‹ La presse royaliste de 1830 à 1852Chapitre 90 sur 151 · Cinq articles. Septembre et octobre · texte numérisé non relu

Cinq articles. Septembre et octobre

6. Voy., sur cette question de l'opposition systématique. Ghateasbriand. Mémoires d' Outre-Tombe, t. iy, p. 289, et Gormeoin, lixn des Orateurs, 1. 1, p. 64.

On ne peut pas être toujours sur la brèche, besoin est parfois, entre deux assauts, de reprendre haleine, de mettre entre deux combats un intervalle de repos.

Dans la pensée d'Alfred Nettement, la religion et la monarchie étaient deux choses inséparables, res indissociaMles. Volontiers il eût signé des deux mains ce que Balzac venait d'écrire dans V Avant-Propos de sa Comédie Humaine : « Le Catholicisme et la Royauté sont deux principes jumeaux... J'écris à la lueur de ces deux vérités éternelles : la Religion, la Monarchie, deux nécessités qae les événements contemporains proclament, et vers lesquelles tout écrivain de bon sens doit essayer de ramener notre pays. » U avait traduit les Conférences du docteur Wiseman. Ses Etudes sur le D' Strauss et la Vie de Jésus, d'autres articles encore, en grand nombre, avaient été des essais d'apologétique. Ses lecteurs habituels n'eurent donc pas lieu d'être surpris, lorsqu'il publia, au mois de décembre 1847, ses EtVrdes sur la Semaine Sainte à l'usage des gens du monde *.

Le Caréms. — Dimanche des Rameaux. — Lundi Saint. — Mardi Saint. — Mercredi Saint. — Jeudi Saint. — Vendredi Saint. — Samedi Saint. — Pâques. — Conclusion : Influence mx)rale des cérémonies de la SemMne Sainte : telles sont les divisions de ce petit volume. C'est un livre de foi et de piété, d'où la polémique est bannie ; où la politique, cette fois, n'a pas eu accès.

Dans ces romans de chevalerie que le critique de la Gazette de France préférait, je le crois bien, aux romans-

1. volume m-â2 de 204 pages. Julien Lanier et C**, éditeurs, rue de Buasy, 6.

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feuilletons, on rencontre quelquefois» en un coin de forêt ou de paysage^ un chevalier se reposant à Tombre, près d'une source» entr'ouvrant sa visière et son casque^ et déposant sur l'herbe son épée. Le guerrier puise un peu d'eau dans le creux de sa main et la porte à ses lèvres. Ainsi venait de faire Alfred Nettement. Comme le chevalier du vieQi temps, il s'était désaltéré au clair ruisseau, à la source vive de la piété et de l'amour, prêt d'ailleurs à se relever pour an nouveau combat. Celui qu'il va livrer montrera bien quH ne recule pas devant les entreprises les plus difficiles. L'adversaire auquel il va s'attaquer cette fois ne sera rien moins qu'un des écrivains les plus illustres du siède, M. de Lamartine lui-même.

Les Etudes sur la Semaine Sainte avaient paru à II fin de 1847. Le 15 janvier 1848, paraissaient les Eluda critiques sur les Girondins.

Jusqu'aux dernières années de la monarchie de Juillet, les livres de MM. Thiers et Mignet* avaient été en poss^ sion de former les idées de la plus grande partie des générations nouvelles sur la Révolution française. Ces deni historiens n'avaient pas été sans déplorer les crimes et les malheurs de cette terrible époque, mais ils en avaient diminué l'horreur, en les représentant comme les oonséquences inévitables d'une situation plus forte que 1^

1. U Histoire de la Révolution, de M. Thiers, avait pcmi de ISS I 1827 ; ceUe de M. Mignet fut publiée au printemps de 1824.

hommes. Us avaient ouvert la voie ; d'autres allaient venir qui iraient plus loin qu'eux.

En 18479 la France s'ennuyait ; les esprits» fatigués du présent et avides d'avenir, aspiraient à sortir du cercle des faits et des idées où ils étaient enfermés. C'est à ce moment que se présentèrent, pour achever l'œuvre commencée par MM. Mignet et Thiers, trois écrivains différents d'origine, inégaux en talent, mais célèbres à divers titres, MM. de Lamartine, Louis Blanc et Michelet*. Cette fois, il ne s'agissait plus seulement, comme l'avaient fait les chefs de l'école fataliste, d'excuser et d'expliquer les hommes, les événements, les idées des plus mauvais jours de la Révolution ; il ne s'agissait de rien moins que de la réhabilitation systématique et de Tapothéose romanesque des exterminateurs de 93. Les ouvrages de MM. Thiers et Mignet avaient préparé la déchéance de la royauté légitime, l'avènement d'une royauté nouvelle, le triomphe de la bourgeoisie. Les nouveaux historiens estimaient l'heure venue de faire faire à la Révolution une dernière étape. Us voulaient substituer à la royauté instituée, à la pairie viagère, à la chambre élue par des électeurs censitaires, le gouvernement de la démocratie, l'avènement pur et simple de la souveraineté populaire, la République. Mais la République ne pouvait passer que si l'horreur et la ter-

