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tif, pouvait être tentée de s'en servir pour résister, r Assemblée était condamnée à énerver le pouvoir exécutif, et en même temps à se ménager une puissance à Taide de laquelle elle pût dompter les résistances royales. Elle était logiquement conduite à désorganiser la force régulière de la société et à accepter pour auxiliaires les forces irréguliëres que la société contenait dans son sein. Elle appela la force révolutionnaire à jouer le rôle d'arbitre entre elle et la royauté. Elle reconnut ainsi ce terrible droit de rinsurrection, qui devait exercer une action si fatale sous les deux autres Assemblées. Sa main avait ouvert une brèche dans la digue qui préservait la société : cette brèche ne put être fermée, et FOcéan y passa.
Alfred Nettement termine ainsi son étude sur les Constituants : « Obtenant des résultats au rebours de leurs désirs, ils préparèrent, en fait, le renversement de la royauté qu'ils voulaient maintenir, et Tavènement de la république qu'ils voulaient empêcher. La Constituante ne laissa point, il est vrai, en se retirant, la locomotive renversée; maid^ conductrice imprudente, elle la laissa sortie des rails, et courant à toute vapeur vers les abîmes. »
Tous les historiens qui avaient précédé Lamartine, même les historiens royalistes, avaient travaillé à dresser un piédestal aux hommes de la Gironde. Le grand poète ne fit guère qu'ajouter quelques coups de pinceau, les plus éclatants, il est vrai, à la légende dont ils bénéficiaient déjà depuis longtemps. Le premier — et cela seul suffirait
:)5i ALFRED NETTEMENT
à lui assigner UQ rang éminent parmi les écrivains qui se sont occupés de la Révolution — le premier, Alfred Nettement a dit la vérité sur les Girondins.
Des hommes de la Gironde, la légende avait fait des héros et des martyrs, des amis de la vertu, de la justice et de la libertt^ . La vérité est qu'ils ont été, à l'Assemblée législative, les émules des plus ardents Jacobins. Ils ont applaudi au 10 juin, ils ont revendiqué l'honneur d*avoir été les seuls auteurs du 10 août. Au mois d'avril 1793, ils ont précipité la France dans la guerre, avec l'espoir d'eo voir sortir la défaite de notre armée, et d'asseoir, sur le désastre de nos soldats, le triomphe de leurs ambitions; ils ont voulu, autant que les Montagnards et avant eux, la guerre révolutionnaire. Jusqu'à la fin, ils se sont complu à étendre le cercle de nos ennemis, à provoquer contre nous la plus formidable des coalitions.
Maîtres de l'Assemblée, du Conseil exécutif et de la Mairie de Paris pendant Tinterrëgne qui va du 10 août an 20 septembre, ils ont institué le Tribunal criminel du 17 août, avant- coureur du Tribunal révolutionnaire; ils ont laissé s'accomplir sAus leurs yeux les massacres de sep* tembre; pendant cinq jours, ils ont laissé les égorgemenl suivre librement leur cours, alors qu'ils avaient en le pouvoir et la force de les arrêter. .
A peine entrés à la Convention, ils ont proclamé république. Dans le sol de la France, d'où la royauté éi sortie comme un produit naturel, en harmonie avec génie de notre nation, avec ses qualités et ses défauts, grandeurs et ses faiblesses, ils ont implanté une for nouvelle de gouvernement, sans précédents» sans raci dans le passé. I^a France était — sous Louis XVI comm
SOUS Louis XIV — à la tète des nations de l'Europe. Cette situation incontestée, elle la devait au principe monarchique, à cette admirable unité de sentiments qui faisait que tous — nobles, prêtres, bourgeois, ouvriers, paysans — tous, nous étions royalistes. Nous pouvions avoir des griefs les uns contre les autres ; nous pouvions avoir entre nous, à l'intérieur, plus d'une question à débattre ; mais, au dehors, en face de l'étranger, nous n'avions tous qu'un seul cœur, une seule foi, un seul roi : sans unité, point de grandeur possible pour un peuple. Or c'est cette unité, le plus grand de nos biens, que, dès le premier jour, sans discussion, sans délibération, la Gironde a détruite.
