Voir la Légende des Girondins, par Edmond Biré, p. 178 et
91ÛV.
2. Voir, pour les détails de leur procès, la Légende des Girondins» par Edmond Biré, chapitre xi.
'%8 ALFRED NBT
Alfred Nettement jusqu'ici s'est complètement séparé de ses devanciers. Il se rapprochera d'eux, maintenant qu'il s'agit des Jacobins. Plusieurs» en effet, parmi les historiens de la Révolution, soit qu'ils eussent senti la nécessité de faire la part du feu, soit qu'ils eussent épuisé en faveur des Constituants et des Girondins leurs trésors d'indulgence, de sympathie et d'admiration, avaient parlé des Jacobins et des Montagnards avec une juste sévérité. Nettement les suivra donc. Sur plus d'un point cependant, il aura encore des vues neuves et qui lui seront personnelles.
Sur la Terreur, sur Robespierre et les causes de sa chute, il y a, dans son livre, des pages particulièrement remarquables. J'aurais aimé, si l'espace ne me faisait pas défaut, à les mettre en regard des pages de Taine sur les mêmes sujets. Je me contenterai de signaler, ch^ les deux historiens, une rencontre qui ne laisse pas, oQ?ale voir, d'être assez curieuse.
Taine, en tète de son tome m, sur le Gouvernement révolutionnaire^ écrit ceci :
« En Egypte, dit Clément d'Alexandrie, les sanctuaires « temples sont ombragés par des voiles tissus d*or ; mais, à « vous allez vers le fond de l'édifice et que vous cherchiez la « statue, un prêtre s'avance d'un air grave et soulève un peu « le voile, comme pour vous montrer le dieu. Que voyez-vous « alors ? un crocodile, un serpent indigène, ou quelque autre « animal dangereux... x> — Il n'est pas besoin d'aller en Egypte et de remonter si haut en histoire pour rencontrer le culte du ci^ocodUe : on l'a vu en France à la fin du siède dernier... Une fois adoptés, les principes de 1789 ont, d'euimômes, déroulé leurs conséquences pratiques ; au bout de trois ans, ils ont amené le crocodile dans le sanctuaire et l'ont installé
AXFRBD NETTEMENT
lerrière le voile d'or, sur le tapis de pourpre ; en effet, par rénergie de ses mâchoires et par la capacité de son estomac, il jetait désigné d'avance pour cette place ; c'est en sa qualité de ibéte malfaisante et de mangeur d'hommes qu'il est devenu l'dieu... Des livres de cuisine authentiques et assess bien tenus [kious renseignent sur les frais du culte : on peut évaluer à peu >ré8 ce que les crocodiles sacrés ont mangé en dix ans, dire leur tenu ordinaire, leurs morceaux préférés. Naturellement, le Leu choisissait les victimes grasses ; mais sa voracité était si ide, que, par surcroît, à l'aveugle, il engloutissait aussi les laigres, et en plus grand nombre que les grasses ; d'ailleurs, ^n vertu de ses instincts et par un effet immanquable de la situation, une ou deux fois chaque année, il mangeait ses pareils, à moins qu'il ne fût mangé par eux*. »
Or, voici ce que, trente-sept ans plus tôt, Alfred Nettelent écrivait : a... Ce cette peur immense, qui pesait sur »utes les âmes, combinée avec Tborreur de tant de souffrances et avec le spectacle dotant de crimes, était née une )rte de démence publique. On était revenu à l'état de ces luvages, qui adorent le crocodile sacré ou le grand ser- )ent qui les mangent '. »
 côté des admirables volumes de Taine, le volume TÂlfred Nettement est comme la barque modeste auprès lu vaisseau de haut bord. Seulement ici la petite barque, tu lieu de suivre le grand navire et de marcher dans son ûllage, le précède et l'éclairé. C'est à elle que revient l'honneur d'avoir, la première, abordé le rivage et d'avoir