1. Louis Blanc publia le premier yolmne de son Histoire de la Evolution le 6 février, et le second le 31 octobre 1847 ; Touvrage, qui ne comprend pas moins de douze volumes, ne sera complet qu'en 186^ — Les deux premiers volumes de Michelet parurent le 13 février et le 20 novembre 1847 ; l'ensemble de Touvrage, comprenant sept volumes, fut terminé en 1853. La publication des huit volumes de l'Histoire des Girondins, de Lamartine, eut lieu de mars à juillet

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rear que ce nom excitait depuis 1793, et qui rayaient empêchée en 1830» étaient diminuées. Besoin était donc de faire tomber Tobstacle qui l'avait arrêtée dix-sept ans auparavant ; c'est à le faire disparaître que s'employèrent MM. de Lamartine, Louis Blanc et Michelet.

Les deux premiers volumes de V Histoire des Girondins avaient paru le 20 mars 1847 ; moins de trois mois après, paraissait le huitième et dernier. Le succès fut prodigieux; il est resté le plus grand que le siècle ait connue Deux causes suffisaient à l'expliquer : l'intérêt du sujet et le génie de Técrivain. Les récits de Lamartine allaient d'avril 1791 à juillet 1794, de la mort de Mirabeau à l'exécution de Robespierre. Jamais, en un si petit nombre d'années, ne furent réunis des événements aussi tragiques ; jamais ne s'étaient à ce point accumulées de si douloureuses catastrophes. Et il se trouvait que, pour les faire revivre, s'était rencontré un merveilleux artiste, à la fois grand poète et grand prosateur. Jamais peintre n'avait déployé sur une toile des couleurs plus éclatantes. Ces deuils, ces larmes, ces grandes funérailles, le poète les avait traduits en un magnifique langage. Il y avait, dans ces pages, de quoi séduire, et l'élite des lecteurs, et la foule elle-même, incapables, d*ailleurs, de discerner les erreurs sans nombre dont le livre était plein. Selon le très juste jugement d'un

1. Le soir même du jour où les deux premiers Tolomes farent lancés, Lamartine écriTait à un ami : c J'ai joué ma fortune» ma renommée littéraire et mon avenir politique sur une carte, cette nuit Xii gagné. Les éditeurs m'ont écrit, à minuit, que jamais, en librairie, que jamais un succès pareil n'avait été vu... c'est surtout le peopie qui m'aime et qui m'achète... J'ai vu des prodiges de passion pour lei Girondins,., Des femmes les plus élégantes ont passé la nuit pour attendre leur exemplaire. C'est un incendie. »

^contemporain % « cette légende harmonieuse de la Terreur itait surtout, et avant tout, une attaque à l'imagination [Ipopulaire. » Le danger par suite était considérable. Il [fallait essayer de le conjurer. Alfred Nettement estima que ce serait trop peu, en cette occasion, de quelques rarticles de journaux. A cette épopée révolutionnaire, à cet ouvrage entre Thistoire et le roman, entre la vérité et ilSL fable, il fallait répondre par un autre livre, qui serait, fcelui-là, un vrai livre d'histoire. Nettement écrivit ses

<tt4des criliqices sur les Girondins^.

On peut commettre deux sortes d'erreurs en histoire ; |des erreurs de faits et des erreurs d'appréciations sur les ^hommes et sur les choses. Les premières sont peut-être [encore plus graves et plus dangereuses que les secondes, jparce que le lecteur est presque toujours dans l'impossibilité de redresser les erreurs de faits, tandis qu*avec de lia réflexion et du bon sens, il lui est souvent possible de [rectifler les erreurs d'appréciations.

Le catalogue des erreurs de faits commises par l'auteur ides Girondins ne remplit pas moins de 113 pages dans les Etudes critiques. Dans cette première partie de son [livre, Nettement a rassemblé un grand nombre de lettres |et de documents qui éclairent d'une manière nouvelle plu- I sieurs points de détails de l'histoire de la Révolution.

Les appréciations de Lamartine portent sur la révolution [française tout entière. C'est donc toute la Révolution, et iUon plus seulement les hommes de la Gironde, qu'Alfred [Nettement aura à juger. Voici le plan qu'il a suivi. La

1. M. DesmoosseaiuL de Givré, membre de la Chambre des députés.

2. Un voinme in-S*. De Signy et Dubey, éditeurs, 25, rue Guénégaud. Janvier 1848.

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Révolution française est un drame à quatre personnages principaux : les Constituants, qui allaient devenir les Constitutionnels, la Gironde, la Montagne, la Royauté. Les trois premiers personnages, soit simultanément, soit successivement, conduisent Taction du drame contre le quatrième. Le critique, ou plutôt Tbistorien, soumettra donc à un examen attentif l'action de ces quatre personnages historiques dans les différentes phases de la Révolution.

