieuse et sociale. Son ambition n'allait u rien moins qu'à détruire l'Evangile et la morale dei chrétiens. Comme on ne détruit que ce qu'on remplace le romancier, sans se mettre autrement en frais d'imagir nation, prêchait à ses lecteurs la doctrine fouriériste.

1. Cette seconde série de feuiUetons, commencée le d tnil 1^* *\ termina le 15 septembre de la même année.

La beauté physique, la puissance matérielle, la satisfaction des sens, voilà, selon lui, le culte nouveau, le nouvel Évangile. C'est également à l'inventeur du phalanstère qu'il emprunte sa morale. Tout le monde est coupable d'une action, excepté celui qui la commet ; tout le monde est responsable des mauvaises actions, excepté celui qui s'y livre. L'homme du peuple, d'après Fourier et son disciple, est presque toujours fatalement débauché, fainéant, ivrogne ; la fille du peuple est fatalement amenée au vice par la misère et par la faim : la société n'a pas le droit de « Ten blâmer, puisque c'est elle qui l'a réduite à cette extré- . mité, c Od est robuste, on est vivace, écrit Eugène Sue... [ Dieu vous a faite belle, il vous a douée d'un caractère :. remuant, expansif, amoureux des plaisirs... Dieu n'a donc 5- pas voulu que vous passiez votre jeunesse au fond d'une î mansarde glacée, sans jamais voir le soleil, clouée sur .votre chaise^ travaillant sans cesse et sans espoir. La jeunesse n'a-t-elle pas besoin de plaisirs et de gaieté ?... i On a cédé, il est vrai, mais à une nécessité irrésistible ». L'auteur place ces enseigoements dans la bouche de la Mayeux, cette jeune fille difforme dont il fait l'exemplaire de toutes les vertus, — et qui n'est restée vertueuse que parce qu'elle est difforme. Le roman d'Eugène Sue fournit ainsi à la faiblesse le prétexte qui lui manquait. Il apla- ■ nit la route du vice. Tandis que la corruption rôde sans cesse auprès de ces pauvres filles du peuple, protégées par leur seule honnêteté naturelle, par les bonnes pensées et • les bons sentiments qui leur viennent de Dieu, il diminue l'ascendant du devoir qui les retient, et fortifie l'influence du penchant qui les entraîne.

Ce qu'il fait pour les femmes et pour les filles, il le fait

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également pour les pères et pour les frères. Gomme il a proclamé, pour les premières, le droit au plaisir, il réclame^ pour les seconds, le droit au travail. Dans son système ces deux droits sont corrélatifs et doivent recevoir, l'un Tautre, leur complète satisfaction. La société a le devoi de donner au problème de l'organisation du travail um solution qui permette aux classes ouvrières, non plus seu^ lement de « vivre aisément », mais de donner une libt expansion à toutes leurs facultés, à toutes leurs passioi à tous leurs désirs et à tous leurs besoins de jouissane Ainsi, d'un côté, dans le roman d'Eugène Sue,un tabh singulièrement poussé au noir, des imperfections et de injustices de la société existante, une satire violente de vices et de ses abus ; — d'un autre côté, la peinture, sédi santé comme une idylle, d*une société imaginaire, rimmense besoin de bonheur qu'éprouve le cœur l'homme sera satisfait. Rien n'était donc oublié de ce pouvait envenimer les haines, surexciter les espoirs, bler les esprits et les cœurs, pousser les jeunes filles à débauche, les jeunes hommes à l'émeute. Sans doute, livre était mal fait, mélodramatique, vulgaire. Mais défauts, s'ils étaient pour déplaire à l'élite, n'étaient pour éloigner les lecteurs appartenant à la classe populail Alfred Nettement faisait œuvre de bon citoyen en si( lant le danger moral et social d*une pareille publicati^ On lui reprochait de trop s'échauffer, d'accorder d'importance à une œuvre d'imagination, à un conte ne tenait pas debout. — Ce n'est rien, disaitr-on autoi lui, c'est un roman qui se noie. — Et Alfred Nettei répétait, avec une insistance prophétique : C'est un roi d'où sortira une révolution. — Moins de trois ans 'i

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I la révolution de février lui donnait raison. Moins de cinq

; ftDs après, le 28 avril 1850» les électeurs socialistes de la

Seine, les lecteurs du Juif Errant^ envoyaient Eugène

Sae à TAssemblée législative et réunissaient sur son nom

128,074 suffrages.

I Un trône est trop étroit pour 6tre partagé.