Sans doute, — et c'est là surtout le grand argument ([ue
font valoir leurs panégyristes, — il leur est arrivé plus
d'une fois, à la tribune de la Convention, de s'élever contre
les égorgements de Septembre, qu'ils avaient tout d'abord
amnistiés, d'attaquer Marat, dont ils avaient à l'origine
approuvé les violences. Mais à quoi était dû ce changement
d'altitude, sinon à un changement d'intérêts ? Violemment
combattus par les hommes de la Commune, qui veulent,
au nom de Paris, imposer leur dictature aux députés des
départements, ils étaient bien obligés de repousser les
assauts de leurs ennemis et de les attaquer à leur tour.
C'était à la fois la condition de leur puissance et de leur
ivie: il y allait de leur tête. Il leur fallait détrôner la
! Commune, sous peine d'être détrônés eux-mêmes et de
Ipérir. Ils crurent trouver une arme contre elle dans le
Isouvenir des massacres de Septembre, et ils se plurent à
l'évoquer. Leur indignation n'était donc pas vertu, mais
iôécessité; c'était, de leur part, une simple tactique de
guerre. Et ce qui le montre bien, ce qui prouve, jusqu'à la
dernière évidence, que leur haine allait seulement aui hommes, et non au crime, c'est qu'à la même heure, ils ne reculaient pas eux-mêmes devant le < Grand Grime* b, devant le régicide. De même, dans les hommes de la Commune, ils ne poursuivent pas les sectateurs de la démagogie et de Tanarchisme, puisque la Constitution, rédigée par leurs soins, la Constitution girondine, est plus anarchique encore que celle des Montagnards. Ils n'ont nul dessein de défendre contre ces derniers la cause de Thomanité et de la j ustice, puisqu'ils ne cesseront de multiplier les lois de mort. Lorsqu'ils tomberont, la Terreur sera pourvue par eux de tous ses organes, depuis le comité de salut public, en haut, jusqu'au comité de surveillance, ea bas.
Les Girondins sont vaincus à leur tour. Le 31 mal 1793 est leur 20 juin ; le 2 juin est leur 10 août. Ils tombent vietimes d'un pouvoir qu'ils avaient créé, celui de l'insurrection, et ils tombent lâchement. La plupart eurent la faiblesse^ de se suspendre eux-mêmes, épargnant à leurs ennemis jusqu'à la peine de les chasser. Plusieurs n'osèrent même pas se montrer. L'heure de la lutte avait sonné : on les i chercha en vain sur leurs bancs déshonorés. Yergniaad parut un instant, mais ce fut pour faire cette motion incroyable, inouïe : « Les sections de Paris — les sectioi»
1. Au mois de février 1793» Joseph de Maistre, envo^'ant à MaM du Pan le manuscrit de son Adresse à la Convention ncUionale^ écrivait : « (lomhien il m'en a coûté d'adresser la parole à cette Cofe vent ion française ! A chaque instant, je croyais me souiller en parlant et je l'ai perdue de yue autant qu'il m'a été possible, vi l'apercevrez en me lisant. Depuis le grand crime, toute ma phil phie m'abandonne. » — Lettre inédite, publiée par M. François * cotes, dans son livre sur Joseph de Maistre pendant la Révol
qui avaient envahi rÂssemblée et qui demandaient la mise hors la loi de Yergniaud et de ses amis — les sections de Paris ont bien mérité de la patrie I » Un homme, ce jourlà, fut héroïque. Tous les historiens ont fait honneur au parti de la Gironde de l'attitude si courageuse de Lanjuinais. Là encore ils se sont trompés, et c^est encore Nettement qui a eu le mérite de discerner le premier la vérité sur ce point et de dire : « Lanjuinais n'était pas Girondin • . »
Mis en état d'arrestation, il ne restait plus aux Girondins qu'à être traduits devant ce tribunal révolutionnaire qu'ils avaient contribué à instituer, à se voir poursuivis, à leur tour, en vertu d'une de ces lois de mort qu'ils avaient votées. C'est ici surtout, on le sait, que l'imagination de nos historiens s'est donnée libre carrière. Tous ont montré Yergniaud et ses amis, à la barre du tribunal, crachant leur mépris à la face de leurs juges, n'essayant pas même de défendre leur vie, fermes, fiers, héroïques. Il s'en faut bien qu'il en ait été ainsi, et Nettement, sur ce point encore, a substitué la vérité à la légende, lorsqu'il a dit : « Les Girondins sacrifièrent la dignité de leur défense j à l'espoir de se sauver". »
Les Girondins ont disparu de la scène. Les Jacobins y restent seuls. C'est leur tour d'être jugés par l'historien.