Il y avait, en 1789^ de grandes et utiles réformes à faire, et le principe des assemblées nationales à consacrer définitivement, en rendant ces assemblées périodiques. Ni les deux premiers ordres de l'Etat, le Clergé et la Noblesse, n'étaient hostiles à ces réformes, ni le roi n*en était l'ennemi. Nul, au contraire, plus que ce dernier, n'était désireux de les voir s'accomplir. Seulement, comme cela était ' inévitable dans un temps où tout était remis en questica . et où l'on voulait résoudre tous les problèmes à la fois, les i deux premiers ordres commirent des fautes, et ils donnèrent un aliment à la passion révolutionnaire. D'autre part, le défaut d'initiative chez Louis XVI et l'absence, chez œ prince, d'une volonté résolue, firent que la direction ne vint pas du côté où elle aurait dû venir. Cette direction que la Royauté ne prenait pas, l'Assemblée constituante voulut la prendre, mais pour l'exercer seule, dans le sens des idées exclusives et des passions qui l'agitaient.

L'erreur capitale des Constituants fut d'applicpier, dans l'ordre politique, les idées et les méthodes que Voltaire et Rousseau avaient inaugurées dans Tordre philosophique. Ils voulurent tout régler dans les faits, d'aprè3 les principes de la raison pure. Us proclamèrent la

souveraineté absolue de la raison, c'est-à-dire de leur raison. Ils entreprirent de constituer à nouveau la société française, en réalisant l'idéal qu'ils portaient dans leur esprit, sans tenir compte des principes qui, pendant tant de siècles, avaient été l'âme de ce grand corps. Ils puisèrent, en un mot, la raison de leur politique dans les abstractions de la philosophie, au lieu de la chercher dans l'histoire. C'est ainsi qu'ils furent conduits à déchirer les Cahiers, qui étaient à la fois la charte de leurs droits et celle de leurs devoirs S à substituer au droit national un prétendu droit rationnel, à réduire la royauté à n'être plus qu*un pouvoir délégué et subalterne, au lieu d'être un pouvoir fondamental et libre.

Tout cela. Nettement l'expose et le démontre avec une grande force de logique. Taine, à son tour, trente ans plus tard', fera la même démonstration, on sait avec quelle vigueur, avec quelle abondance de preuves ! Il dira des Constituants, presque dans les mêmes termes que l'auteur des Ettules critiques sur les Girondins : « C'est qu'ils ont une théorie, et qu'à leur avis cette théorie les dispense

1. Chateaubriand, dans un de ses discours sur la liberté de la presae, s'exprime ainsi au sujet des Cahiers de 89 : « Il existe, Messieurs, un monument précieux de la raison de la France ; ce sont les Cahiers des députés des trois ordres aux Etats-Généraux de la France en 1789. Ces cahiers forment un recueil de soixante-six Tolumes in-folio, dont l'impression serait bien à désirer pour l'honneur de notre pays. Là se trouvent consignés, avec une profonde connaissance des choses, tous les besoins de la France : de sorte que, si l'on avait exactement suivi les instructions des Cahiers, on aurait obtenu ce que nous avons acquis par la Bévolution, moins les crimes des révolutionnaires. »

2. Le premier volume de la Révolution, par H. Taine, a paru en

des connaissances spéciales... Tout cela est arriéré; le temps de la raison est venu et l'Assemblée est trop éclairée pour se traîner dans la routine. Conformément aux habitudes du temps, elle procède par déditcHon^ à la manière de Rousseau, d'après une notion abstraite du droit de l'Etat et du contrat social... Us supposent que la société humaine n'existe pas et qu'ils sont chargés de la faire, comme si rien d'antérieur n'avait existé. Nulle hésitation : ils sont persuadés que la chose est facile, é qu'avec deux ou trois axiomes de philosophie politique le premier venu peut en venir à bout ^ »

La Constituante avait été nommée pour concourir avec la royauté à établir la constitution. Infidèle à son maudat» elle fit une constitution à elle seule, non seulement sans le concours du roi, mais contre lui ; elle persista à resktf assemblée, malgré le droit que le roi avait de la dissoudre; elle prolongea d'elle-même ses pouvoirs, qu'elle ne tenait pas d'elle-même, mais des électeurs. Une autorité arbitraire dans son principe est condamnée à être arbitraire dans ses moyens. L'Assemblée fut donc obligée de recourir à la force populaire contre la force régulière restée aux mains du roi. Ce fut la seconde faute de la Constituante. Cette seconde faute était la conséquence forcée de la première. Du moment qu'elle voulait tout soumettre à l'omnipotence de sa raison, sans tenir aucun compte de la tradition nationale, il lui fallait, de toute nécessité, affaiblir, menacer, détruire toutes les forces sociales, toutes les institutions anciennes. Comme la royauté, qui demeurait investie, nominalement au moins, du pouvoir exécu-

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