I En 1845, cependant, Alexandre Dumas partageait avec !£agène Sue le trône du feuilleton-roman. Il publiait dans \\» Journal des Débats^ avec un énorme succès, le Comte [iêe Monte-Cristo. Il lui arrivait même de détenir à ce mo- |i&ent le record de la longueur. Monte-Cristo n'avait pas Sttoins de dix-huit volumes, tandis que le Juif Errant — k pauvre ! — n'en avait que dix.

A la difiërence d'Eugène Sue, Alexandre Dumas n'a ^int de système ; il ne soutient pas de thèses dans ses Iftmans, et de cela sans doute il convient de le louer. Il n'a |K>int de haines, comme son rival, et ce n'est pas lui qu'on »rra jamais couvrir la religion d'injures furieuses et vectives passionnées. Seulement, il ne manque guère la sacrifier, quand l'occasion se présente, aux préjugés ses lecteurs, et il ne lui déplaît pas alors de la livrer à railleries. Ce n'est point une colère à la Gaïphe, une indifférence et un égoïsme à la Pilate. Avant t, il faut que Pilate prouve qu'il est l'ami de César ; t tout, il faut que le livre ou le feuilleton d* Alexandre as réussisse.

S'il n'est pas systématiquement irréligieux, il n'est pas plus systématiquement immoral ; il ne laisse pas ce-

pendant d'avoir quelque complaisance pour les mauvaises mœurs. Et c'est pourquoi sans doute il choisit volontieTs, pour servir de cadre • à ses romans» le seizième et le dix* huitième siècle, la cour corrompue des derniers Valois et l'époque de la Régence.

Au tort de donner parfois place, dans ses tableaux, à la peinture de cette corruption qui pénètre dans le cœur par les sens, il joint celui de flatter cette corruption de l'esprit qui s'appelle l'orgueil. U flatte outre mesure la pois* sance de la personnalité humaine. Les dix-huit volâmes de Monte-Cristo sont consacrés à glorifier l'esprit et la volonté de l'homme mis au-dessus des règles qui doives! les contenir, au-dessus des lois et de la société même (Mir gées de plier devant eux.

C'est un fait assez remarquable que nos romanciers kl plus en renom aient ainsi, par trois fois, fait l'apothéose ds la puissance individuelle, irrésistible, selon eux, du moment qu'elle a pour levier — non le génie, c'était \m pour Napoléon, — mais l'argent. Le Lugarto d'Eugèoe Sue dans Mathilde^ son Rodolphe dans les Mystères i» Paris^ le comte de Monte-Cristo, d'Alexandre Dumas,; dans le roman de ce nom, sont trois variétés du mèiDa| type. Il se retrouve encore, à un certain degré, dans b Juif Errant ; Rodin apparaît au lecteur comme un pe^ sonnage de la même famille, puisque aussi bien il cherchij à se donner, en conquérant les 212 millions de l'hérit Rennepont, ce tout-puissant levier de l'argent dont phe, Dantès et Lugarto se trouvent armés.

Les articles d'Alfred Nettement sur Alexandre dans le roman-feuilleton sont au nombre de huit, du 4 décembre 1845 au 24 février 1846. Quelques me

auparavant, du 9 janvier au 24 février 1845, il avait publié, dans la Gazette de France^ six lettres aux Lecteurs des feuilletons-romans. Il y étudiait Tinfluence du feuilletonroman sur la famille. Ce n'est plus ici le critique littéraire qui tient la plume, c'est le moraliste, — un moraliste ingénieux et délicat, plein de bon sens et d'esprit. Certaines pages de ces Lettres de 1845 méritent de survivre aux circonstances qui les ont provoquées, aux romans, jadis ftmeax, qui en furent l'occasion. Au moment où elles '^parurent, ces pages ont fait du bien ; elles peuvent en faire ; «ncore. De combien de feuilletons en pourrait-on dire ..«utant?

En i844, M. Michelet avait publié un livre intitulé : Du Prêtre^ de la Femme et de la Famille. L'ouvrage du .^célèbre bistorien était en réalité un roman, — le roman yde la confession. Alfred Nettement lui avait consacré une l'de ses Etudes critiques. Il lui parut avec raison que cette de pouvait prendre place, avec ses Lettres auœ Leers des feuilletons-romans ^ à côté de ses articles sur la nde partie du Juif Errant et sur le Comte de Monteristo. Réunissant ces divers travaux, il en forma un ilume — le deuxième des Etudes critiques sur le Feuil- (m-Roman — qui parut au mois d'avril 1846.

Entre la première et la deuxième série des Etudes cri-

\ueSi Alfred Nettement avait publié deux autres volumes,

\enri de France ou Histoire des Bourbons de la branche

Xinée pendant quinze ans d'exil (i 830-1845 •). On a dit

1. Deux volumes in-8», de Signy et Dabey, éditears, 25, rue Guémd. 1845.

▲LFRBD NBTTEMSNT

que le bonheur n'avait pas d'histoire, et cela n'est point tout à fait exact. Ce qui est plus vrai, c'est que le malheur et Texil ne trouvent point d'historien. Mais Alfred Nettement, nous le savons de reste, n'était point de ceux qui < vaguent le train commun. > L'infortune l'attirait ; il allait à la défaite aussi naturellement que les autres vont au succès et à la victoire.

Retracer les destinées des Bourbons depuis le jour où ils avaient quitté le port de Cherbourg, emportant atm euXj selon le mot de Balzac, la fortune de la France; faire vivre les princes exilés devant leurs amis et ieun ennemis, — vivre et mourir, hélas I car, sur les trois générations royales sorties de France en 1830, deux déjà dormaient dans les caveaux des Franciscains de Goritx; faire grandir Henri de France devant son pays, le montrer enfant, adolescent, puis homme ; initier les royalistes i toutes les émotions, à toutes les douleurs, à tous lei: deuils des proscrits, et aussi aux joies trop rares avaient éclairé parfois d'une lueur affaiblie les jours è lorés de l'exil ; conduire le lecteur à Lulworth, Holy-i Prague, Goritz, Kirchberg, Froshdorf, ou encore dans Midi et dans la Vendée, en 1832, et, plus tard, à Gratz et Brunsée ; mettre la France à portée de suivre sur la étrangère ceux qui avaient vécu à l'étranger les yeux jours fixés sur la France : telle était la tâche que YBxàM\ s'était marquée. Pour la remplir, il s'était entouré d documents les plus complets, des renseignements les pt sûrs, s'attachant, en toute rencontre, à être exact et v dique, se tenant partout en garde contre la plus excu de toutes les flatteries, celle qui courtise, non le su mais le malheur.

V Histoire de quinze ans d'eœil est le complément de la Vie de Marie-Thérèse de France et des Mémoires sur son Â. R. Mi^DAMË, duchesse de Berry. Ces trois ouvrages découlent de la même inspiration et ne se doivent pas séparer.

Walter Scott, dans ses Puritains d'Ecosse^ célèbre à bon droit ce Robert Paterson, qui avait reçu de ses compa* triotes le surnom à'Old Mortality (Vieillard de la mort ou Vieillard des tombeaux). « Durant une quarantaine d'années, dit'il, notre pieux enthousiaste régla ses courses de manière à visiter^ chaque année, une partie des tombeaux des malheureux presbytériens, ses coreligionnaires... Ces ' . tombes sont souvent éloignées de toute habitation humaine, ' et éparpillées dans les landes et les solitudes les plus sau- \ vages. Partout où elles existaient, Robert Paterson ne I manquait jamais de les visiter, lorsque sa tournée annuelle l'amenait dans leurs parages. Il nettoyait les dates funéraires de la mousse qui les avait envahies et rétablissait \ avec son ciseau les inscriptions à demi effacées. » Ainsi ^disait Alfred Nettement. Il rétablissait, lui aussi, « les inscriptions à demi effacées » . Noble et pieuse tâche que pouvait seul se donner un homme de cœur.

La fin de Tannée 1845 fut marquée, pour Alfred NetteiJHent, parla publication d'un nouvel écrit, d'un petit volume tyant pour titre : La Presse Parisienne ^ Tableaux 'contemporains. Cette monographie de la presse était

1. La Pbbssb Pari8ienmx. Mœurs, mystères, intérêts, passians, taractèreê, luttes et variations des journaux de Paris. Tableaux tùntemporains. — Un yolume in-32. Aux bureaux de te Lecture et la Censure et chez Dentu, au Palais-Royal. Décembre 1845.

accompagnée de la Revue politique et religieuse de Vannée 18459 d'une Lettre à Madame la duchesse d' Orléans ^^\ d'une Notice historique sur Louis-Antoine de France^ dutc d'Angoulême '.

Les morceaux dont se compose le volume sur la Pres$e parisienne avaient tous été publiés par une Revue fondée en 1841 sous ce titre : La Lecture et la Censure, et qui revêtait Une double forme : la Lecture, paraissant le 1" de chaque mois, et la Censure, paraissant le 15. Elle avait pour directeurs le comte Lepelletier d*Aunay et le marquis de Méry de Montferrand, ancien magistrat, et ^ pour rédacteur en chef M. Eugène Blanc *. Alfred Nettement y collaborait d'une façon assez active, sans que ce surcroît de besogne diminuât en rien sa double collaboration à la Gazette de France et à la Mode.

1. Cette lettre, écrite an mois d'août 1842, aTait été publiée i eelli époque par la revue La Lecture,

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